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Billet de blog 14 août 2018

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Oui, au moins, taisez-vous.

Sans doute, pour soulager, un peu… Je me prends à rêver. Ou à divaguer ? J’invente, comme je peux. Les humains, ces rescapés, comme un butin, du bout des lèvres à partager ?

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Oui, au moins, taisez-vous.

Sans doute, pour soulager, un peu… Je me prends à rêver. Ou à divaguer ? J’invente, comme je peux.

Je rêve ? Euh, pas vraiment, là. Non. Mais j’aimerais. J’aimerais avoir ce pouvoir.

Oh ! Que j’aimerais. Oui.

Il ne me reste qu’une seule possibilité à imaginer pour vous sauver.

Monsieur le président. Messieurs les présidents.

Mesdames et messieurs les premiers de cordée. D’ici et d’ailleurs.

Quel que soit votre titre. Quelle que soit votre tendance ou parti politiques. Assis confortablement sur vos détestables certitude et fatuité. Là où vous vous tenez, vous ne voyez rien. Vous parlez, vous jugez, vous décidez, vous osez, vous méprisez, vous profitez… Et vous ne savez rien. Rien qui puisse vous émouvoir. Rien qui vous unisse au sentiment d’humanité. Les mots, les mots… Pour vous, des coquilles, de jolies coquilles, de vilaines coquilles… A dire, à théâtraliser, à pérorer, pour faire bien. Pas du bien. Non. Pour rien. Et surtout pour les riens. Si facile. A ignorer et mépriser, les riens. Qui ne vous ont rien fait. Les riens. Ces pauvres rescapés, en nombre déjà comptés, partagés.

Ce que j’aimerais…

Vous envoyer sur un bateau, un bateau de sauvetage, en mer. En pleine mer. Si, si. Je vous assure, vous allez y sauver votre âme, comme l’on dit si bien. Eux veulent sauver leur peau. Les migrants navigants, les survivants. Plus pour longtemps. Mais vous ne le savez pas encore. Non. La peau. Sauver sa peau. Survivre. Vivre. Vouloir vivre. Vouloir respirer. Vouloir exister. La peau. La peau noire qui devient blanche. De peur. De mort à venir. De froid. D’effroi.

Ben non. Vous ne savez pas. Comme tant d’autres, me direz-vous ? Mais vous, vous. Vous avez la responsabilité des chefs de guerre. Plus que de paix, d’ailleurs. Vous, vous avez le pouvoir. De vie et de mort. Oui.

Vous envoyer là-bas ? En pleine mer ? J’en rêve ?

Non, mais non. Pas comme officiels, avec tout le fatras. Le fatras d’encadrement des piliers de la sécurité et de la représentation. Officiels ? Vous ne pourriez pas d’ailleurs. Ben non, vous ne pourriez pas.

Dans mon rêve, ça n’est pas prévu. Plus de décorum. Plus de théâtre. Non, vous. Juste vous.

Oui, ce que vous pourriez faire ?

C’est tout simple. Aider. L’autre, l’autre vous-même. Celui que vous n’avez jamais vu, que vous ignorez. Imaginez que ça vous rapporterait une petite gloire. Car, j’en suis certaine, vous le feriez. Rentabiliser l’expérience. Faire la leçon. Aux autres. Responsabiliser les plus faibles pour protéger les plus forts. Dont vous êtes, je ne vous oublie pas.

Mais, mais… Comment vous le dire… Dans ce rêve…

Après cette expérience-là. M’est avis que vous n’aurez plus rien à dire. Non. Finis les mots pour rien. Pour ne rien dire. Non. Se tenir. Affronter le vide. Le vide. De l’horreur. Là, vous y serez, aux première loges.

Aux premières loges. Oui, sur le bateau, à récupérer les pauvres diables, ces hypothétiques futurs réfugiés. S’ils sont en vie. S’ils n’ont pas plongé dans les profondeurs de Mare Nostrum, sous vos yeux.

Vous savez nager ? Bon. Bien. Vous êtes en bonne santé ? Bon. Alors tout va bien. Pour vous.

Voulez-vous que l’on vous aide ? Non. Ah ! Non. C’est vous qui allez aider.

Je sais. D’autres l’ont dit, l’ont écrit, l’ont vécu. Difficile, terrible, terrifiant de se sentir seul. Face aux horreurs, de la mort, de la noyade, de l’urgence, des enfants, des femmes, des hommes, là, où sont jetés les gilets. Les gilets de sauvetage. C’est vous qui devez les aider.

C’est vous. Entre vous et vous. Pas de fuite.

Non, rien pour s’enfuir. Rien pour pérorer. De l’humain à sauver. Qui va vous sauver. Vous. Ce qui serait, avons-le, d’une grande générosité. Peut-être, peut-être que vous apprendriez ? Ce qu’ont à vous dire les mots, les vrais, ceux de l’humain, d’humanité, de dignité, de courage et de loyauté… Peut-être ?

Mais je rêve. Oui, je rêve.

Vous, c’est le silence que vous préférez. Pourtant, le silence, celui des morts, non pas celui des mots que vous ignorez, non. Le silence des morts. Que vous serez amenés à porter, longtemps, longtemps… Quoique vous disiez, quoique vous fassiez. Les uns, les autres. En discussion, jugements, imprécations, attentisme et timides concessions…

Le silence, en vous, insupportable rappel à votre lâche, pitoyable et cruelle irresponsabilité.

Vous ne dites rien ?

Vous avez raison.

Pour le trop tard de tout.

Le naufrage en vous,

Au moins, taisez-vous.

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