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Journaliste (longsformats.com), auteur de "Ces 600 milliards qui manquent à la France" (Seuil, 2012), de "Corruption" (Seuil, 2014) et de "Résistance !" (Seuil, 2016)...
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Billet de blog 13 mai 2020

Réparer le monde !

En conclusion de son testamentaire "Vérités d’hier, Résistances d’aujourd’hui" (2014), Stéphane Hessel indiquait que l’écologie était devenue le "nouveau combat ". Mais il n’a jamais cessé, aussi, d’appeler à l’accueil des étrangers, au progrès social, à la solidarité, à la démocratie… Les lignes de fond de la réparation du monde étaient ainsi clairement tracées...

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© Antoine Peillon (Ishta)

MAJ du 27 mai 2020 / "Résistons ensemble, pour que renaissent des jours heureux" Livre (pdf) en téléchargement libre

"Au printemps 1943, trois ans après l’invasion de la France et la capitulation vichyste, des résistants s’élevaient contre l’envahisseur. Certes, contrairement au siècle dernier, nous ne sommes pas à proprement parler « en guerre ». Cependant, les analogies sont frappantes : les résistants d’aujourd’hui – qu’il s’agisse du personnel soignant, des artisans de la vie quotidienne ou des citoyens-militants – se battent.

Les années de Résistance pourraient donc nous inspirer pour nous conduire à la Libération. Dès lors, comment organiser ce changement ? Pour y réfléchir, les grands penseurs, artistes et figures militantes de notre pays (écrivains, sociologue, politiques, économistes, réalisateurs) se sont rassemblés dans un Conseil National de la Nouvelle Résistance.

Quelles activités doit-on développer, créer ou relocaliser ? Quels moyens pour former à de nouveaux comportements ? Chacun d’entre eux livre ici, en quelques pages, son analyse pour une société plus juste. Ensemble, ils lancent un nouvel « Appel pour des jours heureux » et réclament la mue d’un système périmé que nos dirigeants, dans leur obsession du profit, ont engendré." (Claude Alphandéry, résistant d'hier et d'aujourd'hui)

Préface de Denis Robert

Collectif : Claude Alphandéry, Sabrina Ali Benali, Ludivine Bantigny, Clotilde Bato, Anne Beaumanoir, Brigitte Boréale, François Boulo, Dominique Bourg, Juan Branco, Valérie Cabanes, Aymeric Caron, Hugues Charbonneau, Pauline Londeix et Jérôme Martin, Samuel Churin, Alain Damasio, Cyril Dion, Marc Eichinger, Bernard Friot, Bruno Gaccio, Caroline Guy, en collaboration avec Julien Le Provost et Héloïse Pierre, Yannick Kergoat, Philippine Leroy Beaulieu, Priscillia Ludosky, Virginie Martin, Florent Massot, Dominique Méda, Raymond Millot, Julie Moulier, Agnès Naudin, Fabrice Nicolino, Fatima Ouassak, Antoine Peillon, Benoît Piédallu, Thomas Piketty, Monique et Michel Pinçon-Charlot, Régis Portalez, Denis Robert, Coline Serreau, Pablo Servigne, Pacôme Thiellement, Marie Toussaint.

Résistons © DR


Prix TTC : gratuit
ISBN : 9782380352726
200 pages

*

Apocalypse

La pandémie de Covid-19 (plus de 276 000 morts, officiellement, dans le monde, au 9 mai) est-elle un des « sept derniers fléaux »[1] ? Est-elle apocalyptique ? « Ce qui est sûr est que nous vivons, du moins en Europe, ce qui se rapproche le plus, depuis 1945, d’un ’’effondrement’’ – cet effondrement évoqué tant de fois dans le cinéma et la littérature dite ’’postapocalyptique’’, mais aussi par la critique radicale de la société capitaliste et industrielle », analysait, dès le 6 avril dernier, sur le site de France culture, le philosophe Anselm Jappe[2]. Et il est indéniable que ces dernières années, les termes « apocalypse », « chaos », « basculement » ou « effondrement » sont devenus d’un usage courant, tant en géostratégie, économie politique, prospective environnementale et droit international qu’en philosophie. Il suffit, pour s’en convaincre, de se tourner vers de nombreux ouvrages qu’il ne m’est pas possible d’analyser plus précisément ici, mais dont il est bon de connaître tout de même l’existence.[3]

