à fond!

Soirée stimulante que la rencontre organisée par « Le peuple qui manque », la revue Multitudes et la Bibliothèque du Centre Pompidou sur le Manifeste de l’Accélérationisme de Alex Williams et Nick Srnicek.

On retrouvera avec tout autant d’intérêts la présentation et la critique constructive du manifeste dans la revue Multitude sous la plume de Yves Citton.

C’est peu de dire que cette rencontre redonne de la hauteur et de la perspective à un point de vue émancipateur qui, dans l’occident du 45ème parallèle a fortement tendance à s’envisager comme l’adaptation plus ou moins molle d’un néolibéralisme dévastateur.

Une bonne nouvelle : cette pensée nouvelle intègre pleinement un rapport aux technologies. Elle passe par dessus l’idée que la technologie serait intrinsèquement l’oeuvre du capitalisme. Elle développe même l’idée de la nécessité de récupérer et d’adapter les technologies utilisées par le capitalisme au bénéfice d’un nouveau mode d’action émancipateur à l’échelle mondiale.

Et là on sent comme un flottement…

Si pendant toute la fin du 20eme siècle la pensée émancipatrice a quelque peu oublié son rapport à la technique, la voilà qui revient en force, comme un retour de boomerang qui pourrait bien être violent. Il est difficile d’attribuer à tel ou tel intervenant l’idée selon laquelle un transhumanisme de gauche pourrait se penser, mais les zones d’ombre pointées dans le manifeste par l’historienne Sophie Whanich laissent perplexes.

On sait combien de riches mégalomanes vaniteux imaginent modifier leur corps pour vaincre la mort. On sait ce que cela suppose d’élitisme et comment cela va au-delà de la diversité humaine pour nous engager vers une possible partition entre les humains augmentés et les non augmentés. À quoi ressemblerait un programme politique émancipateur qui engagerait démocratiquement la modification des humains. Le résultat des politiques menées au nom de la gauche au cours du 20eme siécle en Russie ou en Chine ne peuvent que nous laisser atterrés devant les images que génèrent l’association des mots politique d’Etat - modification de l’humain - démocratie - peuple.

Il est certes indispensable de construire une pensée qui articule ces éléments au regard des formidables capacités de la médecine contemporaine. Face au délire Google de l’augmentation de l’humain le point de vue officiel français que l’acte médical est un acte réparateur ne tiendra pas longtemps. On voit bien qu’il nous faut penser collectivement, planétairement…et vite!

Anticipons!

L’accélérationnisme est (dèjà) mort, vive l’anticipation!

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