Oui, vos yeux fermés, leurs yeux ouverts...

Un pays qui trahit et oublie sa jeunesse est un pays qui se meurt...

Oui, vos yeux fermés, leurs yeux ouverts…

 

Les générations futures ? Lesquelles ?

Lesquelles, s’il vous plaît ? Le futur ? Leur futur ?

Mais de qui se moque-t-on. Oui, de qui.

 

S’il vous plaît ? Il vous plaît quoi, dites-moi car moi, je ne sais pas.

Non, je ne sais pas ce qui’ il vous plaît tant.

D’ignorer la misère ? D’accentuer la misère ? De mépriser la misère ?

D’ignorer la violence ? D’ignorer la parole de l’autre, des autres ?

Des autres que vous-même ? Oui, dites-moi. Que l’on soit d’accord, une fois pour toutes.

 

Ah ! Non. Non, ça n’est pas possible d’entendre ces discours à n’en plus finir….

Ces discours entre vous et vous. Vous seul et vous autres. Les suiveurs, tout près, tout loin, les marcheurs, les serviteurs.

Serviteurs de l’horreur, des horreurs, présentes et à venir. Du monde, des humains. Ici, là-bas. Où nous sommes aussi. Avec pertes et fracas. D’humains et d’armes.

Mais où avez-vous donc la tête ?

 

Dans votre bulle, dit-on. Votre bulle ? Mais quelle bulle ?

Je resterai polie car les déclinaisons sonores de cette bulle, voyez-vous…

 

Ne sont pas très romantiques, ne sont pas très sympathiques, ne sont pas très… Non.

Mais l’imaginaire vous avez, pour insulter, pour sévir, vous protéger de cette lâcheté faite homme.

 

Les discours ! Parlons-en des discours que vous affectionnez.

Car, il faut bien l’avouer, les mots, les mots que vous adorez prononcer, que vous adorez aligner en parfaite et consciente élucubration du non sens.

Du non sens, oui.

Comparé au bon sens de celui qui réfléchit, honnêtement, avec dignité, avec responsabilité.

Je sais, ces valeurs-là vous échappent comme vous échappe la réception de vos jugements, à l’emporte-pièce. Oui, celles et ceux qui reçoivent ne sont pas, quoi que vous en pensiez, des demeurés, des sous-neuronés, des sous-cultivés.

 

Pourquoi le non sens ? Parce que depuis tant et tant de prises de paroles monumentalement, discrètement, ombrageusement, préparées, mises en scène, pesées, sous-pesées pour dire et ne pas dire, dire et son contraire, dire et laisser penser, dire et agacer, dire et ajouter, les petits mots, les dernières touches assassines, l’air de rien, ne font pas sens. Non. Elles interrogent, ces paroles. Ah ! bon ?

Non, sans blague. Pas de blague. Du mépris.

Les faits parlent aussi. A l'encontre parfaite de vos dires. Vos yeux fermés, nos yeux ouverts.

Vos atouts ? La technocratie ? L’arrogance ? La suffisance ? L’assurance de celles et ceux qui pensent avoir raison, raison, raison, envers et contre tout ? Et qui avancent, en violence, envers et contre tout.

Vos atours, je n’en parlerai pas.

Mais vos entours ? Oui. Tant que votre règne –car vous l’avez considéré comme un règne, ce poste suprême, en suprématie de toutes vos envies.- durera. Vos entours, votre cour… Un jour, tant que sur eux, votre ruissellement se déversera… Un jour, contre vous, se manifestera.

Mais, vous le savez déjà, vous le sentez, vous le pressentez. Et voyant votre gloire se ternir, à l’ombre des puissants, des malfaisants, des vénéneux, vous avez cru vous protéger… Non, à trop jouer les puissants, d’autres puissants, bien plus puissants, vous perdront, vous puniront.

Les ogres ? Oui, les ogres. Vos dents sont assez longues, nous le voyons, nous le voyons bien. Mais d’autres, aux crocs bien plus aiguisés vous attendent. Et ils sont nombreux.

Les générations futures ?

