Itinéraire pour une révolution démocratique non-violente (1/7)

Esquisse (en sept parties) d'une perspective stratégique pour le mouvement social, en vue de la mise en œuvre d'une démocratie écologique

 

« Une multitude libre est en effet conduite par l'espoir plus que par la crainte ; une multitude soumise, par la crainte plus que par l'espoir. L'une s'applique à cultiver la vie, l'autre seulement à éviter la mort. »

Baruch Spinoza, Traité Politique, V, 6 (Trad. C. Ramond)

 

Introduction

Que peut bien signifier la prise de conscience collective de la catastrophe écologique globale ?

À l'heure de l'ouverture à Paris de la 21ème Conférence des Nations Unies sur le Climat (COP21), cette question a le mérite de plonger au cœur de la situation historique décisive qui est la nôtre, et d'en relever le caractère profondément paradoxal.

Voici : notre situation est décisive, car il nous revient actuellement, comme on sait, de faire dévier au plus vite les sociétés industrielles de la trajectoire proprement suicidaire qui est la leur. Mais notre situation est paradoxale, en ce que, loin de modifier leur course, celles-ci s'efforcent de l'accélérer, comme si elles cherchaient à précipiter l'effondrement du monde humain.

En effet, tandis que le constat pour le moins alarmant de la destruction exponentielle des écosystèmes planétaires semblerait devoir engager la « communauté internationale » à opérer une remise en cause radicale des modes de production et de consommation dominants, c'est-à-dire in fine du système de l'accumulation du capital, celui-ci paraît jouir au contraire d'une hégémonie sans précédent, son emprise s'étendant désormais sous toutes les latitudes, et s'exerçant plus puissamment que jamais.

Pour reprendre une célèbre métaphore présidentielle, tout le monde a beau savoir que « notre maison brûle », la plupart de ses habitants – surtout parmi les mieux lôtis – non seulement « regardent ailleurs », mais s'emploient à souffler de plus belle sur les braises...

D'où notre interrogation liminaire : que peut bien signifier la prise de conscience collective de la catastrophe écologique globale ?

A première vue, cela ne semble donc pas devoir signifier grand-chose. Tout le monde est au courant de ce qui se passe, et pourtant, à peu de chose près – et malgré la réitération régulière des gesticulations officielles – tout se passe comme s'il ne se passait rien, comme si tout pouvait continuer indéfiniment comme avant : « business as usual ». Comment cela se fait-il ?

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Au niveau individuel, plusieurs éléments permettent d'expliquer cette indifférence apparente. D'abord, il y a toutes les manières d'occultation de la douloureuse réalité du monde actuel. Vérité trop amère, démystification excessive, désenchantement trop brutal ou trop radical, la catastrophe écologique globale vient heurter de plein fouet les assises symboliques fondamentales des sociétés modernes – mythe de la marche linéaire du Progrès à travers l'Histoire, imaginaire de la « maîtrise rationnelle » de la « Nature », fétichisme de la croissance économique à l'infini, etc.

En outre, l'arrachement à l'idéologie productiviste/consumériste qu'appelle une telle prise de conscience paraît d'autant plus pénible qu'il implique une profonde transformation des conditions matérielles d'existence ; or celle-ci va nécessairement à l'encontre de modes de vie qui, pour être écologiquement irresponsables, n'en sont pas moins ancrés dans la réalité socio-économique des pays les plus riches.

D'où l'évitement subjectif de la catastrophe écologique globale, ou son refoulement : c'est le mécanisme psychologique bien connu de la « dissonance cognitive », selon lequel on s'évertue à ne rien percevoir de ce qui menace d'entrer en contradiction avec les usages et les représentations du monde auxquels on est accoutumé. Cette mauvaise foi allant parfaitement dans le sens du fonctionnement des structures matérielles et symboliques du système capitaliste, celles-ci ne laissent pas de la conforter continuellement, en tâchant notamment de lui ôter ses relents désagréables de culpabilité, ou de mauvaise conscience.

Ainsi bien sûr de l'industrie du divertissement, du conditionnement publicitaire, ou de la propagande idéologique ordinaire : tout est bon pour prolonger l'envoûtement technoscientifique des sociétés industrielles et les maintenir dans le rêve éveillé de leur accomplissement universel. Quand bien même surgiraient ici et là quelques éclairs de lucidité, les voici aussitôt confondus dans un flux permanent d'informations fragmentaires qui déréalise et anesthésie les désirs de compréhension du monde contemporain.

