ENFIN LIBRES ! Le manifeste d'une nouvelle ère humaine

Nous y sommes. Ce moment où tout converge inévitablement vers un point de bascule. Notre monde s'arrête. Sa course folle est stoppée net. C'est pour nous, espèce humaine, l'occasion de concevoir autrement nos modes de vie.

Nous y sommes. Ce moment où tout converge inévitablement vers un point de bascule. Notre monde s'arrête. Sa course folle est stoppée net. Nous sommes obligés d'envisager autrement notre temps dans ce double sens : ce qu'est le temps et ce qu'est notre époque. C'est pour nous, espèce humaine, l'occasion de concevoir autrement nos modes de vie. Nous sommes trop peu nombreux à voir que tout est à bout de souffle. Beaucoup d'entre nous ne l'acceptent pas. Ils nient la réalité scientifique et environnementale, restent englués dans leurs croyances. Croyances en un monde productiviste, industriel, métropolisé, incroyablement destructeur mais pour eux, encore synonyme de progrès, malgré son évidente cruauté.

Le grand nombre ne l'a pas encore intégré, mais cette crise dite sanitaire du coronavirus n'est nulle autre chose qu'une crise écologique, la première d'une longue série. Il faut s'y attendre, l'avenir ne sera pas radieux. On peut croire en des jours meilleurs et il faut entretenir cet objectif pour avoir la force de traverser ce qui vient. Mais il nous faut le faire en conscience, se confronter à cette vérité scientifique que nous allons subir un terrible choc environnemental et climatique. Intégrons bien cela : il n'y a pas d'urgence plus absolue que de concentrer tous nos efforts pour minimiser ses dégâts.

Ainsi, le coronavirus se dévoile à nous tel un choix fondamental à faire : sera-t-il une simple parenthèse avant que tout reparte vers notre inconscience collective ? Ou décidons-nous d'en faire un tournant profond de notre histoire ?

 

Nos institutions, si chargées d'histoire, de guerres, de luttes de classe, sont dans l'impasse. Nos dirigeants sont impuissants. Tentent de garder la face, mais nous, qui vivons les répercutions de leurs décisions, savons que rien de ce qu'ils proposent n'est à la hauteur des enjeux. Pourtant, des solutions existent mais ils ne les appliquent pas. Rien pour eux n'est plus important que de sauver le modèle économique. Et nous, population consommatrice, ignorante, exploitant un dixième de notre capacité de pensée s'en contente. Depuis l'antiquité, nous avons tout pour parvenir à façonner une société équilibrée, démocratique, consciente, en accord avec son environnement. Mais non, malgré toute notre technologie, nos savoirs, notre histoire, nous continuons à agir dans l'irresponsabilité la plus totale. Nous avons depuis des décennies, voir des siècles, connaissance des analyses sur les limites de notre système. Que ce soit au sujet énergie/climat, capitalisme ou surpopulation, rien n'a été fait correctement. Nous avons ces armes entre les mains mais il aura fallu l’imminence d'un crack global pour que la pression augmente. Si nous ne nous emparons pas de ces armes dès maintenant pour entrer en guerre contre notre propre bêtise, alors le pire est à envisager.

 

Nous ne pouvons plus vivre tel que nous avons vécu jusqu'ici. C'est très dur à entendre, à assimiler, mais désormais, nous en avons la preuve physique. La surconsommation, la production inutile, la servitude volontaire nous ont conduis à cette situation de crise globale. Nous pourrons toujours affecter la faute aux capitalistes et à nos gouvernements parce qu'ils sont aux manettes et ce serait justifié. Mais ne nous voilons pas la face, nous avons tous participé à entretenir ce modèle, sciemment ou pas. Notre responsabilité est collective, et celle à venir aussi.

