Croquis de voyageurs (carte postale #2)

Le personnel d’enregistrement :

Elle a le sourire ultra-bright de toute commerciale américaine. Elle me regarde gentiment en me répétant pour la 4ème fois que je ne suis pas dans leur système. Problème. En dépit de mes 5 numéros de réservation, ID itinerary, tracking number, numero de confirmation et code à 6 lettres, ainsi que mes 4 emails imprimés, je demeure non identifiée. C’est le moment où je devrais avoir envie de la baffer. Mais là, non. Elle a l’air intelligent de la fille sérieusement embêtée. Une petite blague par-ci, un air de vraiment s’affairer par là, et moi j’attends… en lui souriant. Sans elle, j’aurais probablement atteint la crise de nerfs il y a longtemps, vu que mon avion décolle dans 12 minutes et que je n’ai toujours pas passé la sécurité. Heureusement, il y a sa capacité à se jouer de tout, sans gravité. Ah tiens… ils viennent de me retrouver !

 

 

La fille dans la file d’attente à l’embarquement :

Sur sa peau parfaite, une irrégularité. Un grain de beauté à la base du cou.Un grain de beauté qui porte bien son nom puisqu’il semble irradier tout le reste : un débardeur échancré sur des épaules bronzées, des cheveux soyeux négligemment relevés, un air assuré qui contraste avec sa moue gracile de celle que l’orthodontie n’a heureusement pas corrigé. Une apparence effrontée que seule la jeunesse peut porter. Elle a l’air d’avoir trouvé ses habits dans un mixeur et pourtant elle transpire la féminité. Une très jeune femme que la nature a – trop - comblé. J’ai essayé de ne pas la regarder, mais mes yeux n’ont évidemment pas daigné obéir.

 

 

Le chevalier-servant, passager-prevenant.

Il m’a sourit dès l’entrée. Un visage auquel il ne faut que quelques secondes pour devenir familier. Il n’a rien dit quand je me suis assise à coté de lui, ni pendant le reste du trajet. Je somnolais déjà depuis longtemps quand il m’a recouvert de sa veste alors que l’air conditionné me faisait frissonner. Sourire échangé à l’atterrissage, quand j’émerge péniblement de mon doux coma protégé de ses soins. A peine le temps de dire merci que les lignes de douanes nous sépare. Il est parti sans donner son nom ni dire au revoir.

 

 

Le Messie en baskets

Il a un jean aussi délavé que ses cheveux, un accent gouailleur, un bandana à la Renaud. Dans une toute autre vie, j’aurais pu le prendre pour le beauf’ du chanteur-sosie, mais aujourd’hui, il arrive sur ma route tel un sauveur. Ses intonations curieuses se mélangent aux détours de la route que mes yeux ont du mal à suivre. Ce chauffeur de navette d’aéroport impersonnel (le 4eme visité dans les précédentes 24 heures) déviera de plus de 5 kilomètres de son itinéraire classique pour m’accompagner jusqu’à ma destination finale. Qui a dit que le Messie n’existait pas ?

 

 

 

***

Ma boite noire :

Parce qu’apprécier sa ville et son pays, c’est aussi parfois, en sortir…Ceci est le second billet d’une série qui, pour une fois, ne portera ni sur l’actualité américaine, ni sur Washington, ni sur la culture du fast-food, ni sur les dérives démocratiques, ni sur le duel Obama/Mc Cain… Reprenant, complètement illégalement et sans copyright, le concept de GdS, je vous fais part de mes voyages, ou de ces fugaces moments durant lesquels vous vous sentez en vacances …

 

Le bonheur n'est pas une destination, mais une façon de voyager (et les gens que l'on rencontre en chemin)

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