À cette saturation symbolique vient s'ajouter la difficulté qu'il peut y avoir à se représenter concrètement la catastrophe écologique globale. Car il s'agit là, incontestablement, d'un de ces phénomènes que le philosophe Günther Anders qualifie de « supraliminaires », à savoir de ceux qui excèdent notre sensibilité, qui dépassent nos facultés de perception, ce dont on dit couramment que « ça passe l'entendement » ou l'imagination.

Du point de vue de la temporalité, en effet, il est clair que le dérèglement climatique, par exemple, concerne moins les générations présentes que celles qui sont à venir. Ce sont elles qui auront à régler l'ardoise, quand nous nous contentons, pour notre part, d'y inscrire nos dépenses ; or puisque nous (Européens) n'en subissons pas (encore vraiment) les conséquences, en quoi cela devrait-il nous concerner ?

Il en est de même au niveau spatial – nul ne peut apercevoir l'ensemble des forêts primaires qui brûlent en ce moment, en Indonésie ou ailleurs, pour accroître la production d'huile de palme ou de bio-carburant – ainsi qu'au niveau ontologique – la plupart des espèces biologiques qui y périssent nous étant inconnues, et n'ayant pas même été nommées et recensées, en quoi leur disparition pourrait-elle nous affecter ? De tels phénomènes nous sont largement incommensurables, et offrent d'autant moins de prise à notre action qu'ils transcendent nos tentatives de représentation.

Pourtant, si « nous ne croyons pas ce que nous savons » – selon l'expression de Jean-Pierre Dupuy –, c'est peut-être surtout, à l'inverse, parce que nous préférons croire qu'il n'y a rien à y faire. On admet alors la catastrophe comme une évidence, pour mieux pouvoir en balayer le sens ; car si l'on ne peut rien y faire, à quoi bon changer quoi que ce soit à nos pratiques et à nos comportements ? Qu'elle prenne la forme du fatalisme désabusé ou du nihilisme rageur, la déresponsabilisation individuelle à l'égard des grands enjeux de notre époque dérive toujours, en fait, d'un certain sentiment d'impuissance collective, qui semble aujourd'hui la chose du monde la mieux partagée.

C'est pourquoi il nous faut d'abord insister sur le point suivant : à savoir que l'appropriation subjective de ces enjeux dépend principalement de l'état du champ des possibles offert aux capacités d'action de chacun-e. Et si la question de la prise de conscience de la catastrophe écologique globale se pose essentiellement en termes de « collectif(s) », ce n'est donc pas tant du point de vue de sa généralisation, que de son inscription dans un sens commun ou, autrement dit, en fonction des multiples aspects de son déploiement et de sa germination dans l'imaginaire politique de nos sociétés.

En somme, la responsabilisation individuelle vis-à-vis de la catastrophe climatique n'a de sens que dans la mesure où elle s'articule à un projet collectif visant à une transformation radicale des modes de vie dans les sociétés industrielles, ce qu'on appelle désormais communément le « changement de paradigme ».

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Or le déroulement de la COP 21 se révèle particulièrement instructif en ce qui concerne la représentation sociale de ce « changement de paradigme ». À défaut d'être productif en termes d'engagements internationaux (et de dispositifs contraignants) relatifs à la réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre, cet événement devait en effet justement consister en une nouvelle – et très solennelle – mise en scène de la prise de conscience collective de la « crise » écologique. Aussi le fait que le mouvement social y soit brusquement réduit au silence vient-il jeter un froid – sans aucune incidence, hélas, sur la causalité du réchauffement climatique – en annulant toute possibilité pour la Conférence de bénéficier de la « caution populaire » que celui-ci, en dépit de sa dissociation explicite vis-à-vis de l'agenda officiel, eût pu sembler lui accorder. Bien entendu, l'empêchement de la mobilisation citoyenne - à travers la criminalisation du mouvement social - rappelle que l'expression de la démocratie n'est jamais toléré qu'autant qu'elle ne dérange pas les affaires de l'État. Mais surtout, un tel fiasco achève de témoigner du manque de perspective stratégique et, pour le dire une bonne fois, de la cuisante impuissance politique du mouvement social.

Dressons un tableau rapide de cet événement, afin d'y ressaisir les termes de notre questionnement. Au premier plan, il y a bien sûr les délégations officielles, les poignées de main des chefs d'État, les comptes-rendus en direct des négociations, etc. Comme à chaque fois, les déclarations grandiloquentes de la « dernière chance » peinent à masquer l'indigence des propositions concrètes. Or si la volonté politique paraît largement illusoire du côté des gouvernements des pays riches, qui ont pourtant la responsabilité historique de faire le premier pas (notamment sur la question de la « dette écologique »), une telle duplicité reflète la profonde schizophrénie des sociétés industrielles – en même temps qu'elle contribue à l'entretenir.

