Convergence des rêves – pour une révolution démocratique (5/7)

Et si nous profitions de la réclusion qui nous est inopinément imposée pour repenser les voies d’une émancipation collective ?

Suite de la conférence donnée en 2121 par l’historien Anastase Tée, à l’occasion du centenaire de la Convergence des rêves.

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Le premier facteur qui permet d’expliquer, d’abord, la sympathie générale puis, par la suite, la formidable adhésion que va rencontrer le mouvement, c’est la façon dont celui-ci va utiliser l’ensemble des outils médiatiques qui sont alors à sa disposition. Dans un premier temps, il bénéficie déjà d’un intérêt appuyé de la part des médias traditionnels, presse, radio, télévision, médias qui sont pourtant, pour la plupart, aux mains de grands groupes privés possédés généralement par des oligarques très peu enclins, on s’en doute, à favoriser le jaillissement d’une révolution démocratique. Et de fait, lorsqu’il apparaîtra clairement que les choses commenceront à se corser pour le pouvoir en place – et pour les médias eux-mêmes, puisque, comme nous le verrons, la refonte radicale du système médiatique sera la principale mesure politique prévue pour accompagner la prise de pouvoir et le déroulement du processus constituant ; avec aussi, bien entendu, un ensemble de mesures de sauvegarde économique visant notamment à enrayer la fuite des capitaux – quand donc il apparaîtra que la menace que représente ce mouvement pour les intérêts économiques des classes possédantes n’est pas totalement illusoire et inconsistante, les médias traditionnels sauront rapidement changer leur fusil d’épaule et tenteront alors, par tous les moyens – même les plus infâmants – de le discréditer. Mais, en attendant, ils commencent par relayer plutôt fidèlement ce qui se passe, ou du moins s’y intéressent-ils, ce qui n’est pas sans effet sur la poursuite et le développement du mouvement lui-même. Comment expliquer cet enthousiasme initial des médias traditionnels ? Déjà, il se passe quelque chose dans la société française, et ce qui se passe est suffisamment massif et suffisamment sulfureux – le manifeste anonyme, les multiples « performances » symboliques issues des différents groupes d’action des assemblées locales, comme les occupations de l’espace public et, très vite, de nombreuses actions de désobéissance civile placées sous le signe de l’urgence écologique et démocratique – bref, ce qui se passe est, en soi, suffisamment étonnant pour être noté, et, dans la durée, suffisant original et « innovant » pour satisfaire régulièrement l’inextinguible besoin de nouveauté des mass media. Et puis aussi, assez sincèrement, bon nombre de rédactions voient là – du moins, je le répète, dans un premier temps – une fenêtre d’observation sur le changement d’époque qu’on est alors en train de vivre, quelque chose qui vient répondre positivement à la crise de conscience qui s’est développée à l’occasion du confinement de la population suite à l’épidémie de coronavirus au début de l’année 2020, et qui a suscité d’innombrables appels à changer les choses, à modifier en profondeur le rapport des sociétés humaines à leur environnement, et donc le fonctionnement de l’économie, de la politique, etc. Bref, la Convergence des rêves est perçue comme une réponse concrète apportée collectivement à cette crise de conscience.

D’où d’innombrables sujets sur – au choix – le « populisme » supposé de ce mouvement, ou au contraire le renouveau démocratique qu’il a l’air d’incarner, ou bien encore ces fameux « alternatifs » dont il regorge, et qui assument de plus en plus massivement une rupture franche avec les critères convenus de la réussite sociale, sans compter bien entendu tous les choux gras sur la menace hypothétique vis-à-vis du pouvoir en place, et aussi bien, d’ailleurs, vis-à-vis des partis dits « populistes » ou « extrémistes » dont il semble ressortir qu’ils pourraient pâtir d’un pareil mouvement, s’ils ne parviennent pas à l’instrumentaliser en leur faveur. Bref, la Convergence interroge, elle attise la curiosité, elle passionne, même. Et puis le phénomène est très ambivalent. Cette Convergence parle de tout le monde, elle parle de ceux qui en parlent, elle parle de ceux qui ne parlent pas, ou qui ne sont jamais entendus, cette Convergence c’est « nous » en tant que ce « nous » redevient un facteur de subjectivation politique collective, et en même temps ça fait un peu peur, n’est-ce pas, c’est quand même une révolution qui s’annonce fièrement, alors certes démocratique, mais quand même… Et puis, qui n’aime pas jouer à se faire peur ? C’est plutôt agréable, ces frissons de « Grand Soir », et en plus… ça fait vendre, n’est-ce pas ?