 

Finis le modèle capitaliste/néolibéral qui détruit tout, la nature, les corps et les esprits. Finis de courir après une vie qui nous échappe, dénuée d'un sens profond. Une vie pour survivre, entreprendre ou s'employer et rester d'aveugles consommateurs. Finis les guerres, toujours si prompt à engraisser des salauds et à massacrer les cœurs. Finis la politique menteuse et carriériste. Finis le gâchis de nos ressources et de l'asservissement des pays du sud. Fini la défonce et l'autodestruction volontaire pour oublier que ce monde nous dégoute par son injustice. Nous avons le droit au bonheur, à l'épanouissement, à la liberté de jouir de nos vies pleinement, concrètement. Mais qu'on se le dise, il va falloir faire beaucoup d'efforts pour y parvenir. Nous allons entrer, si nous le voulons, dans une phase de transformation et de désintoxication de tout notre logiciel sociétal. C'est une étape longue et pénible qui va générer des frustrations, des abandons de confort, beaucoup de peur. Ca se joue avant tout dans les têtes. C'est donc une question d'éducation, de compréhension, de lucidité.

 

La priorité des priorités, c'est le climat. Nous pourrons toujours revendiquer plus de pouvoir d'achat, d'équité sociale, de libertés individuelles, sans un environnement à même de nous accueillir... la belle affaire. Évidemment, pour concentrer nos efforts sur la réduction des gaz à effet de serre et préserver la biodiversité, nous avons besoin de nouvelles institutions politiques et sociales. Des institutions qui doivent nous donner de l'espoir, une perspective concrète pour nous organiser et relever les défis anthropologiques et écologiques de notre époque.

 

Ainsi nous devons décider de ce qui vaut : la nature ou le profit ? Derrière cette question un peu simpliste, se cache tout le fond du problème. Sommes-nous prêts à revenir à une vie plus frugale, en accord avec notre environnement ? Loin des délires survivalistes ou des pseudo-gourous déguisés en apôtres du bien-être. C'est prendre conscience qu'il est littéralement impossible de continuer à vivre sur cette planète, si nombreux, dans les conditions actuelles. A quoi donc, donnons-nous de la valeur ? Il va falloir en décider collectivement, nous faire confiance et construire ensemble un récit supportable pour demain. La tâche est ardue mais incontournable. Sincèrement, qui désire gérer les futures pandémies aussi mal qu'aujourd'hui ? Qui veut voir ses enfants mourir dans la pollution, le stress et les maladies ? Qui veut se priver de la beauté de cette terre, de son incroyable perfection, de sa poésie, de sa magie ? Qui veut se priver d'avoir du temps pour s'enivrer du rire d'un enfant ? Pour lire, pour créer, pour aimer, éperdument aimer...

 

On ne le dira jamais assez, n'ayons pas peur de nous-même, nous sommes beaux, nous sommes très majoritairement bons, alors allons-y ! Qu'avons-nous à perdre de plus cher que notre environnement ? Nos banques ? Quelques chefs d'industries et quelques politiciens ? On s'en passera fort bien. D'ores et déjà, nous sommes frustrés de ne pouvoir travailler correctement. De ne pas avoir voix au chapitre, ou alors, dans un simulacre de démocratie. Trop souvent, leurs décisions, leurs volontés nous font produire de la mauvaise qualité avec les outils qu'ils nous fournissent. Ainsi, avec ou sans eux, nous saurons en faire bon usage. Un temps long leur a été donné pour nous prouver que leurs places étaient méritées et ils ont échoué. L'étape d'après est la nôtre, sans intermédiaires. Pas d'une poignée de familles bien nées, pas d'Etats centralisateurs, pas de financiers avides. Leur époque est révolue et avant que cela ne se transforme en haine générale contre eux, ils feraient bien de nous montrer que leur savoir, leur expérience peut nous être utile.

 

Nous avons le devoir d'accompagner nos enfants durant plusieurs générations pour ramasser les morceaux. Nous concentrer à préserver la vie, dès maintenant et radicalement. Ensuite, si nous-y parvenons, peut-être que nos arrières petits enfants auront le loisir d'explorer à une échelle mondiale ce que peut être l'humain lorsqu'il est en accord avec son environnement. Une fois que l'on sait cela, on a le choix. Soit l'ignorer et bon courage pour vivre avec, soit se relever les manches. Oui c'est un ultimatum et il nous est imposé par la planète qui nous accueille gracieusement. La beauté ou la cruauté ? Si votre cœur balance, c'est que vous n'avez pas encore saisi le sérieux de l'affaire. Sachez alors, que ça viendra à vous plus violemment que de le choisir dès maintenant.