Vous y pensez ? Vraiment ?

Celles que vous avez consciencieusement sélectionnées… D’une jeunesse, l’autre. Et comme d’autres, vous vieillirez. Comme d’autres, vous serez remplacé.

D’une jeunesse, l’autre ?

Celle que vous assassinez… Cette jeunesse là, en nombre, en révolte justifiée, en espoir massacré… Cette jeunesse là, venue d’ici, venue d’ailleurs, de vos mots, de vos guignolades empoudrées, vous auriez du, vous auriez pu, l’écouter, l’encourager…

Est-il trop tard ? Qu’en sais-je ? Qu’en dites –vous ?

Vous qui ignorez, philosophie mise à part et mise à l’écart de tant et tant d’incultes lectures, ce que l’âge veut dire, du petit âge, du plus bel âge, du grand âge… Qui ignorez, finalement, le sens, le sens profond du partage… De la richesse, de la culture, de responsabilité, de la dignité, du courage, du respect…

Je n’ose évoquer devant vous, le triptyque qui devrait nous soutenir, nous unir, dans notre diversité.

L’Histoire, oui, l’Histoire, ne vous aura rien appris, décidément.

Le roman national, belle invention, belle et étourdie revendication…

Là aussi, de vos références livresques, qu’avez-vous fait ?

Décidément, c’est le passé qui vous séduit, bien arrangé, bien fagoté, non ?

Facile à proclamer cette envolée lyrique d’un avenir à construire, face à une jeunesse- dont vous êtes- qui n’aura pas connu les crimes de cette génération à oublier et « perdue ». Facile de les inciter à oublier la mémoire de celles et ceux qui, de part et d’autre, des continents, ont combattu, ont pleuré misère, ont perdu père et mère, filles et fils… Facile de se proclamer innocent de ces crimes du passé. Du passé, faisons table rase, allons de l’avant.

Entendez-vous les jeunes – pas seulement en âge, non- historiens, ceux qui écrivent, cherchent, dénoncent, re-vérifient, réajustent la pensée, re-dessinent les contours de nos indécrottables convictions de ce roman à partager, en parfaite connaissance faussée, réitérée, afin que surtout, surtout, aucune responsabilité de l’un, de l’autre ne soit convoquée. Ou plutôt si, prestige, prestige, vous dis-je.

Et vous osez, toujours et encore, les défier ?

Les commémorations ? Ah ! Mais oui, mais c’est bien sûr.

Mais quand allez-vous vous réveiller de ce conte par vous – et d’autres- pensé ( ?), écrit, appris, avec fausse et fausse conviction, proclamé, déployé ?

Les futures générations, à moins de devenir les clones de vous-même, ne devront compter que sur elles-mêmes.

Il n’est pas sûr, non, que vous les ayez, de votre conte à dormir debout, celui d’une survie à l’endettement, que vous les ayez, ne serait-ce qu’un peu, convaincus, embrigadés.

 

Non, cette jeunesse là, ce futur là, l’on ne peut dire que vous en offrez un juste et équitable monde d’espoir, de futur enivrant… Mais, c’est bien cette sombre et violente lucidité que, par vous, sans aucun doute, ils auront, à leurs dépens, largement, intégrée.

 

Un pays qui trahit et oublie sa jeunesse est un pays qui se meurt…

Et cette jeunesse là, oui, cette jeunesse n’oublie pas, apprend, durement parfois. N’en oublie pas d’autres, ailleurs, ignorées, torturées, noyées, enfermées…

Oui, vos yeux fermés, leurs yeux ouverts…

Barricadez tant que vous voulez, l'esprit, non, vous ne pourrez jamais...

Et puissiez-vous ne jamais oser, sur cette jeunesse, faire porter la violence, au présent, d'un passé que vous semblez, en double discours, à la fois, tactiquement, effrontément, dénoncer, et tout aussi tactiquement, imprudemment, dangereusement, appeler. Vous pensant vainqueur à vous y confronter.

Vous êtes inquiétant. Puissé-je avoir tort...

 

 

 

 

 

 

 

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