ET LE BACCALAURÉAT DANS TOUT ÇA ?

Dans le contexte de la crise sans précédent qui nous touche, cette contribution a pour but de remettre en perspective les modalités récemment retenues par le Ministre J.-M. Blanquer concernant les Baccalauréats 2020 et 2021, particulièrement le rôle du contrôle continu.

ET LE BACCALAURÉAT DANS TOUT ÇA ?

 

Dans le contexte de la crise sans précédent qui nous touche, cette contribution a pour but de remettre en perspective les modalités récemment retenues par le Ministre J.-M. Blanquer concernant les Baccalauréats 2020 et 2021[1].

 

LE BACCALAURÉAT 2020…

 

Dans son allocution du vendredi 3 avril, M. Blanquer expliquait d’abord que, concernant le Baccalauréat 2020, aucune épreuve écrite ne serait organisée et que le contrôle continu déterminerait l’obtention directe de l’examen, avec ou sans mention, ou le passage d’éventuels oraux de rattrapage.

Sur ce premier point, et dans un souci de clarté, il faut signaler que changer au troisième trimestre les conditions d’obtention d’un examen soulève nécessairement des désagréments. Le principal d’entre eux est que les élèves de Terminales de cette année pouvaient encore compter sur l’obtention d’un véritable Baccalauréat national, comportant une faible part de contrôle continu. La prise en compte du contrôle continu créant de fait une iniquité entre les candidats de différents établissements, le Ministre désamorce la critique en précisant que des jurys seront constitués avec la tâche de prendre en compte, et là nous nous permettons de citer notre ministre, “des différences de notation qui peuvent exister entre les établissements[2]. Vous pourrez facilement noter que le ministre valide lui-même l’argument central des nombreux opposants à sa réforme du Baccalauréat qui introduit le contrôle continu à hauteur de 40% de la note finale.

Dans le même temps, cette prévoyance de notre ministre ne considère pas les différences de notation d’un(e) enseignant(e) à l’autre au sein du même établissement. Cette situation d’iniquité est visiblement oubliée ou minorée. Elle s’articule aussi au fait que les notes données en classe de Terminale étaient normalement indicatives d’une progression du ou de la candidate en vue du passage d’une épreuve écrite terminale, bien définie tant sur le plan des connaissances que des acquis méthodologiques attendus. Le ministre assurait dans son allocution que le deuxième critère ayant présidé à sa décision était, nous le citons encore, “de garantir la qualité du diplôme”. Dans ces conditions, chacun pourra juger de “cette qualité”.

 

ET LE BACCALAURÉAT 2021…

 

Les choix et les arbitrages ministériels ne s’arrêtent cependant pas là et concernent aussi le nouveau Baccalauréat réformé par les soins de notre ministre.

Pour rappel, cette nouvelle version introduit 40 % de contrôle continu dans la note finale de l’examen. Ces 40% reposent principalement, pour 30% exactement, sur le passage de 3 épreuves dites E3C (Épreuve Communes de Contrôle Continu), donc E3C1, E3C2 et E3C3.

Ces épreuves constituent l’un des motifs principaux de l’opposition à la réforme du Baccalauréat voulue par J.-M. Blanquer. Cette opposition s’est manifestée dans mon établissement par des mouvements de grève et des efforts d’information auprès des parents d’élèves dès l’année scolaire dernière, depuis la rentrée de septembre et au moment du passage prévu des E3C1 dans l’établissement. À grands renforts de menaces sur les élèves et donc leurs parents, sur les enseignant(e)s et avec le concours zélé des forces de l’ordre, les premières épreuves, d’abord annulées grâce à une forte mobilisation des élèves et des professeurs, se sont finalement déroulées au début du mois de février 2020.

Or le ministre, considérant à juste raison que les E3C2ne pouvaient être organisées dans les circonstances actuelles, a décidé que la note des E3C2 serait calculée par la moyenne des notes des épreuves E3C1 (déjà passées) et des notes des épreuves E3C3 (à organiser au troisième trimestre de l’année de terminale)[3].

