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Billet de blog 17 sept. 2015

MILLENIUM 4 Notes de lectures

ANTOINE WASSERFALLEN
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Millénium 4

J’aborde cette dernière parution en notes de lectures du détail au principal, pour le plaisir de la mise en ordre, et aussi pour me demander s’il vaut la peine ou non de consommer les tomes 4 et suivants.

LONGUEUR, CONSTRUCTION, TRADUCTION, LIGNE DU TEMPS

 Un peu plus court que la normale de la série (un huitième) le dernier livre était attendu avec impatience par les ‘accros’ de la saga suédoise. On aurait attendu dans les détails quelques explications de plus que les maigres notes sur la réalisation du livre : qui a été expert pour la rédaction, et qui sont les personnages, comment ça s’inscrit dans la succession, et on aurait surtout désiré avoir une position éditoriale sur l'usage ou non des fameuses 80 pages ou davantage déjà élaborées avant son décès par l'auteur principal. Bon, laissons les remarques de détails.

J’ai lu la version anglaise, et parcouru à titre de contrôle ou surimpression quelques éléments de la traduction française. Curieusement, je dirais que la traduction française est un peu plus vulgaire que d’habitude dans son ton et ses expressions que le reste de la série (les traductions précédentes sont plus distinguées, ou plus châtiées dans le ton général). Il faut dire que la série Millénium avait habitué la lectrice ou le lecteur à des exposés presque factuels , par moment qui donnaient dans leur ton l’impression de lire par dessus l’épaule du journaliste de la saga Mikael Blomqvist.

 Pour la construction ce roman donne l’impression d’avoir presque trop de protagonistes (davantage que la quinzaine d’habitude, ils ont le bon goût de décéder assez vite pour certains d’entre eux (la nabot médecin, répétition du directeur d’asile psychiatrique des volumes précédents, ou l’informaticien génial) … mais quand même … ce qui donne justement à la ligne du temps du livre un aspect presque trop foisonnant et disons accidenté. Beaucoup d’avance et de recul dans les évènements pour conserver la ligne narrative et son suspens, mais beaucoup de 'rembobinages’ ou repassées (au ralenti même - scène de l’élimination de deux prédateurs de Lisbeth dans la neige, deux plans de vues, comme au tennis) …

RECYCLAGE OU NON DES PERSONNAGES

Alors on est reparti avec le casting des 'suspects habituels', pour plaisanter bien sûr, puisqu'il s'agit en fait des protagonistes principaux traditionnels. Les grands habitués diraient qu'il manque quand même le grand amour final du dernier tome précédent de notre cher Mikael (l’inspectrice Figuerola). Elle qui n’aurait pas déparé dans ce tome. On se demande ce qui fait qu’elle ne peut être là (à moins que précisément le litige entrer la famille des héritiers du créateur et la compagne ait abouti à la neutralisation de la partie existante, dans laquelle la belle blonde serait apparue …).

On pourrait aussi dire que Mikael manque aussi un peu de ‘viande’ : il est comme absent en sentiments, absent en préoccupations, sans quête principale, il le dit même à plusieurs passages dans le livre et aussi vers la fin … j'y reviendrai.

Le recyclage de la sœur jumelle est tout de même un peu forcé, en accouchement un peu en douleur surtout pour ces jumelles ‘bivitellines' (pour le moins) plutôt surprenant. On se serait attendu à ce que le fameux procureur incapable du tome 3 ait été mis à la retraite définitive, il est de retour ! Le flic Bublanski, bon ou mauvais, est aussi là ! Cela ne nous dérange pas parce qu’il continue cahin-caha faire son travail tant bien que mal … espérons qu'il se mariera (il est amoureux maintenant, après un passage d'ailleurs assez abrupt qui nous joue le coup de foudre dans une autre concaténation du fil des évènements), et qu'on ne l’aura pas toujours sur le dos dans tous les autres volumes de la série. 

Lisbeth quant à elle tient la route en tant que personnage central, elle raccroche l’intrigue et sert de fil rouge qui réconforte à la lecture et donc fonctionne encore pas si mal pour son rôle structurant dans le livre. Là il y a du bon travail, peut-être l'investissemnt principal de cet atelier d'écriture ?

LE GRAND JEU

Avec l’introduction dans l’intrigue de la NSA américaine c’est de la très grosse artillerie qui se met en place. Puis comme mobile du crime l'apparition d'une intelligence artificielle grand format avec la perspective effrayante et redoutée d’un monde à la sauce du film ‘Matrix’ à l’horizon. On se dit que l’auteur tire à grop coups de canons dans le scénario, et on se demande ce 'qu’il(s)' vont mettre dans le volume 5 : des extra-terrestres ? Une guerre atomique? Le déluge final ? Foin de catastrophisme, espérons que les ‘proprios’ de la série se souviennent des 'Bijoux de la Castafiore' (Tintin, ou tout simplement des insérts de l'original comme la menace contre la réd en chef Berger ou l'épisode antillais de Lisbeth) pour aborder certains nouveaux épisodes avec davantage de retenue, qui traitée, en demi-teintes, permettrait une résurrection plus douce.