Ensuite, autre facteur de la sympathie exercée par le mouvement, la convergence concrète, qu’on a rapidement évoquée, avec les mobilisations écologistes qui ont un recours de plus en plus fréquent à la désobéissance civile. C’est que, tout simplement, une bonne proportion des activistes de ces mobilisations écologistes, des jeunes plutôt diplômés, plutôt socialement favorisés, issus en grande partie des classes moyennes supérieures, une grande partie de ces jeunes activistes s’implique aussitôt dans la Convergence des rêves, où ils sont souvent moteurs pour ce qui est des actions symboliques dans l’espace public. C’est la jeunesse qui s’exprime, en quelque sorte, et qui fait la jonction avec les lycéens en grève pour la sauvegarde du climat, et avec les étudiants qui ne savent plus bien dans quel monde ils vivent. Or cette première jonction avec la jeunesse – jonction tout à fait naturelle, d’ailleurs, car c’est généralement surtout quand on est jeune qu’on a envie de changer les choses, n’est-ce pas ? – cette première jonction, disais-je, va s’avérer tout à fait décisive pour la suite, comme on va voir.

Enfin, dernier élément important, lié d’ailleurs au précédent, l’éclatante créativité culturelle du mouvement, dont le formidable jaillissement, dès le début, va exercer une force d’attraction extrêmement puissante envers une variété de publics qui n’ont pas forcément accès à la pratique politique, et qui vont soudain se retrouver immergés dans cet incroyable bouillonnement de l’imagination sociale et politique provoqué par la Convergence, sans même avoir à y participer activement, d’ailleurs, mais juste en suivant ce qui se passe sur les réseaux sociaux numériques. Or ce qui circule sur les réseaux, c’est une floraison impressionnante d’œuvres nouvelles de tous les types, une dissémination ininterrompue de formes originales, produites par des individus ou des groupes qui émergent, qui se mélangent les uns aux autres, qui croisent leur art et leur savoir-faire, c’est la rencontre aléatoire de vidéastes, d’écrivains, d’artistes, de techniciens, d’hommes et de femmes qui se sentent soulevés par une même vague, portés par un même élan, par un même sentiment de liberté, et comme subitement autorisés à laisser libre cours à leur propre créativité. Et cette créativité abondante et communicative dont chacun fait preuve, parfois sans même en avoir conscience, cette créativité inouïe s’autoalimente et rejaillit sans cesse au contact de la multiplicité toujours renouvelée des formes et des motifs qui se font jour au sein du mouvement. En fait, c’est là un phénomène que l’on retrouve toujours peu ou prou lors d’une révolution, c’est même son marqueur subjectif le plus clair, une sorte d’ivresse générale, de profusion de tous les instants qui fait que l’on perçoit que quelque chose d’exceptionnel est en train de se passer, et que l’on éprouve le désir de se couler dans le flux débordant, de se joindre au jour le jour à cette multitude agissante, à cet imprévu bouleversement du cours des choses.

Or cette vague qui s’est formée à l’automne 2021, semble presque sur le point de retomber au début de l’année 2022. C’est pourtant à la charnière entre ces deux années que tout va brusquement s’accélérer : en quelques semaines, ce qui pouvait encore être considéré comme un mouvement social parmi d’autres va se transformer en un véritable soulèvement, ce qui n’était qu’une vague montante va se muer soudain en un raz-de-marée qui va déferler sur la scène politique officielle, sans que rien ne puisse en contenir la puissance, ni en prévoir les effets. Alors, que se passe-t-il ?

Reprenons le fil des événements. Tout au long de l’année 2021, au fur et à mesure que se structurait le mouvement, qu’il s’étoffait de toutes les performances symboliques et autres créations artistiques et médiatiques en tous genres que nous avons évoquées, comme la Convergence annonçait clairement son objectif de réunir une majorité de suffrages à l’élection présidentielle autour d’une candidature unitaire sans autre programme qu’un simple processus constituant, quelques sondages d’opinion ont inévitablement tenté de matérialiser en termes d’intentions de vote l’attrait exercé par le mouvement. Bien sûr, on connaît le caractère à la fois fantaisiste, et pourtant tout à fait performatif de ce genre d’artefacts médiatiques. Si bien que le fait que le mouvement se situe d’emblée autour des 10 à 15 % d’intentions de vote n’est pas complètement anodin : ça a contribué aussi à l’ouverture de la brèche.

