Les Moi Je sont de tristes sirs…

Tendance, tendance forte des je moi. Prendre la place, la place forte, forte jusqu’au vide, jusqu’au néant du moi. Les moi-je, les narcisses de pacotille, les arrogants, les enragés du verbe pour tenter d’exister…

Tendance, tendance forte des je moi. Prendre la place, la place forte, forte jusqu’au vide, jusqu’au néant du moi.

Les moi-je, les narcisses de pacotille, les arrogants, les enragés du verbe pour tenter d’exister…

 

Moi, je veux ma part,

Moi je veux dire,

Moi je veux ma place,

Moi, moi, moi et moi

 

Pauvres egos chahutés par le désir obsessionnel d’exister, aveuglément, colériquement, violemment. Enfant gâté, enfant frustré. Toute puissance de l’enfant. Jamais satisfait. Gourmand. Dévorant. Pleurnichant.

Non. Pas pour désirer la vie, pas pour le plaisir de sentir la vie, non.

Pas pour écouter l’autre, pour laisser l’autre dire, aussi. Non. Non.

Urgence de s’imposer. Urgence d’écraser, de maudire, d’agresser. La blessure est grande. Un trou de douleur dans le néant de soi.

Un appel, un déchirement ? Aimez-moi, aimez-moi car je vous déteste. Je déteste le monde. Je déteste que l’on m’ignore. Je déteste que l’on me dise non. L’on ne me dit pas non, à moi, à moi.          
A moi ? Au secours ? Je me noie. Dans mon moi.

Mais il est trop vaste votre moi. Pour ne pas vous anéantir, vous anéantissez l’autre.

Résistance. Oui. Principe de vie. D’autres moi, oui, sont là, d’autres moi qui n’acceptent pas.

Un temps, peut-être ? Pour le respect de vous-même ?

Un temps seulement. Pour vous, vous comme un autre.

Mais non. Comme un autre ? Vous ?

Outrance. Méfiance. Trouble de la confiance. Vanité. Vérifier, attaquer, vérifier jusqu’où vous pouvez avancer. L’autre, ce nuisible. Obsédé par vous-même, ce vous-même que vous ne pouvez voir, tant que l’autre sera.

Pourtant, parfois, vous le sentez, ce vertige du moi, du je moi. Sans l’autre, vous n’existez pas. Il vous est tout de même utile pour maintenir la résistance à l’effroi, au vide, au fragile, à l’effacement possible de votre moi.

Pourtant, vous baissez la garde. Vous tentez parfois le remords et la séduction. Fausse route. Dangereuse la route qui mène à plus fort que soi. Vous entrez en guerre et en suspicion.

Dommage.

La guerre, à y perdre, toujours.

A délaisser votre centre monde, vous auriez pu,

Apprendre à grandir et vous aimer un peu.

Dommage.

Les moi je sont de tristes sirs…

 

 

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