Canvassing for Obama in Virginia

Il est loin le temps des surprises et des retournements dans la course à la présidence. Aujourd’hui, les divisions électorales, le principe du «winner-takes-all » et des années de recherche statistique et de collecte d’informations rendent possibles des calculs savants permettant de connaître où et comment doivent se concentrer les efforts des deux camps. Ca n’a plus le charme d’antan, mais c’est probablement plus performant.

 

 

 

La Virginie n’a plus voulu un démocrate pour président depuis 1964. Depuis lors, Winchester, VA n’avait pas vu un QG de campagne démocrate. On estimait la région indécrottablement républicaine. Pourtant, son gouverneur demeure très populaire et aux dernières midterm- élections, la Virginie a basculé démocrate comme le reste du pays. Rien n’est perdu donc. C’est au contraire là que tout se joue, si l’on en croit <ahref="http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2008/08/03/AR2008080302056_pf.html"> cet article du Washington post </a>. Surtout quand on sait qu’il ne manquerait à Obama que 11 electoral votes – toujours d’après les savants calculs susmentionnés - et que la Virginie en compte 13.

 

 

 

Je n’ai jamais été très engagée politiquement, du moins pas au delà de la discussion de comptoir avec quelques amis alcoolisés. Hormis quelques manifestations étudiantes ou causes universellement partagées (j’avais quand même l’âge de voter en 2002, quelle gloire!), je n’ai jamais été encartée, ni militante et je ne pense pas que je le serai jamais. Il semble donc que la politique française n’ait pas encore réussi à me faire rêver…

 

 

 

Pourquoi alors me suis-je retrouvée à battre le pavé (ou plutôt les grandes avenues de lotissements aseptisés) à plusieurs heures à l’ouest de Washington, dans cette région isolée, rurale et blanche, qui pourrait faire basculer l’élection présidentielle américaine ?

 

 

 

Parce que dans ce pays, je n’ai pas le droit de voter...

Parce que je l’aime tout de même assez pour vouloir y rester...

Parce que je ne peux pas contribuer financièrement (il faut être citoyens ou résidents) mais que j’ai le droit de donner de mon temps, à défaut de mon argent…

Parce qu’il s’agit d’une élection particulière qui polarise l’électorat et qui recoure à la « base »...

Parce que les initiatives individuelles surgissent de tout coté et qu’il devient presque difficile de ne pas se mobiliser..

Parce que je recherche l’excitation politique, les frémissements de l’idéalisme partagé et les ébahissements de la recherche socio-ethnologique (j’ai eu les 3)

Parce que je voudrais pouvoir dire à mes petits enfants dans 50 ans, quand ils plancheront sur leur livre d’histoire, « Oui, Oui, mami a participé à la campagne du premier président noir des Etats-Unis »

 

 

 

Ce que j’en ai appris, c’est surtout…

Qu’on peut être un fervent supporter d’Obama de 18 à 77 ans,

Qu’on peut être plutôt bobo, plutôt ado, plutôt retro et partagé les mêmes idéaux.

Que la venue du candidat est extrêmement attendu dans ce que l’on sait être le plus important swing state.

Qu’on peut être furieusement républicain mais gentil et ouvert à la discussion et sincèrement estimé que l’Etat minimal et l’individualisme maximal sont les deux axes d’une société plus forte (ma conscience européenne se remet péniblement du choc).

Qu’on peut aussi être furieusement républicain et malpoli.

Que la plupart des gens demeurent encore indécis.

Qu’on peut vivre dans un mobil home au fin fond de la Virginie avec 3 enfants à charge, un parent qu’on ne peut hospitaliser et 2 boulots entre lesquels jongler.

Que peu sont ceux qui ne s’estiment pas concerné ou trop cynique pour même aller voter.

Que la question de la couleur de peau est soigneusement évitée.

 

 

 

Les statistiques sont peu fiables et peu enthousiastes pour les centaines de petits démarcheurs venus ce jour-là en Virginie. Une maison sur 13 visitées a une chance de devenir démocrate. Ce n’est donc pas l’efficacité qui est recherchée. L’idée, c’est surtout de collecter des informations pour la campagne, d’éveiller un intérêt chez les votants désorientés, de montrer la présence démocrate dans cette Amérique oubliée, de se réjouir d’actions spontanées, d’assurer un suivi des gens qui se sont montrés intéressés. C’est aussi et surtout un immense remontant pour tous les bénévoles et travailleurs de la campagne, qui vont continuer pour encore 40 jours.

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