A gauche, le flan habituel va-t-il continuer longtemps ?

Critiquer le néolibéralisme avec un discours réchauffé, pertinent mais d'une terrible insuffisance alternative. L'omerta sur les principes capitalistes pour ne pas se coller une étiquette de bolchévique, voilà où nous en sommes. Devant cette peur cuisante des représentants de tous les partis de gauche à assumer leur héritage, comment prendre le relai de leur résignation ?

C'est en me rendant hier soir à un événement organisé par Attac44 à Nantes que mon exaspération a trouvé son comble. Quatre partis avaient répondus présents à l'appel (FI, GDS, PCF et Génération.S) pour participer à un débat : "10 ans après la crise, les alternatives existent". A mon grand regret mais peu surpris, aucun d'entre eux n'a formulé la moindre proposition allant en ce sens. Brodant respectivement durant des heures autour de ce qu'est le néolibéralisme, l'hyper-financiarisation de l'économie, la dette publique, le rôle de l'Europe et des lobbies, je ne saurais comment les remercier de nous avoir appris qu'il fallait nationaliser des banques et lutter contre la fraude fiscale... Bref, ce qu'une audience venue un lundi soir à un évènement d'Attac savait déjà pertinemment s'est transformé en véritable leçon de tricot.

Pour moi, ce type de comportement est symptomatique des défaites à répétition de la gauche. "La vraie", celle qui est censé remettre profondément en question notre modèle capitaliste renforcé par le néolibéralisme, mais qui surtout doit être en mesure de le combattre avec des solutions efficaces. Hors si l'intervention d'une membre du NPA dans le publique n'avait pas surgie, c'est bel et bien le tabou qui aurait gardé le monopole de la soirée. Et c'est un bottage en touche magistral qui lui aura été accordé comme réponse. Se réfugiant derrière l'illusion du grand soir pour le plus prolixe d'entre eux, c'est le déni pur et simple dans la nature du capital qui a gagné la partie. 

Bien entendu le sujet est ardu. Il est plus aisé de ne pas se mouiller et de trouver des réponses populistes plutôt que de s'attaquer au fond du problème (les 1% vs 99% etc.). Ils sont en quelque sorte complices. Ils préfèrent sciemment entretenir un format de réponse et des programmes édulcorés plutôt que de remettre en question un mode de fonctionnement et de communication qui a fait leur perte, et avec eux la notre depuis 40 ans. C'est insupportable. Et à mon sens c'est à cette méthode que l'on doit un tel niveau d'abstention.

Et pourtant nous avons toute la matière nécessaire, disponible pour avancer et construire un modèle de société à la hauteur des enjeux écologiques, économiques et sociaux qui sont les nôtres. Certes le grand soir est un aboutissement long mais faut-il encore vouloir en prendre le chemin, et nous voyons là, déjà à ce petit niveau local que la langue de bois et l'enfumage on davantage le vent en poupe que la volonté nette de sortir de l'impasse.

Les études et propositions de grands universitaires et chercheurs tels que Bernard Friot ou Frédérique Lordon sont à elles seules déjà suffisantes pour enclencher un programme politique qui puisse façonner le nouveau visage de notre société en devenir, si toutefois ce n'est pas la quête du chaos qui l'emporte. Je ne dis pas qu'il faille reprendre mot pour mot ou point par point toutes leurs idées mais s'en inspirer, étape par étape, me parait incontournable. Si sortir du capitalisme n'est pas pour demain et pas en une fois, alors au moins commençons par abattre ses piliers les plus fragiles : le marché du travail et le crédit. S'attaquer à la propriété lucrative ou à la mesure de la valeur par le temps me parait plus difficile et nécessite une préparation sociétale, philosophique qui ne se décrète pas.

Simplifier le marché du travail en socialisant le salaire dans le privée avec une qualification à la personne permettrait d'éradiquer la misère et de déconnecter le travail de la logique mortifère de l'emploi. De donner la flexibilité demandée par les entreprises, d'augmenter drastiquement la trésorerie des TPE/PME, et de donner l'opportunité à tous de s'épanouir dans son travail, par envie, et non plus par contrainte. Créer une cotisation à l'investissement pourrait générer un cercle vertueux d'autofinancement des entreprises par subvention en lieu et place du crédit bancaire, qui de surcroît n'est guère accessible aux petites structures.

Nous pouvons aussi réfléchir à la TVA, cet impôt injuste prendrait tout son sens s'il était indexé sur l'impact environnemental des marchandises. Incitant les entreprises à investir dans des process propres pour rester compétitifs et le consommateur verrait le produit sain devenir accessible. Une manière efficace de décarboner notre économie et de réorienter notre vision de la production et de la consommation. En sommes les solutions ne manquent pas. Il s'agit surtout d'assumer que l'on est de gauche.

Alors j'oscille. Créons nous un nouveau parti pour porter ce programme ou allons continuer à attendre que ces soi-disant analystes de l'horreur osent s'acheter le courage nécessaire pour le faire ?

 

 

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