Accepter la nécessité d'une révolution de nos modes de consommation, de travail et de vie est la condition essentielle à notre salut. N'espérons pas que ça changera, changeons ! Changeons en nous-mêmes, et ça, même si c'est encore très timide, le processus est en cours. Changeons nos institutions, changeons de modèle économique, sociétal et politique, mais faisons le vraiment. En profondeur, là où se niche les maux de notre civilisation. Changeons notre éducation pour diffuser les savoirs et aiguiser l'esprit critique, apprendre à placer le collectif au deçu des intérêts individuels, à faire de la solidarité le carburant de nos vies parce que les enjeux nous dépassent et que c'est notre meilleure chance.

Mais aussi, d'un point de vue économique, soyons copropriétaires de nos entreprises. Ayons un salaire à vie, investissons par subventionnement et non plus par crédit bancaire, valorisons la qualification des êtres plutôt que la dictature du temps. Bref, soyons à la hauteur de l'Homme, doué, libre, collectif, vivant !

 

L'économie doit-être à notre service au sens où seul le travail humain, la volonté de dépasser un obstacle, les efforts justes créent de la valeur. De la plus petite à la plus grande entreprise, nous devons être coresponsables de ce qui s'y passe et de ce que cela génère. Démocratiquement, sans prédation, sans exploitation mais par la copropriété et le collectif.

 

Ce monde où chacun s'accomplit, s'épanouit dans sa vie est à notre portée, ou plutôt à la portée de nos arrières petits enfants mais c'est maintenant que cela se joue. L'important est d'enclencher cette machine, de démarrer un processus sain que plus rien ne pourra arrêter dans sa course vers la liberté.

Tous nos rêves, nos désirs, nos combats pour de nouveaux droits doivent désormais prendre une forme concrète et dépasser le stade théorique. Ce n'est plus une utopie ou un espoir lointain mais une réalité à explorer.

 

Il nous faudra abattre beaucoup de nos croyances. La propagande du pouvoir actuel est si forte ! Elle consiste à considérer qu'au delà de son modèle consumériste, ne réside que le chaos. Elle est le cœur des productions Hollywoodiennes. On ne compte plus le nombre de films et de séries sur la fin du monde pour nous vendre la sacro-sainte liberté de notre modèle actuel, indépassable. Or c'est tout l'inverse. Le chaos, nous-y sommes.

Il se trouve que le capitalisme s'adapte à tout, pervertit tout, et le grand nombre ne réalise plus vraiment de quoi il est fait. Bien entendu, après le capitalisme, il y a une vie et elle est mille fois plus belle que sous son règne.

Pour autant, ne soyons pas dans une vision binaire. Les choses ne se résument pas à capitalisme ou bolchévisme. Nous avons perdu la boussole de ce qui est essentiel. Nous ne faisons pas société et l'individualisme est la règle. « C'est pas moi c'est l'autre », voilà ce qui philosophiquement nous tue.

 

Les géants de ce monde ont des pieds en papier crépon nous disait Colinne Serreau. Sans nous, ils ne sont rien et en cette période de pandémie, on le voit bien. Quand l'économie réelle s'arrête, celle liée à notre travail concret, leur système financier basé sur la spéculation s'effondre. Leurs yeux se tournent vers les états, seuls à même de les sauver, mais toujours au détriment des populations. Rappelons-nous de 2008 : nos états se sont endettés dans des mesures gigantesques pour sauver ces banques scélérates, seules responsables de ce fiasco. On nous l'a fait payer par des cures d'austérité drastique, comme si nous en étions les coupables. Encore une fois, avec le coronavirus, nous allons le payer cher, très cher. Ils sont dans une fuite en avant, ils recommencent de plus belle encore. Nous avons déjà trop souvent subi cette arnaque, ces sacrifices et nous devons en profiter pour dire stop !

