Surtout, n'éteignez pas la lumière !

S’ennuyer ? Au spectacle du pouvoir ? Allons donc… Où que vous soyez, la pitrerie des mises en scène, en continu.

Lazare, Ô Saint Lazare, réveille-toi.

Sur les planches du salut,

Le vôtre, le nôtre, en toute discrétion.

Comme si vous y étiez, le président…

Lazare, Ô Lazare, Saint Martin et tous les saints réveillez-vous !

 

Mais à qui donner la médaille aujourd’hui, dites-moi ? La médaille du saint Sauveur ?

Sur quelles scènes ? Où sont les projecteurs ?

Dans la nuit du monde, que la lumière soit.

La médaille du plus grand des acteurs ?

Aux artistes ? A celles et ceux que l’on ignore ? Qui, à force de s’entêter à exercer leurs talents, en pénurie d’emploi, en pénurie de reconnaissance, en pénurie de, en pénurie … D’acteurs ?

Ah ! Mais non. Dit le clown blanc.

Devant vous, l’exemplaire, le talentueux, l’homme nouveau. L’homme de théâtre. Le plus résistant, le plus éloquent, le plus forcené des olympiades, le plus valeureux chevalier des jeux et des Je.

Devant vous, à tomber la chemise, à vous couper le souffle et le caquet. Qui dit mieux.

Entrez, entrez messieurs dames… Voici celui que vous n’avez pas encore vu. Dit l’Auguste.

Le pape, en toute grandeur et humilité d’âme, viendra-t-il, une fois, au moins, s’agenouiller et lui donner l’onction ? Au plus fervent, au plus courageux, au plus souffrant de nos présidents ? Scarification oblige. Et sainte onction. Murmure le clown.

Le pape ? La venue du pape ?

Ah ! Mais non, le pape a bien d’autres soucis, mesdames et messieurs. Sa sainteté et son humble personne doivent donner du corps, de la voix, de toutes les âmes, pour que la parole soit… Entendue, la parole. Réparatrice, la parole. Vindicative, la parole… Comme une goutte de pluie, pure, limpide. Une seule goutte d’eau, perdue dans l’océan de nos misères et souffrances, humaines. Une seule goutte effacera nos doutes, une seule goutte, avant de s’éteindre dans le gouffre de nos incertitudes.

Impudeur ? Insignifiance ? Le crime, le parjure, le mépris, le silence… Tuons le diable !

Oui, le diable. Crie l’Auguste.

Invisible et éternel coupable. Le tour est joué. Disculpé. Pardonné. Bonté divine. La faute. Puisqu’il y a faute, c’est de s’être laissé corrompre. Par le Diable. Prince des enfers. Prince de tous les maux. Ange déchu. Ange maudit.

Cherchez le diable… Et la justice divine saura, sera. Et vous sauvera !

Oui, le pape, le président et d’autres, bien d’autres encore… Qui font la scène, qui se répartissent et tiennent les rôles, au théâtre, au mauvais théâtre, du monde. En une mise en scène. D’eux-mêmes. Et quelle scène ! Messieurs dames.

Quelle scène ! De désillusions. De déni. D’impudiques gesticulations.

Qui salit, qui abîme, qui insulte… Les humains ? Oui, bien sûr. Les humains, objets de désir inassouvi de puissance, en rejet, en mépris, de l’autre. Les humains ? Oui, bien sûr.

Pour qui croyez-vous qu’ils se donnent tant de peine ?

S’il vous plaît. Apprenez à vous taire, à faire pénitence et à obéir, pauvres humains.

Et contentez-vous d’applaudir.

Que la honte demeure…

Vous avez bien filmé, l’Auguste ?

Mais, vous n’auriez pas quelque peu dé-drapé, euh… Dérapé, au final ?

Oh ! Vous pensez, sire ?

De cuir ou de peau. Le chaud et le froid, la glace et le feu, bien dosés, font partie du spectacle…

Alors, dosez le clown, dosez… Mais surtout, n’éteignez pas la lumière.

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