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Billet de blog 6 févr. 2016

raison sécuritaire contre espace public

Antoine Conjard
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Face au risque, face à la terreur, face à la peur de perdre ce qui a durement été acquis, face à la peur du nouveau, face à la peur de n'être, face à la peur de l'envahisseur, notre société se durcis, se rétracte. Comme un corps agressé elle resserre ses pores, tend ses muscles jusqu'à la tétanie. Avec cette peur de perdre elle perd en retour sa souplesse, sa capacité de résilience, elle perd se dont elle aurait le plus besoin : le discernement. Qu'il faille combattre et lever les armes est une extrême limite dont il est parfois nécessaire d'user. Mais quand tout le reste aura été fait. La raison sécuritaire envahit tous les espaces. Que l'on en vienne à ouvrir les théâtres sous protection de police privée en dit long sur notre situation. Ainsi, l'imaginaire sécuritaire contamine tous les secteurs de la société, construisant un imaginaire de l'action publique qui passe d'abord par la sécurité oubliant les autres missions de l'Etat au premier rang desquels, l'éducation à tous les âges de la vie. L'éducation des enfants, mais aussi ce qu'on pourrait appeler l'éducation continue, cet ensemble de choses qui vont de l'information au maintien du lien social en passant par les pratiques artistiques et culturelles contribuant à entretenir un espace public, signe de la vitalité de la démocratie. Mais, aujourd'hui la raison sécuritaire envahit tout l'espace public. Il faut reconstruire les espaces d'une autre parole, des espaces qui seront protégés par l'Etat de droit. Protection qui passe par un certain ordre mais l'Etat de droit ce n'est pas que la sécurité!

L'état de droit c'est une vision universelle des droits fondamentaux, du respect de la hiérarchie des normes et de la séparation des pouvoirs.

Gens de théâtre, gens de culture, gens de l'éducation, gens de la recherche, gens du social et de la santé, gens du service public. La politique est trop sérieuse pour ne la laisser qu'aux seuls politiques. Il nous faut reconstruire un imaginaire de notre action qui contre la peur apporte la bienveillance, contre la haine apporte la compassion, contre la tétanie offre la respiration.

La récente conférence pour le climat nous le dit : nous sommes arrivés au temps du destin commun de l'humanité. Nous sommes aussi arrivés aux temps où le poème du pasteur Martin Niemöller (qui fut officier de sous marin et adhérent au parti Nazi) résonne à nouveau.

Nous devons porter une autre parole, une parole qui pourra ne pas plaire à la raison sécuritaire tant elle a tendance à ne lire le monde qu'avec ses propres lunettes. Mais peu importe, refondons nos raisons d'agir à partir d'une vision plus large, celle de l'Etat de droit. En portant nos pensées et nos actes là où l'État de droit est menacé, nous organisons de fait, la défense de nos propres activités. Reprendre la parole est un devoir aujourd'hui. En ce sens, faire du théâtre c'est politique, apporter des soins est politique, informer est politique, éduquer est politique. Non pas la politique d'un parti, mais la politique du parti des humains, totalité impossible tant la diversité est grande, totalité multiple pourtant indispensable.

« Lorsque les nazis sont venus chercher les communistes,

je n’ai rien dit,

je n’étais pas communiste.

Lorsqu’ils sont venus chercher les syndicalistes,

je n’ai rien dit,

je n’étais pas syndicaliste.

Lorsqu’ils sont venus chercher les juifs,

je n’ai rien dit,

je n’étais pas juif.

Lorsqu’ils sont venus me chercher,

il ne restait plus personne

pour protester. ».

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