 

Pour dépasser notre système actuel, aller au delà et en sortir par le haut, il va nous falloir réécrire nos lois, celles des hommes et des femmes libres. Qui décident collectivement de leur avenir et de ce qu'il advient des fruits de leur travail, de leurs efforts, de leurs engagements.

Nous étions politiquement des enfants jusqu'en 1789. Puis, des adolescents jusqu'à présent. Naviguant de crises en crises, de caprices en poussées de croissance exponentielles. Désormais, nous apprenons à voler de nos propres ailes. A devenir des adultes politiques. Gérer nous-mêmes nos institutions, écrire notre constitution, socialiser l'économie démocratiquement, au service des Hommes et en accord avec la nature.

 

Réapprendre à vivre sereinement, au rythme des saisons, désengorger les villes et se réapproprier les terres, les habitats, les villages. Nous sevrer de notre addiction à l'énergie et au CO2 à tous les niveaux. Le chantier est colossal mais obligatoire. Inatteignable dans le schéma actuel parce qu'il est basé sur l'appropriation illimitée, l'exploitation de la vie et par voie de fait, sa destruction.

Là aussi, en sortir n'est pas une possibilité, c'est une urgence absolue. Pour ça, nous pouvons nous appuyer nous sur notre expérience du post-capitalisme. Avec succès, depuis 75 ans, la cotisation sociale nous a protégée. Depuis 30 ans, en France, le gèle de celle-ci nous a fait régresser et nos hôpitaux sont en crise. Moins de cotisations, c'est plus d'impôts, moins de salaires, moins de soins, plus d'inégalités et plus d’États autoritaires. Nous pouvons dès demain élargir ce procédé vertueux qui a fait ses preuves pour que nous financions la transition écologique, nos salaires, nos investissements et nos appareils démocratiques.

 

En sommes, et pour commencer :

 

_Un droit à un environnement sain en contrôlant nos productions et nos consommations grâce à une TVA variable calculée sur l'impact environnemental des marchandises + une interdiction drastique de toute production considérée néfaste pour le vivant.

 

_Créer une caisse d'investissement pour financer les immenses chantiers liés à la transition énergétique.

 

_Un droit à la sécurité sociale alimentaire en relocalisant notre agriculture, exclusivement en bio et en circuits-courts.

 

_Un droit à la propriété de l'habitat pour tous.

 

_Un droit à une éducation plurielle tout au long de la vie. Une éducation pratique, favorisant l'autonomie des individus et la délibération collective pour apprendre à travailler dans un processus démocratique.

 

_Un droit à la copropriété de l'outil de travail dans les entreprises pour stopper l'appropriation des profits par une poignée d'individus et devenir coresponsables de ce que nous produisons.

 

_Un droit au salaire à vie basé sur la qualification individuelle, de 18 ans à la mort, comme un droit politique du citoyen. Une reconnaissance claire que nous sommes les seuls créateurs de la valeur économique et d'usage.

 

_Un droit à la décision politique avec un sénat citoyen représentatif de la population pour contrôler nos élus et les lois qu'il proposent.

 

Ces droits, sont ceux d'une révolution qui s'impose à nous par la force des choses et nous ne pouvons attendre que d'autres le fassent à notre place. Les pompiers pyromanes qui nous gouvernent doivent céder la place à une nouvelle forme de démocratie, plus directe, plus consciente. A nous de construire notre programme par le bas. De prendre le pouvoir sur nos instituions et les façonner à l'image d'une société juste et responsable. Quelque soit notre âge, notre pays, notre classe sociale, nous sommes tous concernés et nous avons besoin de toutes les populations.

 

Donnons-nous du cœur à l'ouvrage. Partout où vous le pouvez, inscrivez ENFIN LIBRES ! Sur vos blouses dans les hôpitaux, à vos fenêtres, vos voitures, vos vêtements, en graffitis, en photo avec une pancarte et diffusons ! Nous avons besoin de nous prouver que la majorité est lucide, que nous voyons la même chose, surtout en ce moment.

Chers semblables, conscients de qui se joue, est venu le temps de la maturité commune. Levons-nous, réfléchissons, soyons solidaires et nous réussirons !

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