L'opéra de quat'sous au Toursky de Marseille par l'Opéra Eclaté de Saint-Céré (lot)

L'Opéra de quat'sous de Berthold Brecht a été vendredi et samedi soir d'une criante actualité au Théâtre Toursky de Marseille en plein cœur des quartiers nord devant un public se régalant des sorties anti capitalistes de ce texte presque centenaire écrit à Berlin dans les années 20.

L'Opéra de quat'sous de Berthold Brecht a été vendredi et samedi soir d'une criante actualité au Théâtre Toursky de Marseille en plein cœur des quartiers nord devant un public se régalant des sorties anti capitalistes de ce texte presque centenaire écrit à Berlin dans les années 20. 

"Bonne soirée, profitez-en, avant de peut-être nous réveiller lundi avec le gueule de bois" a lancé l'anarchiste Richard Martin, le directeur de ce théâtre a son public acquis. Il semblait ravi d'introduire ainsi cet opéra iconoclaste anti bourgeois avant le lever de rideau sur la scène préparée par "l'Opéra Eclaté". Venue de Saint Céré (Lot) dans une coproduction avec ce centre lyrique d'Auvergne, cette compagnie a joué avec le feu pendant plus de deux heures aux sons de ses 9 musiciens interprétant sous la direction de Manuel Peskine les partitions de Kurt Weill très rythmées comme on les aimait au temps de la naissance du Jazz.

Un Opéra de Quat'sous limpide quoique un peu long dans une mise en scène d'Olivier Desbordes, le directeur de la Compagnie, et Eric Perez magnifique en Mackie le mauvais garçon mi mac mi bandit de grand chemin, le roi des voleurs, très cruel envers les femmes dont il ne peut se passer et qui le perdront (presque). Une farce grandiose entre cirque et cabaret dans un décor de fond de grenier de grand'mère ou rien n'est de trop pour l'environnement du Monsieur Loyal local un Monsieur Peachum tonitruant alias Patrick Zimmermann le roi des mendiants qui organise la mendicité pour s'enrichir. Il semblait samedi soir manquer un peu de tonus après la harangue au public de Richard Martin. C'était peut-être du aussi au rythme lent recherché par le compositeur pour faire contraster ses scènes de férocité posée avec celles plus rapides et enlevées de Mackie et de ses femmes.

Lorsque l'on commence par parler du décor et de la musique pour s’en féliciter, c'est que la critique va éreinter les acteurs. Il n'en est rien. Nicole Croisille a attrapé le public dans le rôle de Madame Peachum, mégère de caniveau à la limite de la mère maquerelle voulant cependant protéger sa fille des griffes de Mackie qu'elle soupçonne a raison de vouloir l'ajouter à sa liste déjà longue d'épouses putatives.

De très beaux jeux d'acteurs et de magnifiques voix, outre la quasi monocorde qui semble imposée à Patrick Zimemann et par moments à Nicole Croisille face à sa fille Polly chantée avec grâce par Anandha. Son interprétation du "navire des corsaire" a scotché le public découvrant l’origine de cette musique qu’il connaissait sans bien savoir d’où. La belle oie blanche Polly n'aura comme opposante que Lucie, Sarah Lazerges, qui dans sa courte apparition, marquante par le timbre ajusté de sa voix farouche, fera basculer le cours de cette parodie d'Opéra. Jenny, Flore Boixel, la troisième épouse (ou première, on ne sait plus) du méchant Mackie a aussi forcé le public à l’écoute par sa voix et le texte de Brecht assénant des vérités à l'épeuve du temps.

Enfin, la mise en scène et les décors dont on a parléprennent tout leur sens lorsque le plateau se transforme en piste de cirque avec sa cage aux lions au milieu de laquelle le méchant Mackie, avant d'être pendu -mais il ne le sera pas, on est à l'opéra- pose, les bras en croix, ses trois femmes officielles à ses pieds digne du Titien. Une vision iconoclaste de Brecht considérant la religion comme l'opium du peuple. La supplique de ce suppliciéé de théâtre sonne particulièrement aux oreilles de ce public marseillais conquis et majoritairement anti système avec la ballade des pendus de Villon additionnée de couplets critiques des banquiers et des politiques comme Brecht savait les écrire.

Un beau spectacle qui mériterait un peu plus de punch dans un rythme plus soutenu.

 

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