Qu'il est loin mon pays, qu'il est loin...

Ah mon pays. Mon beau et précieux pays si je t'ai parfois, souvent boudé, je ne peux m'empêcher de t'aimer. D'ailleurs plus je te boude et plus je t'aime. Plus je m'en éloigne et plus tu m'attires, je ne t'ai il faut le dire, jamais tant aimé que depuis que je t'ai quitté.

Mais qui es-tu mon doux pays ? Es-tu seulement ce territoire inouïs, riche de paysages et de cultures infinies ? Serait-ce aussi ta table et ton architecture qui me font carence ou serait-ce impalpable ?

Car si de mes voyages j'ai saisi ta grandeur et ton avance, ce n'est pas tant de n'en jouir ailleurs qui m'a manqué mais c'est bien d'en discuter.

J'ai eu beau traverser l'Afrique, l'Europe et l'Océanie, nul part je n'ai trouvé avec autant de finesse l'intellect de ton peuple éclairé.

Car c'est bien tes lumières qui m'ont fait te quitter lorsqu'en 2008, l'ère Sarkoziste m'étouffait au point de m'en aller trouver de l'air ailleurs.

C'est de loin que je t'ai regardé souffrir, je me sentais lâche et impuissant ; j'ai eu beau revenir pensant t'aider à te reconquérir mais j'étais bien présomptueux devant la tâche à accomplir.

J'ai tenté dans ton univers actuel de m'en sortir, faute de n'avoir la force et les moyens de te guérir mais tes geôliers furent les miens, les nôtres, nous peuple inconsciemment martyrs.

A nouveau tu m'as fais fuir. A nouveau l'amertume prenait le pas sur la combativité, à nouveau tu allais me manquer. Faut-il nécessairement que l'on s’écharpe toi et moi pour que l'on puisse se retrouver ? Je ne sais plus et j'ai beau t'aimer tu me désoles. Je te vois cancéreux et tu continu à cloper, ces cigarettes marquées de la division, du jugement et des certitudes.

Je vois ces buralistes avides continuer de te vendre ton addiction, comme si tu ne pouvais te passer de fumer ton voisin, ton fils, ton frère, comme s'il ne devait après toi n'en rester qu'un mégot.

Alors oui je reviens Ô mon pays, mon peuple mais c'est pour te dire mon amour de te voir redevenir ce que tant d'hommes ont sacrifié pour te bâtir.

 

 

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