Une histoire de quartier à Washington

   Chaque quartier a une odeur. Une couleur. Une manière d’y vivre et de s’y promener. On ne sourit pas pareil à Belleville ou à Saint-Germain-des-Prés. Mon quartier s’appelle Dupont Circle.

 

 

 

Chaque quartier a une odeur. Une couleur. Une manière d’y vivre et de s’y promener. On ne sourit pas pareil à Belleville ou à Saint-Germain-des-Prés. Mon quartier s’appelle Dupont Circle. Il réunit autour de sa fontaine et de son parc, des hommes en costards qui le traversent d’un pas pressé en buvant leur cafés lattes, des gays en short cherchant leur proies aux plus belles heures de l’été, des altermondialistes en sandales distribuant des pamphlets politiques, des étudiants en relations internationales relisant Paul Kennedy ou finissant leurs papers semestriels à la terrasse des cafés, des SDF jouant aux échecs sur les tables écaillées du rond-point.

 

 

Mon quartier est en deuil. Il vient de perdre un personnage clef, et un petit bout d’âme. Sakhi Gulestan, immigré afghan, vivait sur le rond-point depuis trop longtemps pour que quelqu’un se souvienne du quartier avant lui. Après trois ans à traverser ces rues quotidiennement, je ne l’avais vu que quelques fois. Une ombre, une présence discrète en contraste avec l’effervescence de ce secteur aux heures de pointe. Il était le pourtant pivot d’une population locale, différente, en partie exclue. Il faisait la conversation aux passants attendant leur bus. Il ne savait pas qu’il faisait la fierté et le bonheur de Dupont Circle.

 

 

A la sortie nord du métro éponyme, son petit stand était toujours présent, moins pour y vendre des T-shirts que pour offrir gratuitement des parapluies aux étourdis ou aux optimistes qui s’étaient laisser prendre par un temps plus que capricieux ou collectant le pain des restaurants alentours pour le distribuer à ceux avaient faim.

 

Vivant dans un fourgon, il était surement aussi dans le besoin, mais pas assez pour le laisser paraitre, préférant aider les autres plutôt que –ou peut-être parce que c’était sa manière à lui- de s’aider soi-même.

 

Encore une étoile en moins. Mais celle-là brillera bien longtemps après s’être éteinte.

 

 

(Photo by Peter Muller- Orbituary in City Paper: http://www.washingtoncitypaper.com/display.php?id=34873)

 

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