Le temps du bruit. Pour ne plus entendre, ne plus comprendre

Le temps du bruit, c’est comme la mort, de l’esprit. Une guerre comme une autre ? Ou d’une guerre, l’autre ?

Le temps du bruit. Pour ne plus entendre, ne plus comprendre.

Non, décidément, plus le temps de penser…

Juste d’être é-coeuré ? E-coeuré ?

Oui, privé de notre cœur. Celui qui nous tient en vie. Qui bat. Dans nos veines. Qui alimente notre cerveau. Qui nous fait sentir, rêver, penser. Réfléchir. Penser.

Penser ? Non.

Subir ? Oui.

Au galop. Vite. Encore plus vite. A peine le temps de voir, de lire, d’entendre ce qui nous est donné, asséné, à coups de buzz, de scoops ? Ah ! Mais non. Le scoop a disparu de la circulation des mots, des informations. Trop de scoops. Trop de place pour un même événement. Trop d’événements ? On ne peut plus les aligner ? Concurrence. Finance. Accélération.

Dégagés, les scoops. Qui déjà nous mangeaient. L’esprit, la tête, les neurones. Stop ou encore. Stop. Éliminés.

On fait mieux et plus vite. Le buzz. Buzz, buzz, buzz. Buzzzz... Les abeilles ne peuvent plus bourdonner. A nos oreilles. Trop gentilles les abeilles. Trop nature. Imitons la nature. Mal. Bien sûr.

Buzzons donc !

Mais qui actionne le buzz ? Qui ? Médiatiquement ? A se répéter. A s’épuiser. De relais en relais. Une information ? Un pauvre relais, lui-même dépassé, de vitesse dépassé. Dans le filet des buzz, certains, à la trappe, sont passés. Dans le trou du néant. Le trou du filet. Du filet qui nous dit quoi retenir, de ces buzz.

Alors on crie, on filme, on invente, on gesticule, on articule, on pousse du coude. On pousse. A celui qui tiendra le plus longtemps les petites formules, les petits mots qui choquent, qui piquent, qui insultent, qui frappent, l’oreille, l’esprit, le cerveau mis en ébullition.

Jouissif ?

Oui. Les narcisses, en manipulation, perversion, sont comblés. Piégeant l’espace et le temps, en même temps.

Ne pensez plus. Laissez-vous porter. Reposez-vous. Sur nous.

Décoder, pour vous, nous savons. Ce qui vous plaît, plaît, plaît. Nous savons. Ce que vous devez savoir. A chaque instant, à chaque hésitation, à chaque doute, nous sommes là. Pour vous, le monde nous interrogeons. En marche suivez nos pas. Pour vous, nous sommes là. Ne résistez pas. Surtout, ne résistez pas. Ne cherchez pas. Les contradictions, les confusions, les faux semblants, les manques…

Ne raisonnez pas.

Pour vous, nous vérifions, nous rectifions, nous certifions.

Laissez-vous guider. Nous sommes la pensée.

Mais qui fait le sale buzz ? Moi, moi, moi. Le plus fort. Le plus sordide. Le plus méprisable. Le plus lâche. Nombreux ils sont. A vouloir leur place imposer. Ça hurle, ça hurle, partout, en même temps. Comment ? Vous n’entendez plus ? Vous ne vous entendez plus ?

Au royaume du buzz, le combat est déloyal. Les mots, aussi honnêtes, aussi justes soient-ils, perdent leur force, se propageant, s’usent et, par des vents contraires, des vents violents, des vents mauvais, seront pervertis. Disqualifiés.

Tordre le sens, détourner le sens, défaire le sens. Les victimes, déjà, sont coupables. Confusion, domination.

La terre gronde pourtant. La terre ne supporte plus. Ne nous supporte plus. La terre se révolte. La terre en surchauffe. La terre. Indifférente à toutes nos buzzeries humaines, nous somme de nous taire, nous somme d’écouter.

A quand, un peu de silence. Pour entendre. Écouter et être entendu.

A quand, un peu de silence. Pour respirer et, par soi-même, penser.

A quand, un peu de silence. Celui des armes, celui des bombes, celui des rafales en tout genre.

Pour que ces femmes, ces hommes, ces enfants… puissent, un jour, aimer, sans plus le craindre, le lever et le coucher. Du soleil.

A quand, un peu de silence.

Pour redonner du sens,

A la vie comme à la mort.

A quand ?

 

 

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