Avant que tout ne s’enflamme...

Oui, raison garder. En urgence, plus que jamais.

Oui, raison garder. En urgence, plus que jamais.

En urgence, comme sont urgentes les questions, les décisions. Humaines et politiques. Humaines, oui. Criantes, débordantes, effarantes. Le champ est vaste et dévasté, vous le savez. Oui, vous le savez. Politique, économique et social. Local, régional, national, international, mondial…

C’est évidemment bien plus compliqué. Si compliqué qu’il y manque toujours une approche, une explication pédagogiques, dites-vous ? Si compliqué qu’il faut, ces questionnements -et parfois décisions- éviter ? Ou imposer ?

Mais savoir répondre aux questions inventées. Supposées. Pour savoir répondre, en experts certifiés, les vraies questions ne sont pas nécessaires. Répondre à côté. A côté des questions. Tout un art, de la manipulation. C’est le résultat qui compte. Le résultat des comptes. Des comptes et des calculs. Du chiffrage, du pourcentage. Des mots pour justifier les comptes. Jusqu’à la nausée. Les mots, les discours, les jugements, les mises en garde…

Ce champ, ce champ des injustices, ce champ envahi d’égos surdimensionnés, ce champ envahi de fausses vérités, de faux-semblants, de fausses évaluations, de vraies et coupables indécisions. Du vrai, du faux… Du visible, de l’invisible, de l’audible, de l’inaudible… A rendre fou.

Tant de lâchetés pour tenir les postes en supposées responsabilités. Pas moi, pas moi, l’autre, l’autre cet ennemi que je désigne pour satisfaire mon innocence, mes compétences à ne jamais contester, vilipender.

Justice ? Ô Justice. Par quelles horribles coulisses, la vérité, sur l’honneur jurée, aura-t-elle tenu des coupables avérés, en sinistre complaisance, en doucereuse allégeance. Par quels habiles tricotages, les aura-t-elle, intelligemment, sournoisement, effacés.

Effacés ? En attente ? Longue, longue attente pour que tout ce confus verbiage, tout en droit habillé, en non lieu revendiqué, puisse affirmer la non-culpabilité. Aux postes à haute responsabilité. Curieux et confus verbiage qui laisse, dans les esprits, un arrière-goût d’inachevé. D’inachevé et de confirmation d’une justice à tiroirs, de classe.

Ce trop tard des coupables devenus, avec le temps, faute de temps, des innocents. Des innocents ? Non. Des non coupables. Par défaut. En stratégiques compromis. Compromissions. Pour longtemps, longtemps.

Vous, vous et d’autres qui vous ressemblent. Vous qui tenez tant à renverser la table. Vous, les dignes et les indignes dignitaires. Trop simple de dénoncer l’impossible. Trop simple quand vous avez, de cette certitude, nourri avec force argument, le spectre. Que dis-je, le fardeau, épuisant, du défaitisme ambiant. De ce terrible sentiment d’impuissance. Sont devenus coupables, toutes et tous, de baisser les bras. De contester. Dénoncer. Désobéissance citoyenne ? Inconcevable désobéissance.

Coupables ils sont, de ne pas se laisser faire, se laisser convaincre. Tantôt pour maintenir l’ancien monde, tantôt -ou les deux à la fois- pour faire advenir le nouveau monde. Formules ineptes. Fanfaronnade imbécile. Promesses abusives. Entêtement nocif. Logique et simplisme binaires.

Un nouveau monde ? De rechange ? En magasins d’État ? Prêt à fonctionner ?

Il faut avouer que celui-ci, de monde, vous l’aurez, comme d’autres avant vous, à côté de vous, piétiné, en long, en large et en travers. Vous en aurez usé des semelles. Vous en aurez usé du temps, pour vous défendre, vous protéger, construire et re-construire votre virginité politicienne, si vulnérable, si contestable. Et ce qui est désolant, c’est que vous y tenez, que vous tenez à cette parure, cette posture, vertueuses. Vous y tenez, paradoxalement – et c’est le comble du comble-, grâce à celles et ceux qui œuvrent, en silence. Dignement. Pour réparer, pour aider, pour construire, pour creuser des chemins vers, ce que l’on nomme encore, un peu d’humanité. Tant qu’ils sont silencieux. Tant qu’ils ne révèlent, trop ostensiblement, vos égarements, vos violences répressives, souterraines et mal dissimulées.

Les bras ? Les bras qui ne baissent pas. Oh ! Plus courageux, plus nombreux, plus actifs que tous ces verbiages politiciens. Tant sont à l’œuvre, tant que vous ne voyez pas, ne connaissez pas, ne voulez pas connaître et reconnaître.

Pragmatisme dites-vous ? De quel pragmatisme parlez-vous ? Celui des solutions en boîte, de conserve, de la non pensée, en règles technocratiques éditées, dictées, appliquées ? Aucune guidance politique, aucune pensée profonde… Vous obéissez, à l’aveugle. Les mots ne peuvent plus masquer ce vide, ce moteur qui tourne à vide, avide. D’un pouvoir avide et à vide. Oui. En marche, le progressisme… Usurpation de sens. Cette vision mascarade du nouveau monde.

Une insulte à l’intelligence. Une provocation pour muscler les divergences, pour inciter à la colère et à la violence. Vous jouez la guerre en vantant la paix. Lourde responsabilité. Qui attise le feu, les feux. Le monde, notre monde ne brûle-t-il pas assez vite ?

La raison garder ? Plus que jamais. Un silence vivant, un silence actif, de résistance, digne et fort. Les cris de guerre emprisonnent et éteignent la raison. Ne pas y répondre. Ne pas leur laisser entendre raison.

Les cris, les seuls qui valent d’être entendus, sont ceux de la douleur, de la peur… Sont ceux des humains que l’on malmène, que l’on torture, que l’on persécute.

Avant que tout ne s’enflamme.

Oui, raison garder. En urgence, plus que jamais.

 

 

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