Et force aussi est de constater que, comme dans le dernier livre de la Bible, l’humanité reste toujours sourde à tous les avertissements, à toutes les trompettes (Ap. 8:6), jusqu’à préférer se vautrer, et que mort s’en suive, dans la corruption la plus effrénée : « Les autres hommes qui ne furent pas tués par ces fléaux ne se repentirent pas des œuvres de leurs mains, ils ne cessèrent pas d’adorer les démons, et les idoles d’or, d’argent, d’airain, de pierre et de bois, qui ne peuvent ni voir, ni entendre, ni marcher ; et ils ne se repentirent pas de leurs meurtres, ni de leurs enchantements, ni de leur débauche, ni de leurs vols. »[4]

Si une pandémie se déclare…

Oyez, braves gens, n’avons-nous pas lu, en 2009, Le nouveau rapport de la CIA - Comment sera le monde en 2025 (Robert Laffont) ? Aux pages 256 et 257, je relis ceci : « L'apparition d'une nouvelle maladie respiratoire virulente, extrêmement contagieuse, pour laquelle il n'existe pas de traitement adéquat, pourrait déclencher une épidémie mondiale. (…) Les experts voient dans les souches hautement pathogènes de la grippe aviaire telles que le H5N1 des candidats probables à ce type de transformation, mais d'autres agents pathogènes, comme le coronavirus du Sras et diverses souches de la grippe, auraient les mêmes propriétés. (…) Si une maladie pandémique se déclare, ce sera sans doute dans une zone à forte densité de population, de grande proximité entre humains et animaux, comme il en existe en Chine et dans le Sud-Est asiatique où les populations vivent au contact du bétail. (…) Il faudrait des semaines pour que les laboratoires fournissent des résultats définitifs confirmant l'existence d'une maladie risquant de muter en pandémie. (..) En dépit de restrictions limitant les déplacements internationaux, des voyageurs présentant peu ou pas de symptômes pourraient transporter le virus sur d'autres continents. Les malades seraient de plus en plus nombreux, de nouveaux cas apparaissant tous les mois. L'absence d'un vaccin efficace ou d'immunité dans le reste du monde exposerait les populations à la contagion. »

Les élites oligarchiques qui dirigent et détruisent[5] tout à la fois le monde peuvent-elles prétendre ne pas avoir été informées des risques que leur aveuglement volontaire, motivé par la plus cynique et nihiliste pléonexie[6], fait courir sciemment à la planète et à l’humanité depuis le milieu des années 1970[7] ? Étymologiquement, le mot « apocalypse » nous vient du grec ἀποκάλυψις / apokálupsis qui signifie « dévoilement » ou, dans un contexte religieux, « révélation ». La pandémie de Covid-19 est bien une apocalypse, car elle dévoile, révèle et démasque au moins la malfaisance absolue des oligarques du capitalisme mondialisé.

Champ de bataille

Face à cette destruction criminelle du monde et de l’humanité par le capitalisme en stade terminal[8], une guerre civile mondiale est en cours ; seuls les imbéciles ou les lâches sont encore dans la dénégation du conflit social et politique révélé comme jamais depuis la Libération par la pandémie du Covid-19 et les stratégies exclusivement sécuritaires de confinement des populations, notamment en France, sous le règne ubuesque d’Emanuel Macron. L’heure est bien sûr à la « résistance »[9], voire à la lutte (Razmig Keucheyan et Anselm Jappe), si ce n’est même au règlement de compte (Pierre-Henri Castel).

Le « champ de bataille » a été précisément arpenté : « Il n’y aura pas de consensus environnemental. Loin d’effacer les antagonismes existants, la crise écologique [et sanitaire] se greffe au contraire à eux pour les porter à incandescence. (…) Surcroît de catastrophes naturelles, raréfaction de certaines ressources, crises alimentaires, déstabilisation des pôles et des océans, ’’réfugiés climatiques’’ par dizaine de millions à l’horizon 2050… Autant de facteurs qui annoncent des conflits armés d’un nouveau genre, auxquels se préparent aujourd’hui les militaires occidentaux. »[10] Car « la nature n’échappe pas aux rapports de force sociaux : elle est la plus politique des entités ». En conséquence de quoi, « la résolution » de la crise actuelle suppose « la radicalisation de la critique du capitalisme »[11].