Ensuite, on trouve les grandes entreprises adeptes du « greenwashing », qui ont à cœur de promouvoir les solutions « innovantes » qu'elles s'attachent à développer. Entre technologies « propres » et « croissance verte », il s'agit de paraître amender suffisamment le système pour pouvoir en assurer durablement le maintien. Mais au-delà de toutes les fantasmagories éco-compatibles de « dernière génération », on aperçoit désormais parfaitement, à l'horizon des pavillons du Bourget, les grandes lignes de l'administration technocratique du désastre : marchandisation universelle des ressources naturelles, gestion intégrale du « système-Terre », gouvernement sécuritaire des populations.

Enfin, il était censé y avoir les mobilisations de la « société civile », emmenées par la Coalition Climat 21. Ces mobilisations entendaient capter une part de la représentation médiatique au profit des « alternatives » concrètes, lesquelles se présentent comme des préfigurations locales du « changement de paradigme » que nous avons évoqué, et qu'il nous faut faire advenir au plus tôt à l'échelle globale – si du moins nous voulons nous donner des chances d'épargner aux générations futures les aspects les plus détestables du cauchemar planétaire qui commence à se dessiner...

Or s'il n'était pas besoin de l'annulation de la plupart des événements prévus dans le cadre de la mobilisation citoyenne – sous couvert d'une opportune prolongation de l'état d'urgence – pour que se pose la question de leur signification et de leur efficience, au moins peut-on désormais espérer que la condition misérable à laquelle se trouve objectivement réduit le mouvement social le contraindra bientôt à s'interroger en profondeur sur ses finalités réelles, ainsi que sur les moyens qu'il se donne en vue de les atteindre. Qu'un tel effort de réflexivité nous paraisse aujourd'hui la chose la plus urgente et la plus nécessaire, nous aurons amplement l'occasion d'y revenir, puisque cela forme le cœur de la présente série d'articles.

Prenons ici simplement l'exemple des grandes « marches pour le climat », qui prétendaient encadrer la Conférence Climatique, et s'en réserver ainsi « le dernier mot ». Pour comprendre l'insignifiance politique d'une telle mobilisation, il suffit d'esquisser une comparaison avec l'éventualité classique d'une journée – potentiellement reconductible – de grève générale en ouverture de la COP 21, dont il faut souligner d'emblée qu'elle eût pu magnifiquement résister, pour sa part, à l'instrumentalisation politique des mesures sécuritaires décrétées à la suite des attentats parisiens du mois dernier1. La différence saute aux yeux : car tandis qu'une « marche pour le climat », engageant fort peu de projection temporelle et génèrant très peu d'interactions entre les participants, ne saurait susciter en elle-même de profonds effets politiques2, la grève générale, qui suppose certes de tout autres moyens, induit également de tout autres rapports sociaux.

Voyez plutôt. Dans le premier cas, on profite de la balade dominicale pour manifester sa préoccupation à l'égard du changement climatique, et soulager du même coup la mauvaise conscience que l'on peut entretenir vis-à-vis de son « empreinte écologique » personnelle ; en un mot, on se donne en spectacle, puis on rentre chez soi. Dans le second cas, comme on doit s'attacher, en amont, à sensibiliser toutes les composantes du mouvement social aux enjeux du réchauffement climatique, afin de mobiliser les différents corps de métier en vue du mouvement de grève, on se donne la possibilité d'opérer à chaque fois la jonction entre des problématiques sociales plus ou moins spécifiques et des problématiques écologiques déclinées à toutes les échelles. De la même façon, le jour de la mobilisation, l'objectif n'est pas tant de défiler que de se rencontrer – sur les différents lieux de travail, dans les universités, dans les écoles, etc. – et d'échanger, de réfléchir, de débattre, jusqu'à délibérer des suites à donner à une telle action. Par où l'on comprend qu'en aval, il ne s'agit rien moins que d'ouvrir la voie à une reconfiguration des rapports de force au sein de la société.

Bien sûr, une grève générale eût été difficile à organiser à l'occasion de la COP 21, et eût demandé une énorme dépense d'énergie militante. Et quoi ? Le jeu n'en vaut-il pas la chandelle ? Or la question qui se pose à nous est justement de savoir à quel jeu entend jouer dorénavant le mouvement social.

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Car ce qui, au fond, nous semble lui faire défaut, c'est la volonté d'inscrire explicitement la prise de conscience collective de la catastrophe écologique globale dans un vaste processus de subjectivation politique des individus et des groupes qui le composent. Pour le dire plus simplement, nous pensons qu'il lui faut reconnaître la nécessité de situer à présent son action sur un plan proprement politique (au sens large).