Mais à la fin 2021, le mouvement n’ayant toujours pas désigné de candidat, et les principaux partis ayant commencé, de leur côté, à se lancer dans la compétition électorale, la Convergence ne dépasse plus les 5 %, en dépit de la ferveur grandissante qui l’entoure, et d’un indéniable attrait auprès de larges fractions de la population. Autant dire que, pour beaucoup d’observateurs, la fête est finie, et cette candide velléité de révolution démocratique, nulle et non avenue. Si l’on dresse un rapide état des lieux des forces en présence au début du mois de janvier 2022, la bataille électorale semble entièrement polarisée entre, d’un côté, la candidate de l’extrême-droite, qui sert traditionnellement de repoussoir au second tour de l’élection, mais qui semble bien, cette fois-ci, pouvoir enfin l’emporter, et le président sortant, qui se présente sans surprise comme un rempart contre celle-ci. La première dépasse les 30 % d’intentions de vote, quand le second peine à atteindre les 25 %, et plonge même souvent en-dessous des 20%. Dans les deux cas, néanmoins, on sent très peu d’enthousiasme, il s’agit très certainement d’un vote par défaut, cette polarisation étant perçue comme une mise en scène très artificielle, mille fois rejouée, chaque fois automatiquement reconduite à l’occasion de l’élection. Il y a le sentiment diffus d’une sorte d’illusionnisme visant à recouvrir, à masquer la possibilité pour le peuple de se ressaisir de sa souveraineté, et ce sentiment trouve d’autant plus à s’alimenter que la Convergence des rêves élargit petit à petit, lentement mais sûrement, la brèche qu’elle a réussi à percer dans le jeu de dupes de la politique officielle. Derrière ces deux principaux candidats, il y a ensuite, autour de 15-20 %, le candidat du parti écologiste, qui a remporté la « primaire » de centre-gauche, la droite traditionnelle, à peu près dans les mêmes eaux, et enfin la gauche radicale, qui peine à dépasser les 10 %.

Or voici ce qui arrive. Le 15 janvier, à l’issue d’une procédure assez complexe associant élections sans candidat et tirages au sort parmi les assemblées régionales, un dernier tirage au sort a lieu qui désigne le candidat de la Convergence à l’élection présidentielle, ou plutôt en l’occurrence la candidate, car il s’agit d’une jeune femme dont le hasard – qui fait bien les choses, comme on sait – a voulu qu’elle se prénomme Marianne, comme la représentation allégorique de la République française (représentation plutôt machiste, d’ailleurs, mais c’est un autre débat). Donc, le 15 janvier, désignation de cette jeune femme, Marianne, douée de grandes qualités, comme il s’est avéré par la suite. Le programme de la Convergence, à savoir le processus constituant accompagné de quelques mesures politiques devant lui permettre de se dérouler dans les meilleures conditions, ce programme en forme de consensus radical ne sera livré, quant à lui, que le 13 mars. Or entre ces deux dates, 15 janvier et 13 mars, il y a un retournement complet de la situation, cela du fait de cette fameuse campagne « Démocratie ou Boycott », qui est lancée le 22 janvier, soit une semaine à peine après la désignation de Marianne comme candidate de la Convergence à l’élection présidentielle de 2022.

Notons que l’efficacité de cette campagne a été tellement spectaculaire que le même mode d’action sera repris dans la plupart des révolutions démocratiques qui s’ensuivront en Europe, d’abord en Espagne, puis en Italie, en Suède, en Irlande, et jusqu’à ce que finalement, il n’y en ait même plus besoin. Bientôt en effet, au Portugal, en Allemagne, en Estonie, en Finlande, et encore ailleurs, il suffira de procéder à la mise en place des assemblées locales pour que la révolution apparaisse comme une déferlante impossible à faire dévier de son cours. Dans ces cas-là, le processus constituant lui-même sera fortement inspiré de ceux qui auront déjà eu lieu, et dans certains pays, comme en Allemagne ou en Autriche, la nouvelle constitution aura été rédigée en amont de l’élection nationale, au cours d’un processus constituant autogéré, et selon les exemples des nouvelles constitutions déjà créées auparavant.

