Oui, je sais… Pauvre formule utilisée comme un soupir

Ça brûle, de partout, ça inonde, ça tremble, ça guerroie, ça mensonge, ça nie, ça oublie, ça fustige… L’on disait, un « bordel monstre ». L’on devrait dire, un « bordel monde ». Et nous y sommes.

Il y a encore des billets, des lectures de billets, dans le club, où l’on peut se faire plaisir. Pour se détendre, se cultiver, partager… Encore. Oui.

Il y a des billets, des lectures de billets, dans le club, où l’on peut apprendre, confronter ses idées, partager les informations, celles ignorées par un journal qui ne peut traiter tous les sujets à la fois -fut-il le plus exhaustif dans son travail d’investigation, d’analyse, dans ses articles- celles personnelles, drôles, poétiques, intimistes. Cris douloureux et retentissants. Aussi.

Toutefois, il m’est désagréable d’ajouter que, dans l’ensemble, un esprit mauvais s’est installé. En commentaires, surtout. Comme un défouloir. Effrayant. Défouloir ou exutoire ?

Tout semble devenu urticant. Urticant et colérique. De mauvaise foi. De sombres, de ténébreux, procès d’intention. De redéfinitions incessantes, d’aménagement des susceptibilités, de fausses nuances… De nos valeurs. Je dis nos, pour la plupart d’entre nous, les abonnés, qui défendons encore ce qui fait humanité. Ce qui fait sens. Qui interroge. Qui se cherche. Qui s’informe et informe.

Les dits Trolls se sentent légitimes, de plus en plus, à oser provoquer, accuser, défendre l’indéfendable. Un petit poison, distillé, ça et là. Quel plaisir. Passe et puis s’en va.

Il fut de bon ton, de ne pas nourrir le troll. Il fut. Mais le troll s’accroche, se sent pousser des ailes. Il développe. Un peu. Il copie/colle. Il se répand. Oui. En nombre. On leur répond. Parfois. Pour les convaincre ? Pitié. Ça ne les intéresse pas. Bien au contraire, c’est une jouissance. De perversion. On s’y laisse prendre. Et j’y cède, moi aussi, parfois.

Ce club – et ses abonnés - est, à peine – sauf ulcération ponctuelle- modéré, aidé en cela par les participants. Il y a, inévitablement, des excès, des incompris, malgré l’application de la charte. Pourtant, dans l’ensemble, heureusement, certains « débordements » inacceptables sont signifiés ou discutés, ou bien supprimés. Aussi, pour le moment, une assez grande liberté d’expression est-elle respectée.

Si, si. Et, c’est là, bien là, que ça coince. De quelle liberté d’expression parle-t-on ? Dont la limite est celle de l’autre, possiblement atteinte.

Qui peut ? Qui ne peut pas ?

Une question de pouvoir ? La direction du journal ?

Je rappelle toutes les attaques, ad hominem, concernant celui dit « le moustachu », pourtant bien tolérées et peu censurées, concernant les journalistes. Femmes, notamment. Une fois, le féminisme (au secours Adèle Haenel et le harcèlement ou dictature médiatique), une autre, la direction (sic) de la FI… Et puis, les réfugiés, les islamo-gauchistes, les anti, les pro… Mais quelle énergie !!

Bref, rares sont devenus les billets dont le fil de commentaires demeure bienveillant, respectueux, intelligent (oui, intelligent), agréable à suivre. S’étonner des fermetures aux commentaires ? Le tracker file à toute allure. Pas le temps de se poser la question.

Pourquoi faut-il que tout soit devenu binaire ? Noir ou blanc. Noir, surtout. Ou brun noir. Prendre clairement position est bien évidemment de plus en plus important. Mais, face à ce confusionnisme ambiant, venu des représentants de l’Etat, mis en scène par le chef en titre, suivi sans résistance aucune – ou si peu-, par l’ensemble des élus (les « réfractaires » étant inaudibles et sans contre pouvoir), l’ensemble des médias, animateurs plus que journalistes, papier, internet, T.V, les réponses sont tout aussi clivantes, ambivalentes, contradictoires, simplistes, provocantes.

