Cobb Salad (carte postale #1)

Vous arrive-t-il d’associer un goût, une odeur ou un lieu à une ultime sensation de bonheur, de liberté ou d’infini ? Je ne parle pas ici qu’une spécialité régionale goûtée sur place, si d’un goût d’antan qui ressurgirait à la façon proustienne, mais d’un conditionnement volontaire, plus ou moins conscient, que habitude que vous avez prise et qui vous colle aux basques. Par exemple, le whisky après le boulot qui engendre un sentiment de détente et de relaxation, des petits rituels qui vous accompagnent de manière immuable et rassurante …

Une amie ne mangeait par exemple du chocolat que dans sa voiture. Le goût subtil du cacao n’éveillant ses papilles qu’au moment précis où elle se trouvait au feu rouge, avant de remettre ses doigts tout juste pourléchés sur le volant. A moins que ce ne soit la protection de l’habitacle qui lui permettait de se distancer de la réalité, mangeant son chocolat en cachette, en somme. Partout ailleurs, il aurait perdu de sa saveur.

 

Pour moi, c’est une Cobb salad avant de prendre l’avion. Je n’en ai parfois même pas envie (parce que la Cobb salad, au petit dej’, c’est pas toujours des plus convenant) mais c’est mon dernier petit plaisir américain avant de m’envoler vers des cieux culinaires plus cléments. Elle a aussi le goût rassurant de l’habitude. Je n’en mange jamais par ailleurs, du coup, elle a aussi la saveur inimitable du départ, de la rupture, du saut vers l’inconnu.

J’ai fait de ma Cobb salad une porte entre ma vie normale, un rituel de passage vers la légèreté des vacances, la découverte des voyages, l’attente de la nouveauté, de l’irrégulier, de l’extraordinaire.

 

 

J’aime bien me tenir longtemps, sur le pas, à regarder la vinaigrette dégouliner doucement sur les feuilles de mesclun, avant d’en franchir le seuil avec des battements de cœur qui s’accélèrent.

 

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Ma boite noire :

Parce qu’apprécier sa ville et son pays, c’est aussi parfois, en sortir…Ceci est la première d’une série de billets qui, pour une fois, ne portera ni sur l’actualité américaine, ni sur Washington, ni sur la culture du fast-food, ni sur les dérives démocratiques, ni sur le duel Obama/Mc Cain… Reprenant, complètement illégalement et sans copyright, le concept de GdS, je vous fais part de mes voyages, ou de ces fugaces moments durant lesquels vous vous sentez en vacances ... et pour cela, quel meilleur timing que celui de la rentrée ??? Je suis machiavélique. Je sais.

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