Cette décision renforce en réalité et encore davantage l’iniquité du baccalauréat nouvelle version.

En effet et comme dans beaucoup d’autres établissements, de nombreux collègues et moi-même avons constaté avant, pendant et après la tenue des épreuves de graves dysfonctionnements qui soulèvent des problèmes d’égalité devant l’examen.

Parmi ces dysfonctionnements, nous avons par exemple recensé l’orientation, dans certaines classes, des révisions sur le sujet prévu, la fuite de certains sujets et la circulation de corrigés.

Le jour du report des épreuves, certaines salles disposaient du nombre nécessaire de surveillants, mais d’autres, souvent très grandes, n’étaient surveillées que par un ou une collègue ; les élèves se plaçaient suivant leurs affinités, certains discutaient et remettaient en cause les consignes, d’autres ont été pris en train de consulter leurs portables et possiblement des corrigés de l’épreuve, les mêmes parfois transmettaient à travers la salle des éléments de réponse ; pour les épreuves de langue, les dispositifs audio ne fonctionnaient pas forcément ce qui a nécessité des suspensions d’épreuve et des changements de salles. Au moment de la correction des copies scannées aussi, beaucoup de collègues ont constaté que nombre de ces copies n’étaient pas bien anonymées,  parfois peu lisibles pour ne pas dire plus, que certaines copies mélangeaient la dissertation d’un(e) candidat(e) et la carte d’un(e) autre. Bref, sous la menace encore de sanctions du rectorat c’est bien cette farce d’épreuve qui a été notée et devait compter pour 1/3 des 30% de la partie contrôle continu du nouveau Baccalauréat, donc pour 10%. Et bien de ces 10% et en quelques mots dans sa déclaration, M. Blanquer fait passer la valeur de cette épreuve à 15% puisque la note de l’E3C2 sera la moyenne des notes d’E3C1 et d’E3C3. Il y a là encore un accroissement considérable des inégalités entre les candidats, à hauteur non plus de 10 mais de 15% de la note finale du Baccalauréat.

Et que le ou la candidate ait été associé(e) ou non à la l’orientation des révisions, qu’il ou qu’elle ait ou non été dans une salle bien surveillée et calme et corrigé(e) ou non dans de bonnes conditions, le résultat de ces épreuves d’E3C1 compte désormais pour 15% de son Baccalauréat, ce qui est loin d’être négligeable notamment pour la simple obtention de l’examen ou d’une mention.

 

En conclusion, non seulement les réformes Blanquer transforment de plus en plus l’examen national du Baccalauréat en une multitude de certifications locales dérivées, mais les décisions les plus récentes concernant les E3C renforcent encore davantage les inégalités entre les élèves.

Actuellement, nous observons  les effets mortifères des politiques visant depuis longtemps à réduire la dépense publique de santé. Or, et de longue date aussi, le service public de l’éducation nationale subit ces mêmes pressions et injonctions. D’après le président Macron et le ministre Blanquer, le Baccalauréat ancienne version coûtait par exemple trop cher ; mais n’est-il pas temps de réaliser pleinement que l’égalité des citoyennes et des citoyens devant un service public (comme celui de la santé ou celui de l’éducation) a un coût qu’il faut assumer si l’on veut maintenir une cohésion sociale et territoriale en France ?                

 

A.Deramaix

Références

[1]https://www.education.gouv.fr/bac-brevet-2020-les-reponses-vos-questions-303348, lien pour revoir ou lire l’allocution du ministre le 3 avril 2020.

[2]Idem.

[3]Dans son allocution, le ministre déclare “Les épreuves communes de contrôle continu en première, ce que l'on appelle les E3C, ce sera donc la moyenne  de ce que l'on a obtenu en E3C1 et en E3C3,qui donnera la note d'E3C2, mais aussi l'épreuve de spécialité qui n'est pas poursuivie en terminale, ces deux disciplines-là seront validées par le contrôle continu” voir encore https://www.education.gouv.fr/bac-brevet-2020-les-reponses-vos-questions-303348

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