LE PLAISIR DE LIRE, LE SUSPENSE

Le livre donne l'impression d'être écrit en code morse avec des passages des moins bons passages. Cette première remarque paraître une généralité décourageante mais en réalité c'est vraiment les sentiments par lesquels passent les lecteurs qui aiment Millenium, qui aiment les protagonistes,  les lectrices qui aiment cette série, ou qui aiment l’intrigue et son propos libertaire par excellence dans les précédents tomes. On avait apprécié le propos anarchistes précédents au niveau individuel qui montrait que dans des petits pays comme la Suède, et au niveau du ‘hacking’ (de la fraude informatique) il y avait de la résistance à opposer au niveau personnel. Ici on nous ressert la même soupe, mais avec la NSA … comment ne pas être d’accord ? Mais c’est tout de même un peu ‘téléphoné’. Donc si on n'en vient maintenant au rapport de ce contexte avec l’intrigue, eh bien elle n'est pas si nouvelle que cela avec ce recyclage de la NSA (après Snowden, après wikileaks, les Milleniums précédents c’était avant, rappelons-nous), franchement on s’attendrait à mieux ! Pourquoi ne pas tenter de prédire une nouvelle vague ? Une NSA européenne ou chinoise au moins ?

Pour ce qui est de l’intelligence artificielle qui semble être la grande découverte de ce livre, désolé de le dire mais c’est un peu usé, les lecteurs de science-fiction bailleront, et on n’ose pas en parler à des juniors après le succès des films du genre (voir plus haut). L’auteur l’a-t-il vraiment découverte à ce moment d’écriture ? (Comme un doctorant tout fier il nomme même ses consultants dans la postface.)

Il reste la 'mafia des autistes’ qui revient, bon, d’accord, cela donne de bonnes scènes (plusieurs en vérité, aussi avec la complicité entre Lisbeth et August) mais aussi ‘téléphonées’ (on aurait même pu les écrire avant de les avoir lues). Mais on ne découvre rien de plus que dans les tomes précédents : ils ont juste perfectionné leurs talents mathématiques (ou seulement arithmétiques dirions-nous en diminuant un peu la tâche et leurs résultats). Ils restent les dessins du petit August qui traversent et rythment le livre policier et son enquête en soutenant l'intrigue par contre-point.

 Le diable est dans les détails, aussi ... Par exemple la toile de fond est très très ténue : il manque ces éléments locaux caractéristiques qui étaient très plaisants dans les autres éditions. A savoir précisément les promenades un peu dans le centre de la ville de Stockholm ou bien des petites fresques comme dans les restaurants que les auteurs aiment (dans cellier, contrairement aux autres, on ne sait d’ailleurs pas ce que mangent les protagonistes, ah oui ! les informaticiens du ‘junk food') ou des petites allusions à des petites conversations anodines tous ces petits éléments de musique de fond manquent dans ce nouveau livre. La fin se dilue dans des détails aussi usés et resucées comme l’éternel buffet dans les locaux du magazine de Millénium, les états d’âmes égarés des autres personnages, ou des principaux protagonistes et de leurs ballades sans but, ou des portes d’entrée devant lesquelles on attend (tiens, à nouveau !), etc.

PROPOS SUBJECTIF PERSONNEL

Bon, finalement j’ai quand même eu un certain plaisir à lire ce livre, mais à peine la moitié de ce que l'on ressent dans les précédents … ou moins. Avec des grands moments d’étonnement dans les moins bons passages. Contrairement aux trois tome précédents on arrive à s'interrompre pour s'alimenter et dormir (ou travailler). Donc moins de suspense ou alors sur des éléments de tension très forts qui n'arrivent que vers la fin (la séance de torture en chambre, l'attaque finale). En effet la trame du début ne semble pas toujours crédible et je dirais que l'intrigue n'est pas encvore accrocjée quand le premier crime survient. On se demande donc finalement ce qui fait qu’une sorte de création collective comme celle-là ait traversé les contrôles éditoriaux sans se faire épingler … 

Ou justement sont-ce les contrôles qui l’ont étouffée ? La famille Larsson et ses éditeurs conseils. Plus de cinquante millions d'exemplaires vendus, cela fait peur de perdre un tel succès. Les éditeurs ont donc administré ce projet comme une entreprise et plus comme le risque d'un auteur. Alors : acheter ce nouveau livre ou pas ? - Donc je dirais, si vous êtes ‘accro’ à Millenium, que comme moi vous avez lu et relu les tomes précédents, que vous avez vu et revu les films (tous, la série en version courte, en version longue, et le remake hollywoodien, eh bien ne vous privez pas de ce retour qui vous fait revivre avec vos héros. Mais ne vous attendez pas à la plus grande émotion des débuts de la saga du génial Stieg Larsson. Espérons que le 5 sera un peu mieux … sinon, moi au moins, j’abandonne !

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