Le mal qui vient

Cette critique, pratiquée par excellence par le philosophe Anselm Jappe, a très vite dénoncé, peu après les débuts du confinement (17 mars, en France), « le darwinisme social incroyable qui propose (et non seulement dans les pays anglo-saxons) de sacrifier les ’’inutiles’’[12] à l’économie ou la tentation pour les États de déployer leurs arsenaux de surveillance »[13]. Plus radicalement, face aux « violents qui s’annoncent », à la « prédation sans borne » des « puissants » et de « leurs complices », face - en un mot métaphysique - au « Mal qui vient », le philosophe et psychanalyste Pierre-Henri Castel ose nous armer : « Si nous souhaitons pour de bon préserver ce qui reste de nos capacités à jouir, à agir et à créer face à la malfaisance avérée, (…) alors il n’est pas exclu que ce travail ne requière un recours froid, ferme, et réfléchi, à la violence. »[14]

Dans le même état d’esprit, je ne suis pas de ceux qui sacrifient à la religion des béni-oui-oui de la non-violence. Et je garde toujours en mémoire l’épopée des Camisards[15], ainsi que cette réflexion inattendue de Primo Levi, en 1975 : « Dans le monde réel, les hommes armés existent, ils construisent Auschwitz, et les honnêtes et les désarmés aplanissent leur voie ; c'est pourquoi chaque Allemand, plus, chaque homme, doit répondre d'Auschwitz, et qu'après Auschwitz il n'est plus permis d'être sans armes (je souligne). »[16]

Cependant, notre courage sur le « champ de bataille » viendra de la force de notre « esprit de Résistance » et de la conviction que « résister, c’est créer »[17]. Or, en bonnes théologies juive et chrétienne, la création n’est jamais acquise, cristallisée, momifiée dans le sarcophage d’une origine mythique. Elle est toujours « continuée », « au présent ». Elle est résistance[18] et réparation du monde[19] ! Il importe donc, en premier lieu, de forger notre idéal de « réparation du monde ».

Ce grand bond vers la vie

L’humanité a atteint la limite de son expansion matérielle et de sa croissance mécanique. Adoratrice du Veau d’or, du Moloch et du Béhémoth, elle chute, se dévore elle-même et se délie du cosmos depuis trop longtemps. Nous sommes donc de plus en plus nombreux à comprendre qu’une nouvelle alliance entre nous est nécessaire, mais aussi entre les hommes et le monde vivant, un monde à ré-enchanter.

Cette nouvelle alliance est la seule voie possible, aujourd’hui, pour continuer d’avancer vers l’émancipation édénique. Elle exige révolte de l’esprit, volonté de partage, éthique de la discussion, respect de toutes les créatures et amour de la vie. Elle passe, de toute façon, par la sortie de l’unidimensionnalité de l’homme qui n’est pas que « raison », par la fin du règne de la quantité et par le débarras de l’éteignoir matérialiste. Une renaissance métaphysique est au bout de ce chemin, une belle aurora consurgens, un esprit de responsabilité vis-à-vis de ce que certains appellent « Création », d’autres « Un-le-Tout ».

Les destins des sociétés humaines et de chaque individu sont liés entre eux, et ils sont liés ensemble à l’évolution de leur environnement[20]. Le geste de l’homme marque son environnement d’une empreinte de plus en plus profonde (anthropocène !), surtout depuis que la révolution industrielle lui a donné la puissance, parfois déchaînée, des Titans. Toute action produit immanquablement sa réaction, même si c’est à retardement. Aujourd’hui, nous déchiffrons les signes des temps dans la corruption de l’eau, de l’air et de la terre, dans l’expansion du feu et du fer…

Une civilisation meurt, étouffée sous l’entassement des marchandises et par overdose de pulsions sans désir. Mais une nouvelle Cité se construit déjà selon le « principe responsabilité »[21]. Resterons-nous les deux pieds au bord de la tombe qui s’ouvre devant l’humanité, ou franchirons-nous d’un nouveau bond le fossé ?

Ce grand bond vers la vie[22] nécessite, pour s’accomplir pleinement, que l’esprit occidental mondialisé refasse place à l’imaginaire qui le fonde, qu’il continue de l’explorer (l’anthropologie en a fait son chantier, depuis au moins cinquante ans), d’en comprendre le sens, de s’en inspirer, mais aussi qu’il l’entende comme prescription de nouvelles façons de vivre, de travailler et d’aimer.

