Les fêtes, les fêtes de famille, les fêtes de la consommation… Les fêtes de Noël.

Impossible d’oublier que les fêtes de fin d’année, devenues ce lieu incontournable des réunions dites familiales, ce temps fort de la consommation, révèlent autant que réveillent, à bien des endroits, ces impossibles rencontres de chaleur, d’humanité. Les ombres et la lumière, en même temps. Et pourtant…

J’ignore si, le soir de Noël, les gilets jaunes contribueront encore à l’animation des ronds points… J’ignore s’il fera si froid qu’ils seront amenés à se réchauffer, ensemble, oui, auprès d’un feu de bricolage et de fortune. J’ignore s’ils se sentiront en fête et solidaires. Nous l’ignorons. Nous ignorons si l’usure, la fatigue auront raison de leur détermination. Nous l’ignorons. Sauf à illustrer en images, « exotiquement » héroïques, les reportages compatissants des news pour repas d’une veillée natale.

Mais, ce que je n’ignore pas, c’est le nombre sans cesse grandissant de celles et ceux qui tenteront d’obtenir un toit, un trottoir, des cartons, un litron, une couverture, un lieu de répit… En silence, en ombres, en solitude, en errance.

Mais, ce que je n’ignore pas, c’est que des maraudes auront lieu, c’est que des aidants seront encore là, à secourir, à maintenir, pas à pas, les secours humains.

Ce que je n’ignore pas, c’est que d’autres, raisonnablement ou non, festoieront. Oui, comme l’on dit, pour de bon. Que la peur de manquer, la peur de perdre, la peur que tout pourrait changer… rendra plus précieuse encore cette abondance de cadeaux luxueux, inutiles, bien ou mal choisis, cette abondance raffinée en plats de gourmets, cette effusion en chaleur humaine, feinte ou sincère, ce rituel consenti des ententes de saison.

Et puis, et puis… La lumière des autres, des fenêtres enguirlandées, ampoulées, scintillantes qui isolent effrontément les solitaires involontaires, les récalcitrants, les boudeurs et les boudeuses de fêtes. Qui feront comme si rien n’était. Juste un soir comme un autre, sincèrement ou avec une petite pincée au cœur. Qu’il faudra taire, surtout taire pour avoir l’air. L’air d’aller bien.

Et puis et puis, les chants, les chants de Noël, entêtants, dans les rues, les maisons, en voisines et voisins, au-dessus, en-dessous des plafonds, au travers des murs… Gentiment, tristement, offensants.

Et puis et puis, le sentiment que tout peut s’arrêter, une nuit au moins, que tout peut s’apaiser, une nuit au moins, que tout serait plus confiant, plus chaleureux, plus humain, plus et plus… Une seule nuit, au moins.

Que cette illusion, oui. Que cette illusion au moins, puisse adoucir les heures, puisse calmer les douleurs, puisse effacer les peurs, les souffrances… Une nuit, juste une nuit. C’est si peu et c’est beaucoup.

Douce nuit, dit-on. Douce, en pensée, au moins. En éblouissante pensée.

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