S'il ne le fait pas, c'est-à-dire s'il se satisfait, en tant que rassemblement de forces sociales agissantes, de se cantonner à des opérations de communication et de plaidoyer, alors il se condamne à devoir toujours s'en remettre en fin de compte aux responsables politiques, et à se raccrocher continuellement à l'espoir que ces derniers finiront par assumer la conduite de la bifurcation sociétale dont il proclame l'urgente nécessité ; en l'état actuel des modes de gouvernement, c'est là ce qui s'appelle « se bercer d'illusions ». D'un autre côté, s'il semble que rien ne l'empêche de continuer à se développer au niveau local, on doit cependant admettre qu'il se heurte en fait à un « plafond de verre » correspondant, purement et simplement, aux structures de la domination capitaliste.

Tâchons d'éviter les malentendus : il ne s'agit pas de critiquer en elle-même la « radicalité concrète » des alternatives. C'est bien parce qu'elles s'enracinent dans des terrains de luttes autonomes et localisés que les multiples résistances qui essaiment actuellement sur tous les territoires peuvent travailler, jour après jour, à y cultiver le sens de l'émancipation individuelle et collective.Mais face aux différents vecteurs de l'aliénation de masse à l'œuvre au sein des « sociétés de consommation », et dans un contexte de durcissement progressif – et inexorable – des conditions économiques et géopolitiques au niveau mondial, le mouvement social des alternatives ne peut plus se satisfaire d'un « devenir minoritaire » manifestement impuissant à contrecarrer l'expansion de l'extrême-droite sur les scènes nationales européennes.

C'est dire en somme que si elles ne triomphent pas rapidement, les « alternatives » finiront par être écrasées sans ménagement – par un pouvoir d'État plus autoritaire que les autres, et pour peu qu'elles se refusent à rester gentiment confinées dans des formes de marginalité aussi divertissantes qu'inoffensives. Avouons du moins que nous nous laissons entraîner à présent sur une bien mauvaise pente. L'air vicié que nous prenons l'habitude de respirer – depuis plusieurs années – suffit à nous indiquer les formes communes de dégradation de l'esprit public à travers lesquelles on aboutit peu à peu, et comme insensiblement, aux règlements criminels des régimes bureaucratiques sécuritaires.

Aussi l'orientation générale du présent Itinéraire peut-elle s'énoncer de la manière suivante : il s'agit d'aider à déterminer les conditions de possibilité, à court terme, d'une convergence des multiples luttes sociales et « alternatives » en une entreprise globale de subversion – et de destitution – de l'ordre capitaliste « libéral ». L'idée fondamentale sur laquelle il repose est que la réalisation d'une telle convergence – ainsi que du changement de paradigme qu'elle projette d'accomplir – est indissociable d'une révolution démocratique de la société.

Positivement, seul en effet un processus de démocratisation de l'ensemble des sphères de l'activité sociale – éducation, culture, économie, médias, etc. – paraît susceptible de libérer assez d'énergie collective pour que les différentes fractions du corps social en viennent à mesurer leurs accords et leurs antagonismes à l'aune des grands enjeux de notre temps : sobriété énergétique, partage équitable des richesses (matérielles et symboliques), réhumanisation du travail et des rapports avec les (autres) animaux, relocalisation écologique de l'ensemble de l'appareil de production, solidarité économique avec les populations démunies du monde entier, arraisonnement de la finance internationale, contrôle et pilotage démocratiques du développement techno-scientifique et des dispositifs sécuritaires, etc.

Négativement, il est clair qu'un état social réellement démocratique – à distinguer des simulacres dont se prévalent constamment les oligarchies libérales3 – constitue le meilleur rempart contre l'instrumentalisation identitaire des conflits sociaux et, d'une manière générale, un puissant antidote4 à toutes les formes de violence symbolique et de domination.

Enfin, d'un point de vue stratégique, et comme nous voudrions le montrer dans cette série de textes, c'est bien la démocratie qui doit mener à la révolution de la société, et non l'inverse. Car même s'il peut paraître assez arbitraire de séparer ces deux termes qui, en réalité, se conditionnent l'un l'autre, il n'est sans doute pas inutile d'attribuer de nos jours une sorte de priorité logique à la démocratie par rapport à la révolution, en affirmant que la révolution suppose la démocratie, tandis que la démocratie implique la révolution. Cela en regard non seulement de précédents historiques particulièrement calamiteux, mais surtout, du parallèle que l'on peut observer entre, d'une part, l'impossibilité manifeste d'un « changement de paradigme » non démocratique, et d'autre part, l'impossibilité tout aussi évidente qu'une démocratie « réelle », en temps de catastrophe écologique généralisée, n'ait cure de se montrer révolutionnaire.

