Charlie Feu... De paille ?

Loin de moi l’envie de me positionner en marginal ou à contre courant, mon propos consiste avant tout à vouloir agglomérer, solidifier une prise de conscience collective avant qu’elle ne tombe dans le symbolisme graphique propre à notre génération Facebook, génération de l’urgence.

Il n’aura fallu que quelques heures pour que le blason #jesuischarlie envahisse tous nos espaces, porteur d’une solidarité inouïe, au delà de nos espoirs enfouis de nous voir un jour nous peuple de France regroupés, unis.

Il n’aura pas fallu plus de temps pour que cela m’agace, voyant multitude d’hédonistes que je connais fort bien s’en emparer comme si d’un coup d’un coup d’un seul, sous le joug du choc et de la peur, ils devenaient de fervents défenseurs de la liberté d’expression. Je ne crache pas aux visages de ceux-ci dans la mesure où tous les éveils sont bons à prendre mais je redoute que la portée de leur conviction ne s’arrête qu’à cela pour bons nombre d’entre eux. Leur mode de vie et les contraintes dans lesquelles ils se trouvent auront cette puissance de les ravaler aussi vite qu’ils se sont fait porteurs d’idéaux qu’ils n’avaient jusque là guère soutenu. On me dira que je suis un perpétuel insatisfait, qu’il faut laisser du temps pour le vérifier mais je ne veux laisser aucune chance à notre système de regagner trop vite du terrain sur l’éveil des consciences.

Ainsi ce que nous vivons là est une occasion unique de nous rappeler à ce que nous sommes avant tout : des Français. Ce sentiment d’appartenance à un pays doté d’une symbolique humaniste hors norme, bien en amont de celle de #jesuicharlie.

J’aurais aimé, si nous n’étions pas dans cette condition de l’identité graphique perpétuelle, voir notre dicton érigé avec honneur et fierté, en conscientisant qu’il est l’essence même de ce qui nous rassemble actuellement.

Bien au delà de l’acte terrifiant et de la peur que cela suscite, bien au delà de la solidarité évidente avec Charlie Hebdo, voir ce qui nous unit être nulle autre chose que l’appartenance à un pays porteur des plus belles valeurs du monde, « liberté, égalité, fraternité ». L’essentiel n’est il pas déjà complètement exprimé à travers ces trois mots avec lesquels nous pourrions composer mille symphonies, écrire mille poésies ?

Je ne veux pas voir tomber ce qui nous unit dans une débauche mercatique déclinant à l’excès #jesuischarlie dans des posters, des mugs, des casquettes, des t-shirts, des briquets, comme si l’on remettait brutalement nos valeurs entre les mains de la consommation de masse.

On me dira que c’est quelque part une manière à chaque café bu ou à chaque pêche posée aux toilettes de ne pas oublier, comme un mémorial intime. Certes, mais alors… A qui profite le crime ?

Voulons-nous réduire ce fantastique élan en un fait divers qui l’espace d’un instant nous aura rappelé de quoi nous sommes pétris, nous tirant une larmichette occasionnelle dans le flux démentiel de notre époque saturée ? Ou voulons-nous en faire l’occasion d’utiliser ce mouvement, ce retour aux sources en une force politique citoyenne durable ?

Je crois pour ma part que le meilleur moyen de rendre hommage à ces hommes et femmes qui sont morts en rêvant d’un monde meilleur, c’est d’inscrire notre démarche en ce sens.

Je me disais hier en marchant dans la manifestation de Nantes, « bon sang, si nous pouvions réunir tout ce monde dans un même projet politique, nous pourrions tout changer ».

Gauche, droite, abstentionnistes, toutes religions confondues, nous étions enfin ensemble et aujourd’hui à Paris, prêts à en découdre avec l’atrocité pour porter haut et fort nos convictions d’hommes et de femmes libres, égaux, fraternels : nos convictions de Français.

Nous l’avions là notre « Grand Parti de France », loin des clivages partisans, loin de ce que nos représentants veulent nous faire paraître, loin de nos a priori et de nos amalgames, nous étions et nous sommes ce que le reste du monde nous imagine être et qu’il ne voyait plus en nous.

Je ne suis pour ma part qu’un de ces simples citoyens que nous sommes tous, je n’ai guère d’influence ou de pouvoir et mon message tombera peut-être aux oubliettes de la multitude des propos, mais je vous en conjure de mon petit coin : reprenons ensemble les rênes de notre destin commun. Aussi utopiste que cela puisse paraître, tentons de balayer nos représentants avides. Redéfinissons ensemble les règles du jeu sur la base de ce qui nous constitue et dont nous retrouvons aujourd’hui le sens. Mais allons plus loin. Pour nous, pour le reste du monde. Il nous attend depuis si longtemps.

N’en doutons pas, NOUS sommes les révolutionnaires de ce monde. NOUS sommes ceux qui ont le plus de moyens d’apporter davantage de paix dans ce monde. N’ayons pas peur de le faire, ne soyons pas pessimistes, rien n’est joué d’avance. Oui j’ose dire que tout est entre nos mains et au fond de nous, nous le savons.

OSONS, impliquons nous, engageons nous, montons un parti politique exclusivement fait de citoyens et sans aucun de nos représentants politiques existants (afin surtout d’assoir un climat de confiance). Nous pourrions écrire un programme ambitieux, à la hauteur de nos espoirs et n’en ayons pas peur : reprendre le pouvoir. NOUS EN SOMMES CAPABLES !

Je ne suis pas un rêveur, j’aime les faits : voyez notre force et notre potentiel, voyez comme dans l’adversité nous ne faisons qu’un !

Arrêtons d’attendre d’être forcément dans la difficulté pour nous rassembler. Nous sommes contrairement à ce que l’on pourrait croire, ou que l’on voudrait nous faire croire, très ressemblants.

Même si le découragement est notre lot quotidien, remarquons que nous ne sommes pas dupes, que loin des télévisions et des propagandes, entre nous l’échange n’est pas si complexe.

Alors saisissons la balle au bond avant que tout cela ne soit récupéré une fois de plus par ces crapules à qui nous donnons honteusement nos voix.

Mes chers frères et sœurs de ce pays, je veux vous dire que je suis fier de ce que nous sommes et que nous avons aujourd’hui la preuve concrète de notre unité. J’ai trente ans et la vie devant moi, je ne me résignerai pas à nous observer passer à côté de nous-mêmes. A laisser à une poignée d’hommes fous la capacité de continuer ainsi. Je préfère mourir plutôt que de voir un peuple comme le notre continuer à baisser les bras. Je ne veux pas tomber dans des phrases bateaux et préfabriquées mais elle est d’augure : nous pouvons réellement bâtir ensemble un bel avenir à nos enfants. Nous n’allons pas vers le chaos, nous ne sommes pas prédestinés à nous détester, nous ne sommes pas nécessairement condamnés à tout foutre en l’air.

A ceux qui croient encore en l’humanité, à ceux qui savent comme moi que tout est possible, à ceux qui veulent participer à leur niveau à nous sortir de ce système idiot et destructeur, je vous dis bravo, l’aventure ne fait que commencer.

 

 

Avec toute ma gratitude et ma foi en nous,

 

Antoine-Xavier DANDONNEAU

 

 

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