la Imaginacion Del Futuro

La imagination Del Futuro de Marco Layera, vu à Avignon

Et si... Et si la réaction d'un homme n'avait pas était celle qu'il a eu.
Et si la décision d'un homme influent avait été différente, l'histoire aurait-elle était différente.
Salvador Allende, en ne luttant pas jusqu'à la mort aurait-il changé le cours de l'histoire de son pays? Aurait-il évité toutes les souffrances du peuple chilien, toutes les tortures, tous les disparus, tous les traumatismes. La stratégie du choc, ouvrage de Naomie Klein nous dit que cela n'aurait rien changé tant l'expérience néolibérale US a méthodiquement construit des territoires d'application à un théorie de l'asservissement au capital: Chili, Irak, Pakistan, Grèce... Théorie toujours à l'œuvre aujourd'hui jusque dans le vocabulaire de nos dirigeants :" choc de simplification"(!) " choc de compétitivité". Stratégie mondialisée que le spectacle révèle lui aussi en sortant du seul cadre chilien.
Il n'empêche, l'idée de jouer à "et si..." permet à Marco Layera de revenir sur l'instant dramatique de la chute du président chilien. Il permet d'abord de revenir sur cette catastrophe pour le peuple chilien, instant de mémoire, pour un pays qui n'a toujours pas fait acte de mémoire. Ce martyre est cependant devenu un élément constitutif de la geste militante progressiste au côté des deux autres grandes figures sud-américaines : le Che et Castro. Le spectacle, par un jeu entre fausse reconstitution historique, aller et retour entre futur et passé, débusque les dérives néolibérales du camp socialiste. Il permet aussi de secouer notre imaginaire des grands chefs de gauche. L'enfermement dans une forme de combat aux rapports de forces binaires peut-être inadaptés à notre monde. Il interroge donc jusqu'à nos propres dirigeants ou chef de partis actuels, et il n'est pas étonnant de voir combien les chiens de garde de la gauche de notre 21ème siècle vilipendent ce spectacle. Comme si la recherche d'autres points d'appui était impossible. Certes le caractère pamphlétaire du spectacle nous place clairement dans un champ agressif. Le retour de bâton est inévitable! Même si je ne partage pas cette agressivité et si je ne comprends pas certains signes utilisés, je peux cependant partager la rage de Marco Layera, tant la mésaventure chilienne a été le début d'une suprématie du néolibéralisme que la gauche internationale n'a pas su et ne sait toujours pas lire et encore moins combattre. Le salut ne viendra pas des chefs.

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