En un mot, cet Itinéraire se propose de penser – et d'imaginer – la façon dont on pourrait concrètement s'y prendre pour faire advenir aussitôt que possible, en France comme dans d'autres pays, un bouleversement politique à la hauteur des immenses enjeux du monde où nous sommes. La voie qu'il se propose de frayer est celle de l'auto-constitution du mouvement social en matrice de la subjectivation démocratique de la société, aux fins de son soulèvement et de sa refondation politiques ; c'est-à-dire, en fait, de sa révolution démocratique non-violente.

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Je m'efforcerai dans cet ouvrage d'aller à l'essentiel, et viserai d'abord la simplicité du propos, la clarté et la concision du langage et de la pensée ; cela, depuis les considérations sur les causes les plus générales à l'œuvre dans le monde contemporain, jusqu'aux détails pratiques des différentes perspectives stratégiques envisagées.

Cet Itinéraire se présentant comme l'ébauche d'un travail collectif d'une tout autre ampleur5, il se contente pour l'instant d'un minimum de références et de renvois, et fait l'économie d'un bon nombre d'éléments qu'on pourrait juger utile d'adjoindre à son parcours. Musicien en situation précaire, je ne suis qu'un « chercheur » amateur – non de profession – et mon essai ne peut donc prétendre à l'exactitude et à la rigueur qu'on serait en droit d'attendre d'une enquête journalistique ou d'un travail universitaire.

Sa publication dans le "club" de mediapart lui permettant de s'adresser à un public éclairé, et d'espérer en recevoir des critiques nombreuses, diverses et constructives, qu'il lui suffise, pour se recommander à son attention, d'assurer vouloir lui témoigner de la plus grande honnêteté intellectuelle, non sans en appeler du même coup à se souvenir ici même, en notre époque crépusculaire, de la fraîche et radieuse devise qu'Emmanuel Kant entendait attribuer au vaste courant des "Lumières" : Sapere aude 6 !

 

1 Cette idée, discutée avec enthousiasme en début d'année au sein d'un groupe informel de « réflexion politique » rattaché à Alternatiba Gironde, n'a pas réussi à s'imposer au reste du mouvement, l'agenda de la Coalition Climat 21 semblant déjà défini à l'époque, et très difficile à modifier...

2 Cela ne veut pas dire que ce type d'événement ne puisse servir de « point de fixation » dans le cadre d'une mobilisation plus large, comme ça a pu être le cas de la marche de New York, par exemple, pour les membres de la fameuse Grassroots for Global Justice Alliance (qui se revendique du « community organising » développé par S.Alinsky) ; mais cela signifie plutôt que cette même fonction, à l'œuvre dans une gréve générale à portée internationale, s'en trouverait décuplée.

3 Comme on le verra dans le quatrième texte de cette série (4/7), un des principaux obstacles à la généralisation des pratiques relevant de l'autonomie collective réside dans la préemption du champ lexical et du vocabulaire théorique de la démocratie par des régimes politiques qui n'en ont justement que le nom, ou guère plus. La réduction, le détournement ou la caricature de ces pratiques provoque la déception populaire à leur égard, et les dévalorise jusqu'à en compromettre la signification et, par conséquent, la fonction émancipatrice.

Je propose pour ma part de regrouper ces impostures grand-guignolesques de la démocratie – dont les figures les plus grotesques peuvent se nommer Berlusconi ou Sarkozy – sous le néologisme de « démagocratie » qui, outre sa proximité étymologique et sa ressemblance phonétique avec ce dont il cherche à mimer les vertus, me semble bien faire entendre qu'il ne s'agit en réalité que d'histoires de magots et de magouilles...

Notons d'ailleurs que ce genre de recherches d'expressivité s'avère indispensable dans le cadre d'une stratégie révolutionnaire basée sur la construction d'une hégémonie culturelle du paradigme démocratique, et s'attachant notamment, comme le fait Podemos en Espagne, à mobiliser tous les « déçus » de la politique et autres sempiternels contempteurs du « tous pourris ! ».

4 Antidote qu'il faut toutefois mettre sans cesse à l'épreuve (esprit critique, intelligence collective, respect de l'autre et reconnaissance de sa parole, etc.) pour qu'il conserve de son efficacité...

5 Ce dont nous reparlerons en conclusion de cette série de textes (7/7).

6 « Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! »

 

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