anouka
Abonné·e de Mediapart

55 Billets

0 Édition

Billet de blog 14 août 2018

Oui, au moins, taisez-vous.

Sans doute, pour soulager, un peu… Je me prends à rêver. Ou à divaguer ? J’invente, comme je peux. Les humains, ces rescapés, comme un butin, du bout des lèvres à partager ?

anouka
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Oui, au moins, taisez-vous.

Sans doute, pour soulager, un peu… Je me prends à rêver. Ou à divaguer ? J’invente, comme je peux.

Je rêve ? Euh, pas vraiment, là. Non. Mais j’aimerais. J’aimerais avoir ce pouvoir.

Oh ! Que j’aimerais. Oui.

Il ne me reste qu’une seule possibilité à imaginer pour vous sauver.

Monsieur le président. Messieurs les présidents.

Mesdames et messieurs les premiers de cordée. D’ici et d’ailleurs.

Quel que soit votre titre. Quelle que soit votre tendance ou parti politiques. Assis confortablement sur vos détestables certitude et fatuité. Là où vous vous tenez, vous ne voyez rien. Vous parlez, vous jugez, vous décidez, vous osez, vous méprisez, vous profitez… Et vous ne savez rien. Rien qui puisse vous émouvoir. Rien qui vous unisse au sentiment d’humanité. Les mots, les mots… Pour vous, des coquilles, de jolies coquilles, de vilaines coquilles… A dire, à théâtraliser, à pérorer, pour faire bien. Pas du bien. Non. Pour rien. Et surtout pour les riens. Si facile. A ignorer et mépriser, les riens. Qui ne vous ont rien fait. Les riens. Ces pauvres rescapés, en nombre déjà comptés, partagés.

Ce que j’aimerais…

Vous envoyer sur un bateau, un bateau de sauvetage, en mer. En pleine mer. Si, si. Je vous assure, vous allez y sauver votre âme, comme l’on dit si bien. Eux veulent sauver leur peau. Les migrants navigants, les survivants. Plus pour longtemps. Mais vous ne le savez pas encore. Non. La peau. Sauver sa peau. Survivre. Vivre. Vouloir vivre. Vouloir respirer. Vouloir exister. La peau. La peau noire qui devient blanche. De peur. De mort à venir. De froid. D’effroi.

Ben non. Vous ne savez pas. Comme tant d’autres, me direz-vous ? Mais vous, vous. Vous avez la responsabilité des chefs de guerre. Plus que de paix, d’ailleurs. Vous, vous avez le pouvoir. De vie et de mort. Oui.

Vous envoyer là-bas ? En pleine mer ? J’en rêve ?

Non, mais non. Pas comme officiels, avec tout le fatras. Le fatras d’encadrement des piliers de la sécurité et de la représentation. Officiels ? Vous ne pourriez pas d’ailleurs. Ben non, vous ne pourriez pas.

Dans mon rêve, ça n’est pas prévu. Plus de décorum. Plus de théâtre. Non, vous. Juste vous.

Oui, ce que vous pourriez faire ?

C’est tout simple. Aider. L’autre, l’autre vous-même. Celui que vous n’avez jamais vu, que vous ignorez. Imaginez que ça vous rapporterait une petite gloire. Car, j’en suis certaine, vous le feriez. Rentabiliser l’expérience. Faire la leçon. Aux autres. Responsabiliser les plus faibles pour protéger les plus forts. Dont vous êtes, je ne vous oublie pas.

Mais, mais… Comment vous le dire… Dans ce rêve…

Après cette expérience-là. M’est avis que vous n’aurez plus rien à dire. Non. Finis les mots pour rien. Pour ne rien dire. Non. Se tenir. Affronter le vide. Le vide. De l’horreur. Là, vous y serez, aux première loges.

Aux premières loges. Oui, sur le bateau, à récupérer les pauvres diables, ces hypothétiques futurs réfugiés. S’ils sont en vie. S’ils n’ont pas plongé dans les profondeurs de Mare Nostrum, sous vos yeux.

Vous savez nager ? Bon. Bien. Vous êtes en bonne santé ? Bon. Alors tout va bien. Pour vous.

Voulez-vous que l’on vous aide ? Non. Ah ! Non. C’est vous qui allez aider.

Je sais. D’autres l’ont dit, l’ont écrit, l’ont vécu. Difficile, terrible, terrifiant de se sentir seul. Face aux horreurs, de la mort, de la noyade, de l’urgence, des enfants, des femmes, des hommes, là, où sont jetés les gilets. Les gilets de sauvetage. C’est vous qui devez les aider.

