Presse américaine, sémantique et politique

Depuis quelque temps, on assiste à une sorte de danse de Saint-guy de la part de la presse américaine: des sautes d’humeurs, des gestes incontrôlés, inexpliqués, qui donnent l’impression que la presse ne maitrise pas vraiment ses mouvements.

Depuis quelque temps, on assiste à une sorte de danse de Saint-guy de la part de la presse américaine: des sautes d’humeurs, des gestes incontrôlés, inexpliqués, qui donnent l’impression que la presse ne maitrise pas vraiment ses mouvements. Alors que Barack fut l’égérie pendant un temps, on voit aujourd’hui ressurgir des interrogations peu crédibles et on lit parfois des « op-ed » qui aurait fait bondir il y a quelques mois ceux-là même qui semblent les avoir écrit.

 

Bien sur, on n’est pas non plus subitement tombé dans le Obama-bashing (Fox News y travaille activement depuis le début), mais la dérive sémantique est notoire et beaucoup plus diffuse. Doucement, tranquillement, on est passé à un autre niveau de discussion. Barack Obama n’est plus “one of the most liberal senators”, il est devenu “ce senateur qui a pris des positions gauchistes sur la totalité des question invoquées au Senat”. Il n’est plus « the first potential African-American president in the history of the United States”, il est devenu “ce candidat noir qui joue la carte raciale” (whatever that means! C’est quand même fort, quand on connait le discours prononcé à Philadelphia en mars dernier).

 

 

La presse, conservative comme libérale, avait toujours questionné sa « capacité à tenir les rennes de la nation » et son manque d’expérience, mais rarement insinué autant sur la fragilité de sa candidature, ni émit les doutes que l’on lit aujourd’hui dans des articles bien en vue en couverture. J’utilise le terme « insinuer » à bon escient parce qu’utiliser la jeunesse d’Obama pour le faire passer pour inapte est probablement ce qui n’énerve le plus dans cette grande cohue médiatique, quand on connaît les capacités intellectuelles de l’actuel président et que personne ne parle de la sénilité possible de son adversaire.

 

Alors quoi ? Pourquoi ? Est-ce un revirement dans cette campagne ? Une remise en question de la presse d’opinion (qui en change, donc) ? Une offensive du staff de campagne de Mc Cain (sa récente plainte ne de pas être traité à l’égal dans la presse qui a fait soudain réfléchir les journalistes)… Mais depuis quand une ligne éditoriale suit-elle le bon vouloir des candidats (je rêve, on se croirait en plein Sarkozysme à TF1). Un signe sérieux de l’hypertrophie journalistique que connaît ce pays depuis trop longtemps ? Ecrivent-ils ce que où le vent des sondages leur apporte ?

 

Plus inquiétant encore, les pamphlets anti-Obama fleurissent. Les titres des dernières têtes de gondoles en librairies sont assez évocateurs : "The Obama Nation: Leftist Politics and the Cult of Personality" de Jerome Corsi, "The Case Against Barack Obama: The Unlikely Rise and Unexamined Agenda of the Media's Favorite Candidate" par Fredrosso, ou encore "Fleeced: How Barack Obama Media Mockery of Terrorist Threats, Liberals Who Want to Kill Talk Radio, the Do-Nothing Congress, Companies That Help Iran, and Washington Lobbyists for Foreign Governments Are Scamming Us ... and What to Do About It" par Dick Morris. Bien sur, tous ces auteurs ont construit leur carrière sur le Democrat-bashing, et « commettent » un livre à chaque élection. Evidemment, il y aurait probablement une thèse à faire sur l’industrie du livre politique en période électorale. Eventuellement, on peut espérer que les ventes seront inversement proportionnelles à la longueur de leur titre… mais je fais malheureusement trop confiance au sens du marketing des grandes maisons d’édition : si ils sont publiés, c’est qu’ils se vendent - ou se vendront- bien.

 

On peut trouver à ce vent nauséabond des raisons structurelles : le fait que le soufflé de son investiture soit depuis longtemps retombé. Ou qu’avant les articles se concentraient avant beaucoup sur des querelles intra-démocrates (pro-Hillary contre pro-Barack. Et puis franchement, taper sur Hillary, c’était tellement facile. Surtout quand elle était déjà en chute dans les sondages) alors que maintenant, il s’agit plutôt de Républicains tirant à boulets rouges sur une cible définie. Le tir est plus précis. Les dommages plus importants.

 

Mais en vrai, ca vient d’où cet engouement soudain pour le pilori, voire cette dénégation diffuse de celui qu’on a érigé en symbole ?

 

 

Ma boite noire : Ce n’est que mon impression, issue d’une lecture plus que parcellaire de la presse américaine (surtout depuis que Mediapart est devenu ma première source d’information !). La lecture de quelques gros titres dans boites à journaux en libre service en llant au boulot. Quelques minutes par jour à surfer sur le site du Washington Post. Une lecture épisodique de The Economist. Ca fait bien longtemps que je ne regarde plus Fox- sauf quand ils diffusent les épisodes de Prison Break. Donc, ce n’est pas un panorama objectif des medias anglophones, mais c’est mon impression quand même. Ca vaut ce que ca vaut.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.