Débat BFMTV : Jean-Luc Mélenchon donne une leçon de République à Éric Zemmour

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Ce soir, sur le plateau de BFMTV, Eric Zemmour, partisan de la guerre civile en France, pose d’entrée de jeu la couleur : « la guerre de civilisation existe et elle se joue sur notre sol »

Celui qui est parfois présenté comme un « grand intellectuel de droite » (sic) s’est illustré dans ses approximations pour ne pas dire ses erreurs historiques, sa mauvaise foi et ses contresens. Le candidat de la France insoumise a quant à lui adopté une hauteur de vue, rimant avec l’ouverture sur l’autre. Samuel Huntington ou Jacques Bainville d’un côté ; Pic de la Mirandole, Christine de Pisan ou Édouard Glissant de l’autre. 

Arrêtons nous un instant sur une référence d’Éric Zemmour : le monarchiste nationaliste Jacques Bainville. C’est Charles Maurras qui le fit rentrer à la Gazette de France puis à l’Action française, dont il était le responsable de la rubrique politique.

Des références étonnantes pour celui qui avait défini la République de la manière qui suit : ​​« vous n’êtes plus pour le progrès mais pour le progressisme, qui est une idéologie individualiste imposant ses règles à l’Etat et à la société. C’est le contraire de la République. La République c’est le bien commun ». 

Qu’est-ce que le « bien commun » pour celui qui veut expulser du territoire français 5 millions de personnes ? 

Qu’est-ce que le « bien commun » pour celui qui déplore l'égalité des conditions entre femmes et hommes ?

Qu’est-ce que le « bien commun » pour celui qui trouve ses références chez des monarchistes antisémites qui exècrent la République ?

Comment penser le commun quand toute la vision politique développée repose sur l’exclusion, la dévalorisation, l’humiliation ? 

C’est ce qui s’est joué lors du débat opposant Éric Zemmour à Jean-Luc Mélenchon sur BFMTV. Quelle vision de la République ? Le résultat est sans appel : le candidat de la France insoumise a donné une leçon de République au chroniqueur devenu caricature de lui-même au fil des assauts philosophiques et politiques de l’adversaire.

Dans sa profession de foi pour les élections législatives de 1906, voici ce que Jaurès écrivait : « J’ai servi fidèlement le socialisme et la République, qui sont inséparables : car, sans la République, le socialisme est impuissant et, sans le socialisme, la République est vide ». 24 ans plus tôt, Ernest Renan décrivait ainsi la Nation : « Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L'existence d'une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours, comme l'existence de l'individu est une affirmation perpétuelle de vie ».

Voilà dans son discours ce que lie Jean-Luc Mélenchon : la France, la Nation, la République. La République comme moyen de l’émancipation de l’individu, la France comme l’espace de réalisation de cette promesse et la Nation comme manifestation du désir de vie commune. Cette vision politique rassemble, là où celle d’Eric Zemmour relègue (la femme, l’immigré…). Elle trace un horizon fédérateur et populaire, là où le sombre chroniqueur n’est que le ferment d’une guerre civile.

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