Boilermaker

 Depuis quelques jours, tous les medias américains se déchainent sur le toast soi-disant improvisé et spontané de la candidate démocrate dans un bar de Crown Point, Indiana. Improvisé mais devant moult cameras et les trois-quarts du gratin politique local.

 

Depuis quelques jours, tous les medias américains se déchainent sur le toast soi-disant improvisé et spontané de la candidate démocrate dans un bar de Crown Point, Indiana. Improvisé mais devant moult cameras et les trois-quarts du gratin politique local. Spontané mais impliquant un "boilermaker" (un shot de whisky suivi d'une bière) une boisson stigmatisée "popu", à quelques jours d'une élection où elle espère faire une razzia parmi les votes ouvriers.

 

D'ou les lobbys anti-alcool qui s'offusquent de cette outrageuse incitation. Les pères de famille indignés de ce grotesque appel du pied pour gagner des voix (http://www.huffingtonpost.com/m.s.-bellows/clinton-downs-a-beer-and_b_96622.html)... . Les lobbys pro-alcools qui se réjouissent de se voir accorder tant publicité gratuite. L'autre candidat qui riposte et critique la mise en scène. Les pro-Hillary qui affirment qu'elle voulait juste se détendre âpres une longue journée de boulot, quoi de plus naturel en somme. Ceux qui s'énervent contre Obama de s'être énervé contre Hillary. Ceux qui pseudo-débattent sur le modèle des candidats auprès de la jeunesse (comme si les frat’ boys avait attendu Hillary pour célébrer toute occasion avec un keg de bière). Et je passe sur les diatribes des ultraconservateurs et religieux en tous genre qui crient à la mort de l’Etat et des valeurs si on commence à tolérer des candidats alcooliques.

 

Outre le constat déplorable que cela pourrait vous amener à dresser, à juste titre, sur la presse américaine, vous me permettrez une petite faiblesse, une certaine fascination, un émerveillement même devant ce phénomène rare. Je ne me lasse pas de cette constante effervescence médiatique et surtout populaire. Cette capacité de parler pendant des heures à propos de rien. Plus d'un mois après les dernières primaires et encore une semaine avant les prochaines, ces deux-la arrivent encore à attirer l'attention de la quasi-totalité des auditeurs et provoquer des crêpages de chignons nationaux, sur des sujets aussi insignifiants qu'artificiels. Evidemment, les medias se sont que l'amplificateur de ce petit jeu, car ils auraient bien du mal à tenir 5 semaines en ne publiant que des sondages relativement stables et inévitablement contradictoires. En période électorale, plus le fait est insignifiant, plus haut et fort il sera relayé, propulsé dans l'arène médiatiquement comme un os à ronger pour opposants et commentateurs de tous poils.

 

Mais plus encore que les palabres inconsistantes des medias, ce sont les commentaires des lecteurs qui m'interpellent comme preuve irréfutable du dynamisme inépuisable - et pour tout dire un peu épuisant- de la démocratie américaine. Ce sont quelque 200 réactions qui seront publiées à la suite de l'article relatant les faits sur le site Politicalticker entre le 14 avril a 10h33 et 11h26, heure à laquelle le site a arrêté de les publier (pas très Mediapart dans l'esprit !), soit plus de 4 commentaires par minute en moyenne !!! (http://politicalticker.blogs.cnn.com/2008/04/14/obama-mocks-clinton-throwing-back-a-shot-and-a-beer/) Certes, peu présentent une analyse politique affinée, ni même argumentée mais qu'importe. Exprimer une opinion, quelle qu'elle soit, c'est déjà entrer dans le débat. Débat un peu stérile mais libérateur. La révolution numérique facilite la discussion cathartique. Probablement aucune nomination n’a fait couler autant d’encre et enfoncer autant de touches que le duel actuel. (Cette dernière affirmation est possiblement biaisée par le fait que je n’aie jamais été présente sur le territoire américain lors des précédentes nominations)

 

 

Plus étonnant encore : Le pathétique de la situation de la candidate démocrate, qui essaie depuis longtemps de casser son image de First Lady pincée, de candidate de l'élite et des cols blancs. Cf. Son poisson d’Avril à propos du fameux "réglons ça [la nomination] au bowling" lancé à Obama sur un ton tellement rigide qu'il en ferait douter qu'elle ait jamais eu une once d’humour (http://www.redlasso.com/ClipPlayer.aspx?id=71435656-84aa-406d-9d97-e125e9b3aee9). Bref, on est encore loin de l'aisance innée d'un Chirac à taper-le-cul-des-vaches au Salon de l'Agriculture, des fous rires de son plus-haut-diplomate de mari avec Eltsine ou encore des blagues de G.W. Bush qui arrivent presque à faire oublier à l'assistance qu'il ne sait absolument pas de quoi il parle ou lui permettent d'éluder une question pointue. Non, avec Hillary, on frise les crampes abdominales que sait si bien nous procurer un Alain Juppé, et le coté débonnaire et proche du peuple d'un VGE. Au revoiiir.

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