Ah ! Les décodeurs, bien sûr. Et le tour est joué ? Juste le temps de relancer les dés.

Il faut vendre. Titres accrocheurs, ambigus. Marketing, clics et com’ obligent !

Objectif, subjectif, individuel, collectif… Tout devient suspect.

Ca brûle, de partout, ça inonde, ça tremble, ça guerroie, ça mensonge, ça nie, ça oublie, ça fustige…

L’on disait, un « bordel monstre ». L’on devrait dire, un « bordel monde ». Et nous y sommes.

Et bien malin qui peut dire, aujourd’hui, par quel bout prendre la situation. On (les Etats, Unis, d’Europe, Russie, Chine…) ne sait, pour le moment, qu’affirmer des positions existantes. En chiens de faïence, les grandes puissances et les hommes dits forts. A qui bougera le premier, en maintenant les accords (sic et re-sic) pour contenir les flux de réfugiés, sans véritablement modifier les conditions d’accueil. L’honneur, pas l’honneur, des nations. Les discours qui rassurent, (qui ? certainement pas les demandeurs d’asile) en postures court-termistes, en courte vue et un grand OUF ? Après, on verra… Attentisme quand tu nous tiens.

Les murs. Les murs. Toujours plus haut les murs ! Et puis les camps aussi. Comment mieux oublier toutes ces populations. Et là, on ne dit rien ? Bonne conscience garantie et puis oubli.

Les grands Sachants, les Toutologues, de la Covid, des vaccins, de la situation géopolitique. Un véritable mille feuilles ! Et l’on s’étonne des réactions confuses, ici et là ?

Bulles de protection pour ne pas se noyer dans le flux, non pas des réfugiés ou demandeurs d’asile–que l’on somme tellement, de rester se battre dans leur pays, lâches qu’ils sont, non ?-, mais des informations, pas toujours finement élaborées, des terreurs du monde, des menaces en tous genres.

Nanti(e)s sont celles et ceux qui peuvent, documents, livres, sources, à l’appui, se donner le temps… De s’informer et réfléchir.

Et c’est, paradoxalement, plutôt lourd à porter. La conscience.

Pour d’autres… Comment disait-on ? « A tirer le diable par la queue ». Chaque jour, chaque semaine, chaque mois… Pour survivre et voir venir. Château de cartes. Qui tombent, les cartes. De plus en plus sombres.

Ils et elles sont nombreux(ses), dans ce cas. Oui. En France et ailleurs aussi. Gravement.

Alors, la bulle ? A se préoccuper de soi-même, comme on peut ? Une bouée de sauvetage, très précaire, très fragile, très incertaine.

Profiteurs et profiteuses ? Vraiment ?

La dolce vita, non ? Tant que le toit est sur la tête. Tant que ce sont les autres. Et pas moi. Pas encore. Devant le grand sécuritaire ! Si protecteur. Que l’on apprend à se méfier. De tout.

Des guetteurs. Des sondeurs. Des manipulateurs.

Depuis la tour d’ivoire de tous les hors-sols. Préoccupés à se faire la courte échelle. A monter plus haut, toujours plus haut, en finances, en pouvoirs.

On pédagogue. On décide. On accuse. Les riens. De ne pas réagir. De trop réagir. De ne pas réfléchir. De ne pas obéir.

C’est si simple ? Le séparatisme à tous les étages. Pour que ça confusionne…

Juger, aujourd’hui, est si important. Envers et contre tout. Moralité (morale, moraline…) oblige. Ça rassure ? De se sentir dans son « bon droit » ? Plus confortable que le doute, assurément. Il suffit d’affirmer et de mentir, haut et fort. Répéter, répéter. Jusqu’à imposer sa vérité, son innocence, son moi moi-je, en toute mauvaise foi.  

Oui, je sais… Pauvre formule utilisée comme un soupir. Qui avoue son impuissance ou sa lassitude. Pauvres mots alors que ? Ce que je dis et que beaucoup disent ou écrivent déjà. Parce que savoir…. Vraiment. Humainement ? Non, là, je n’oserais pas.

 

 

 

 

 

 

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