L’âge du faire

Nous ne sommes donc pas de ces aveuglés ou somnambules, asservis volontaires ou cyniques, qui nient encore l’effondrement de notre monde. Ainsi, dans notre République épuisée, la perpétuation de l’« état d’urgence » – « état d’exception », en vérité[23] – ne masque plus les asservissements ultralibéraux, les violences maffieuses ou d’État et la corruption systémique qui attisent la dialectique apocalyptique de la guerre civile mondiale et de la dictature globalisée. La propagande spectaculaire a épuisé de même sa capacité à nous bercer de l’illusion que les crashs du climat et de la biodiversité, ainsi que l’épuisement des ressources naturelles sont enfin sous contrôle de « conventions » internationales. Enfin, les rituels usés des « élections » oligarchiques ont atteint partout le seuil d’absurdité à partir duquel les citoyens authentiques entrent en désobéissance civile.

Tous ces verrous posés, les uns après les autres, sur l’état de droit, la démocratie, la raison, la vérité et la fraternité ne font que précipiter la faillite de la démocratie[24], l’effondrement du monde et l’obsolescence de l’humanité[25]. Déluge et Apocalypse ! « Alors, que faire ? » Telle est, plus que jamais, la question. Eh bien, « faire ! » Telle est la réponse. A l’âge de fer d’une « fin de l’Histoire » postulée par une oligarchie prédatrice et nihiliste qui imagine son Empire à l’abri du chaos, son hyper-richesse à l’abri de l’effondrement systémique, nous répondons déjà par « l’âge du faire », par le « demain » – déjà d’aujourd’hui – de l’action civique quotidienne et par la Transition.

La défense des communs est d’ores et déjà ressuscitée, en France, comme sous d’autres cieux. Mouvements citoyens et collectifs plus ou moins « alternatifs », coopératives de production équitable et de consommaction, associations écologiques et solidaires, expériences de plus en plus larges d’un communalisme démocratique, société collaborative, buen vivir et convivialisme international, agroécologie, habitat commun, autonomies énergétiques et alimentaires, monnaies locales, santé participative… : autant de « révolutions tranquilles » qui refondent la souveraineté des peuples et qui échappent au contrôle paranoïaque, mais de plus en plus virtuel, des oligarques.

Résistance d’aujourd’hui

En conclusion de son dernier livre, Vérités d’hier, Résistances d’aujourd’hui, Stéphane Hessel indiquait que l’écologie était devenue le « nouveau combat », nous invitant à nous attaquer, entre autres, « aux problèmes fondamentaux de la Terre et de la dégradation de notre biosphère »[26]. Mais il n’a jamais cessé, aussi, d’appeler à l’accueil des étrangers, au progrès social, à la solidarité économique, à la démocratie… Les lignes de fond, éthiques et politiques, de la réparation du monde étaient ainsi clairement tracées, partagées par tous ses anciens camarades, vétérans les plus célèbres de la Résistance.

Mais, quelles sont plus précisément ces grandes lignes selon lesquelles une « résistance d’aujourd’hui » s’exprime de plus en plus massivement[27] ?

Premièrement, la remontée des nationalismes, les fermetures de frontières, les exaspérations xénophobes, communautaristes et fondamentalistes nous obligent à affirmer la nécessité première d’un cosmopolitisme renouvelé, fondé sur une idée universaliste de l’homme, et sur le constat lucide qu’un Nouveau Monde est né, un « village » planétaire où l’humanité se vit et se comprend désormais comme une et indivisible, chacun devant bénéficier des mêmes droits et aspirant, quelles que soient les cultures particulières, à la dignité.[28]

Deuxièmement, en ces décennies où le réchauffement du climat et la multiplication des catastrophes naturelles sont patents, nous devons mettre l’écologie au cœur de nos vies quotidiennes sans attendre une conversion de l’action publique internationale.

Troisièmement, ces deux premières révolutions ne pourront être réalisées qu’à la condition qu’une transition culturelle et spirituelle radicale disqualifie tout à la fois l’idolâtrie de l’argent, le culte de la concurrence et de la croissance, la démoralisation sur fond de nihilisme. En ce sens, la notion, partagée dans de nombreux pays, et notamment en France, du « convivialisme »[29] paraît offrir une solution à la fois politique et philosophique, en vue du rétablissement de la vie humaine sur le chemin du bien-vivre (Buen Vivir) et de la civilisation pacifique. Quant à l’Espérance messianique, elle inspirera toujours « l’invincible espoir » socialiste de Jaurès et de Blum[30], à condition que le christianisme sorte enfin de sa subversion satanique[31].