C’est vous. Entre vous et vous. Pas de fuite.

Non, rien pour s’enfuir. Rien pour pérorer. De l’humain à sauver. Qui va vous sauver. Vous. Ce qui serait, avons-le, d’une grande générosité. Peut-être, peut-être que vous apprendriez ? Ce qu’ont à vous dire les mots, les vrais, ceux de l’humain, d’humanité, de dignité, de courage et de loyauté… Peut-être ?

Mais je rêve. Oui, je rêve.

Vous, c’est le silence que vous préférez. Pourtant, le silence, celui des morts, non pas celui des mots que vous ignorez, non. Le silence des morts. Que vous serez amenés à porter, longtemps, longtemps… Quoique vous disiez, quoique vous fassiez. Les uns, les autres. En discussion, jugements, imprécations, attentisme et timides concessions…

Le silence, en vous, insupportable rappel à votre lâche, pitoyable et cruelle irresponsabilité.

Vous ne dites rien ?

Vous avez raison.

Pour le trop tard de tout.

Le naufrage en vous,

Au moins, taisez-vous.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
Ces patientes en quête de solutions extrêmes à l’étranger
Le désespoir des oubliées du Covid-19, ces Françaises souffrant de symptômes prolongés, les pousse à franchir la frontière pour tester des thérapies très coûteuses et hasardeuses. Dans l’impasse, Frédérique, 46 ans, a même opté pour le suicide assisté en Suisse, selon les informations de Mediapart.
par Rozenn Le Saint
Journal
Sylia (SOS Racisme) : « On n’avait pas anticipé la violence de la réaction de la salle »
Ce soir, retour sur le meeting d’Éric Zemmour à Villepinte avec notre reportage et notre invitée, Sylia, militante de SOS Racisme. De la violence dehors, de la violence dedans, et de nouvelles preuves que le candidat de l’extrême droite est bien, aussi, le candidat de l’ultradroite. Retour également sur les enquêtes « Congo hold-up » avec nos journalistes, Justine Brabant et Yann Philippin.
par à l’air libre
Journal — Extrême droite
L’extrême droite et ses complicités tacites
Au lendemain de l’agression de journalistes et de militants antiracistes au meeting d’Éric Zemmour, les rares condamnations politiques ont brillé par leur mollesse et leur relativisme. Au pouvoir comme dans l’opposition, certains ne luttent plus contre l’extrême droite : ils composent avec elle.
par Ellen Salvi
Journal
À Hong Kong, Pékin met les médias au pas
En moins de vingt ans, l’ancienne colonie britannique est passée de la 18e à la 80e place dans le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF). De nombreux journalistes partent ou s’apprêtent à le faire, tandis que d’autres ont décidé de résister.
par Alice Herait

La sélection du Club

Billet de blog
1er décembre 1984 -1er décembre 2021 : un retour en arrière
Il y a 37 ans, le drapeau Kanaky, symbole du peuple kanak et de sa lutte, était levé par Jean-Marie Tjibaou pour la première fois avec la constitution du gouvernement provisoire du FLNKS. Aujourd'hui, par l'entêtement du gouvernement français, un référendum sans le peuple premier et les indépendantistes va se tenir le 12 décembre…
par Aisdpk Kanaky
Billet de blog
Pourquoi ne veulent-ils pas lâcher la Kanaky - Nouvelle Calédonie ?
Dans quelques jours aura lieu, malgré la non-participation du peuple kanak, de la plupart des membres des autres communautés océaniennes et même d'une partie des caldoches. le référendum de sortie des accords de Nouméa. Autant dire que ce référendum n'a aucun sens et qu'il sera nul et non avenu.
par alaincastan
Billet de blog
Lettre ouverte à Sébastien Lecornu, Ministre des Outre mer
La Nouvelle-Calédonie connaît depuis le 6 septembre une dissémination très rapide du virus qui a provoqué, à ce jour, plus de 270 décès dont une majorité océanienne et en particulier kanak. Dans ce contexte le FLNKS demande le report de la consultation référendaire sur l'accession à la pleine souveraineté, fixée par le gouvernement au 12 décembre 2021.
par ISABELLE MERLE
Billet de blog
Ne nous trompons pas de combat
À quelques jours du scrutin du 12 décembre, il importe de rappeler quel est le véritable objet du combat indépendantiste dans notre Pays. Ce n’est pas le combat du FLNKS et des autres partis indépendantistes contre les partis loyalistes. Ce n’est même pas un combat contre la France. Non, c’est le combat d’un peuple colonisé, le peuple kanak, contre la domination coloniale de la République française qui dure depuis plus d’un siècle et demi.
par John Passa