Le valide en confinement

Je lis beaucoup de détresse en ce moment de la part de personnes qui s'ennuient chez elles, à ne pas travailler, à ne pas pouvoir sortir, découvrir un musée, dévaliser un magasin...

C'est étrange. Pour moi, c'est une réflexion de personne valide, de personne ayant la chance de jouir d'une bonne santé, d'une personne également pas en situation de handicap. Ce sentiment me parait presque hautain. Cette indifférence générale qu'ont les gens à ne pas regarder ce qu'ils ont, mais plutôt à vouloir toujours plus, toujours mieux. Comment en est-on arrivé là ? Comment l'être humain peut se satisfaire de sa seule situation personnelle ? Comment cette société en est-elle devenue si égoïste ? Toi qui par moment veux te mettre dans la peau d'une personne handicapée ou malade, vivre en immersion (comme si c'était un autre monde), toi qui veux être en haut de l'échelle de la condescendance. Toi qui penses que ça ne t'arrivera jamais. Toi qui penses que nous sommes des leçons de vie (à nous donner des médailles). Toi qui penses que nous avons du courage (nous n'avons pas le choix surtout). Toi qui souhaites savoir comment nous vivons au quotidien.

Je te dédicace ce confinement.

D'abord, parce que pour des milliers de personnes en situation de handicap, ce confinement existe depuis bien trop longtemps. Il a été mis en place depuis de nombreuses années en France en ce qui concerne les établissements spécialisés pour les enfants et les adultes handicapés ou ayant une quelconque différence physique ou psychique. La France a toujours eu à l'esprit que séparer les individus et les regrouper selon les mêmes critères, leur rendrait service. C'est faux. Ils ont été confinés volontairement. Demande toi si eux, peuvent sortir comme ils veulent? Ce n'est pas le cas, ils doivent signer une déclaration ou une autorisation, tu sais le petit papier que nous devons remplir en ce moment... Quand tu entends tous ces établissements IME, ESAT, dirigés par des associations, type APF, UNAPEI, ADAPEI qui te vendent de la charité à vouloir le bien des personnes handicapées, de s'occuper de leurs besoins. Personne ne se demande où sont passés leurs droits ? Leurs libertés ? Pourrions-nous vivre dans la fraternité plutôt que dans une relation soignants-soignés, dominants-dominés ?

Au passage, la France ne respecte pas les recommandations de l'ONU visant à désinstitutionnaliser tous ces enfants et ces adultes enfermés. La priorité serait de leur permettre comme tout un chacun, de s'intégrer dans la société et d'être acteur de leur vie.

Ensuite, parce que les personnes handicapées qui ont la "chance" (je dis la chance, car c'est un mot que tu aimes bien nous attribuer, moi, j'aurais préféré l'évidence...) de vivre de manière autonome et/ou à domicile ne peuvent profiter de cette liberté faute d'accessibilité... Elles sont donc confinées malgré elles ou à cause de toi, je te laisse deviner... 

À quoi bon sortir si l'on ne peut pas accéder à un magasin ou à un distributeur d'argent, à quoi bon sortir si les trottoirs ne sont pas assez larges, si la marche est trop haute, si l'on ne peut pas prendre les transports en commun. Et à quoi bon sortir si c'est pour t'entendre te moquer de nous, nous juger, nous diriger. Et bien nombre d'entre nous n'ont pas la force de sortir, car à chaque fois, c'est un combat. Cela nous épuise.

Enfin, je terminerai par notre parcours disons, "médical" qui nous amène à nous faire opérer de façon régulière. Certains enfants vivent leur scolarité en alternance avec l'hôpital... Leurs parcours les amènent alors en rééducation ou en convalescence et n'ont d'autre choix que de se retrouver dans une chambre, seuls, loin de leur famille, pour des jours, des semaines, et mêmes des mois.

Toi qui es triste d'être confiné, kiffe ton moment, c'est une chance unique de te mettre dans "notre" peau. Vis ma vie d'un quotidien en confinement, c'est maintenant, et profites en bien !

Et ne dis surtout pas que tu t'ennuies, tu nous insultes.

Prends le temps de la réflexion pour changer ce monde.

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