Nouvel horizon de « jours heureux »

D’un point de vue métaphysique, il s’agit d’en finir avec le découragement, l’indifférence, « l’empire du nihilisme ». Le philosophe Jean Vioulac[32] confirme, très justement, que le nihilisme, défini par Nietzsche, dans les années 1880, comme « dévalorisation de toutes les valeurs », est le « chiffre » de notre époque qui a subi, pendant le xxe siècle, « l’extension de la logique marchande [qui] imposait la destruction méthodique et systématique de toute morale susceptible de condamner l’égoïsme et la cupidité, et impliquait par exemple une inversion de la valeur des adjectifs “intéressé” ou “calculateur” »[33].

Il a mené ainsi une critique primordiale de « l’avènement du marché mondial » : « Le libéralisme, en tant qu’il se définit par l’exigence de la dérégulation et de la désinstitutionalisation de toutes les activités humaines, est le projet politique de démantèlement complet de l’ordre de la loi, et en cela un des plus puissants moteurs du nihilisme. Mais si le capitalisme condamne l’humanité à sombrer dans les “eaux glacées du calcul égoïste” par l’abolition progressive de toute morale, il est surtout un dispositif de production qui consomme - et donc détruit - réellement la nature et ses ressources en même temps que les peuples du monde. »

Après Auschwitz, Hans Jonas, l’auteur du Principe Responsabilité, a soutenu l’idée du renoncement de Dieu à sa propre puissance. Par l’acte de Création, Dieu se serait ainsi privé lui-même de la possibilité d’intervenir dans les affaires sublunaires, laissant à l’homme la mission ou le soin de réparer le monde, idée théurgique majeure de la kabbale, depuis le XVIe siècle, qui a connu son plein développement, à partir de la fin du XIXe siècle, chez les utopistes libertaires et les écologistes.

Héritiers de cette métaphysique, c'est-à-dire d'une eschatologie et d'une philosophie de l'Histoire dont Giorgio Agamben est le meilleur penseur actuel (lire ci-dessous, l'Annexe III), celles et ceux qui travaillent inlassablement à la réparation de notre monde en cours d’effondrement ouvrent aujourd’hui un nouvel espace de vie, selon les principes Espérance et Responsabilité animés en synergie[34]. Ainsi se dessine, sans complaisante béatitude, ni ruse perverse (allocution télévisée d’Emmanuel Macron, le 13 avril), un nouvel horizon de « jours heureux »[35].

[1] Apocalypse 15-16. Antoine Peillon, « Apocalypse de notre temps. Béhémoth, eschatologie et destructivité humaine », Soli Deo Gloria, 14 novembre 2018 : https://nndnnsntdg.blogspot.com/2018/11/behemoth-escathologie-et-destructivite.html

[2] www.franceculture.fr/societe/anselm-japp-esperons-de-garder-ce-que-cette-crise-a-de-positif