Mais revenons à la fin du mois de janvier 2022, qui voit la naissance de cette première campagne fulgurante. Face à la mascarade électorale vers laquelle on s’acheminait à nouveau, l’épouvantail de l’extrême-droite devant être utilisé, une fois de plus, pour briser le pluralisme dès le premier tour – c’est l’argument classique dit du « vote utile », qui enjoignait aux électeurs de voter dès le premier tour pour le candidat réputé avoir le plus de chances de battre l’extrême-droite au second – il était assez clair que le scénario maintes fois répété allait se reproduire une fois de plus : « vote utile » permettant au président sortant de se maintenir au second tour, puis défaite de l’extrême-droite face à une « union républicaine » des plus factices. Le mouvement de la Convergence, qui estimait pouvoir enrayer cet enchainement cousu de fil blanc, ne semblait pas dans les faits en capacité d’y parvenir.

Or voici que le 22 janvier 2022, la Convergence des rêves lance la campagne « Démocratie ou Boycott ». L’idée est la suivante : il s’agit d’un appel, assorti d’une pétition, dont l’objectif est de faire pression sur les partis susceptibles de rejoindre la révolution démocratique pour qu’ils abandonnent leur propre candidature à l’élection présidentielle, de sorte qu’en s’associant au consensus radical, ils permettent la victoire de la Convergence et la mise en œuvre du processus constituant. C’est donc quelque chose qui s’adresse à tous les partis qui se revendiquent peu ou prou de la révolution démocratique, à savoir, principalement, le parti écologiste et le parti de la gauche radicale. Or si ces deux partis – sans parler des partis franchement minoritaires comme le parti communiste ou le nouveau parti anticapitaliste, par exemple, que la campagne cible également – si ces deux partis de gauche n’ont effectivement qu’assez peu de chances d’accéder au second tour de l’élection présidentielle, il ne saurait néanmoins être question, pour eux, de retirer leur candidature, car d’une certaine façon, de par le fonctionnement de la Vème République, on peut considérer que c’est leur existence même en tant que parti qu’ils mettent en jeu lors de cette élection, car celle-ci détermine fortement les scores qui seront obtenus, dans la foulée, aux autres élections, à commencer par les élections législatives pour la désignation des députés à l’assemblée nationale.

Mais c’est là précisément ce que récuse la Convergence : d’une part, il ne s’agit plus, pour les partis politiques, de se maintenir tels quels dans le système politique actuel, puisqu’on a désormais à l’ordre du jour un bouleversement complet du système en place. « On ne peut pas à la fois prétendre changer les choses et refuser de se changer soi-même », lit-on dans la pétition. Et au fond on comprend bien qu’une telle demande soit difficile à accepter pour les partis auxquels elle s’adresse, tout simplement parce qu’elle signifie rien moins que leur mort à brève échéance. Il leur faudra se transformer en profondeur, car on ne sait pas du tout, à ce moment-là, sur quoi va déboucher un processus constituant comme celui qui va être présenté par la Convergence. Et au final, cela revient à exiger des partis qu’ils se dissolvent et se fondent dans le mouvement révolutionnaire en train de se lever. Alors, d’une certaine façon, ils sont censés y être sensibles, puisque ils sont eux-mêmes les premiers à en appeler, sur le papier, à un renouvellement de la démocratie ; mais si cela doit signifier leur propre disparition, c’est quand même une toute autre affaire…

Maintenant, ce qu’il faut bien apercevoir, c’est que cet appel ne s’adresse pas tant aux partis eux-mêmes qu’à leurs sympathisants. Or ceux-ci n’ont pas du tout les mêmes intérêts que ceux-là. Car si les premiers cherchent d’abord à se maintenir en place, ceux qui les élisent, quant à eux, n’ont certainement pas ce genre de préoccupations. Ils ont simplement des désirs et des convictions, qu’ils cherchent à exprimer lors de chaque élection à travers un bulletin de vote – ou bien justement en refusant de voter. Et pour ces « sympathisants », électeurs ou abstentionnistes, il importe bien davantage de soutenir le bouleversement en cours que de maintenir des organisations partidaires dont ils n’ont que faire, voire dont ils contestent souvent les agissements depuis des années. Quelle aubaine ! Car voici enfin venue l’occasion de soutenir et de participer à un vrai changement politique, mais sans avoir à voter pour des partis – et même mieux : en se faisant un malin plaisir de signer leur arrêt de mort, à ces partis (dans le fonctionnement desquels, on l’a compris, la plupart des citoyens ne se reconnaissaient plus)…

Toute l’astuce de cette campagne se trouve là : le fait qu’on encourage les électeurs potentiels de ces partis à déclarer leur soutien à la Convergence, et à mettre la pression sur « leurs » partis pour qu’ils se plient à cette dynamique, jusqu’à la rendre majoritaire, cela n’oblitère en rien leur droit de vote. En un mot, à qui souhaite exprimer son soutien à la Convergence, cela ne coûte rien, sinon une petite signature en bas d’une pétition. Par contre, ce petit rien, très vite accumulé des millions de fois, va se révéler lourd de conséquences.

Car voici ce qui se passe. Dès le lancement de la campagne « Démocratie ou Boycott », des dizaines de milliers de participants, issus de tous les milieux sociaux, vont aller à la rencontre de la population, à domicile, le plus souvent en binôme, ils vont aller faire du porte à porte dans l’objectif de récolter rapidement un maximum de signatures en faveur de la pétition. Or la mobilisation s’avère extraordinairement efficace, à tous les points de vue. Si l’on regarde d’abord du côté des militants de la Convergence, et en particulier des nombreux jeunes qui s’impliquent dans le mouvement, cela leur donne l’occasion de partager leur enthousiasme, de se dépenser utilement tout en se mettant soi-même à l’épreuve en tâchant d’argumenter, de convaincre, d’imaginer aussi le possible et de le donner à voir, et tout le monde sent bien à cette occasion qu’un basculement est en train d’avoir lieu, par quoi la ferveur générale s’accroît : bref, une authentique dynamique révolutionnaire s’est enclenchée, qui s’auto-amplifie jour après jour, et ne cesse de gagner du terrain sur la morosité ambiante. En face, du côté des gens qui reçoivent la visite des pétitionnaires de la Convergence, plusieurs choses se mêlent. Pour une bonne partie d’entre eux, à savoir les nombreux abstentionnistes et tous ceux qui, d’une façon générale, ont le sentiment de voter par défaut et de cautionner ainsi, chaque fois, un simulacre de souveraineté populaire, il est tout à fait bienvenu d’appuyer une mobilisation qui dévoile l’inanité du jeu électoral et tord le bras des partis « progressistes », en leur sommant de se retirer de la course, de façon à faire aboutir une refonte complète du régime politique. En outre, cette perspective de révolution démocratique est loin de rebuter tout le monde, bien au contraire ! De plus en plus de citoyens se laissent gagner par l’effervescence ambiante, qui leur permet d’exprimer leur ras-le-bol de manière positive. Or c’est là toute l’intelligence tactique de cette campagne : à partir d’une signature qui n’engage rien, sinon l’expression négative d’un refus du système en place – refus auquel souscrit, de fait, une immense majorité de citoyens – on incline chacun à s’inscrire dans un projet positif, incomparablement plus vaste et plus profond que les mesquineries habituelles des joutes politiciennes ordinaires, projet qui ne laisse personne de côté, puisqu’il se présente comme absolument ouvert et inclusif, et qui interroge tous les champs du possible, en proposant de reformuler collectivement l’architecture politique au sein de laquelle se joue le lien social.

Eh bien, voyez le résultat : plus de six millions de signatures en à peine deux mois, c’est véritablement énorme, c’est un succès exceptionnel, écrasant – d’autant que, selon les enquêtes d’opinion, cela représente plus de 60 % des sympathisants écologistes et plus de la moitié de ceux de la gauche radicale. La conséquence ne tarde pas : à la mi-mars, le candidat écologiste, qui ne s’aventure plus guère dans les sondages au-delà des 10% - quand Marianne frôle désormais le double – à la mi-mars, donc, le candidat écologiste jette l’éponge, et s’associe à la candidature de la Convergence. Aussitôt les sondages donnent celle-ci en tête, devant la candidate de l’extrême-droite, qui descend pour sa part à 20 %. Du coup, évidemment, la candidature de la gauche radicale devient de plus en plus problématique, d’autant qu’est rendu public, au même moment, le processus constituant en quoi consiste, on l’a vu, l’essentiel du programme de la Convergence des rêves. Aussi, cinq jours à peine après cette publication, la pression étant devenue insoutenable, et les défections se multipliant, la gauche radicale se range à son tour. Et les 21 et 22 mars, à la stupéfaction générale, deux sondages d’opinion donnent coup sur coup la Convergence au-dessus des 50% au premier tour. Du jamais vu dans l’histoire de la Vème République française… Autant dire que les jeux sont faits.

Mais la révolution démocratique, elle, ne fait que commencer...

[à suivre]

 

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