[3] Xavier Emmanuelli, Dernier avis avant la fin du monde, Albin Michel, 1999 ; Michel Beaud, Le Basculement du monde, La Découverte, 2000 ; Frédéric Encel, Géopolitique de l’apocalypse, Flammarion, 2002 ; Thérèse Delpech, Politique du chaos. L’autre face de la mondialisation, Le Seuil, 2002 ; Jean-Pierre Dupuy, Pour un catastrophisme éclairé, Seuil, 2003, puis La Marque du sacré, Carnets Nord, 2008 ; Jared Diamond, Effondrement, Gallimard, 2006 ; Edgar Morin, Vers l’abîme ?, L’Herne, 2007 ; Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient, La Découverte, 2009 ; Michel Maffesoli, Apocalypse, CNRS Éditions, 2009 ; Slavoj Zizek, Vivre la fin des temps. L’apocalypse à venir, Flammarion, 2011 ; Susan George, Jean-Pierre Dupuy, Serge Latouche et Yves Cochet, Où va le monde ? 2012-2022 : une décennie au-devant des catastrophes, Fayard / Mille et une nuits, 2012 ; Collectif, La fin du monde. Analyses plurielles d’un motif religieux, scientifique et culturel, Labor Et Fides, 2012 ; Viviane Forrester, La Promesse du pire. Résister à l’horreur économique, Le Seuil, 2013 ; Hicham-Stéphane Afeissa, La fin du monde et de l’humanité. Essai de généalogie du discours écologique, PUF, 2014 ; Erik M. Conway et Naomi Oreskes, L’Effondrement de la civilisation occidentale, Les Liens qui libèrent, 2014 ; Michel Rocard, Suicide de l’Occident, suicide de l’humanité ?, Flammarion, 2015 ; Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer, Le Seuil, 2015 ; Pierre-Noël Giraud, L’Homme inutile, Odile Jacob, 2015 ; Paul Jorion, Le dernier qui s’en va éteint la lumière. Essai sur l’extinction de l’humanité, Arthème Fayard, 2016 (collection « Pluriel », 2017) ; Anna Lowenhaupt Tsing, Le champignon de la fin du monde. Sur la possibilité de vivre dans les ruines du capitalisme, La Découverte, 2017 ; Julien Wosnitza, Pourquoi tout va s'effondrer, Les Liens qui Libèrent, 2018 ; Pierre-Henri Castel, Le mal qui vient, Cerf, 2018 ; Michèle Riot-Sarcey (dir.), De la Catastrophe. L’Homme en question, du Déluge à Fukushima, éd. du Détour, 2018 ; Fred Vargas, L'Humanité en péril - Virons de bord, toute !, Flammarion, 2019 ; Aurélien Barrau, Le plus grand défi de l'histoire de l'humanité, Michel Lafon, 2019 ; Yves Cochet, Devant l'effondrement - Essai de collapsologie, Les Liens qui Libèrent, 2019 ; Corinne Morel Darleux, Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce : Réflexions sur l'effondrement, Libertalia, 2019 ; Luc Semal, Face à l’effondrement. Militer à l’ombre des catastrophes, PUF, 2019 ; Roland Gori, Et si l'effondrement avait déjà eu lieu. L'étrange défaite de nos croyances, Les Liens qui Libèrent (paraît le 3 juin 2020).

[4] Apocalypse 9:20-21, trad. Segond NEG.

[5] Hervé Kempf, Comment les riches détruisent la planète, Seuil, 2007.

[6] Dany-Robert Dufour, Pléonexie. [dict. : "Vouloir posséder toujours plus"], Le Bord de l'eau, coll. « La bibliothèque du MAUSS », 2015.

[7] Qui n’a pas lu, en 1972 déjà, le rapport Meadows du Club de Rome ? The Limits To Growth, Chelsea Green Publishing, 1972 / Halte à la croissance ?, Fayard, 1972. Travail du Massachusetts Institute of Technology (MIT) qui sera suivi par de nouvelles alertes dont Donella Meadows, Jorgen Randers, Dennis Meadows, Beyond the Limits. Confronting Global Collapse, Envisioning a Sustainable Future, Chelsea Green Publishing Co, 1993, et Donella Meadows, Jorgen Randers, Dennis Meadows, Limits to Growth: The 30-Year Update, Chelsea Green Publishing Co, 2004.

[8] Ici encore, ce n’est pas le lieu de développer cette évidence historique postulée par Hervé Kempf et Pierre-Henri Castel (op. cit.), entre autres, et magistralement pensée par Razmig Keucheyan (La nature est un champ de bataille. Essai d’écologie politique, La Découverte, 2014) et Anselm Jappe (La société autophage. Capitalisme, démesure et autodestruction, La Découverte, 2017).

[9] Antoine Peillon, Résistance !, Seuil, 2016.

[10] Présentation de Razmig Keucheyan, La nature est un champ de bataille. Essai d’écologie politique, La Découverte, 2014.

[11] Razmig Keucheyan, La nature est un champ de bataille. Essai d’écologie politique, La Découverte, 2014, pp. 11 et 13.

[12] Pierre-Noël Giraud, L’Homme inutile. Du bon usage de l’économie, Odile Jacob, 2015. Majeur !

[13] Anselm Jappe, site de France culture, le 6 avril 2020 : www.franceculture.fr/societe/anselm-japp-esperons-de-garder-ce-que-cette-crise-a-de-positif

[14] Pierre-Henri Castel, Le Mal qui vient. Essai hâtif sur la fin des temps, Cerf, 2018, pp. 126 et 127.

[15] Antoine Peillon, Résistance !, Seuil, 2016, pp. 264 à 267.

[16] Primo Levi, Le système périodique, « Vanadium », Le Livre de poche, 1997, p. 265.

[17] Antoine Peillon, Résistance !, Seuil, 2016, pp. 233 à 311.

[18] Antoine Peillon, « Sur le Psaume VIII », Évangile et liberté n° 313, novembre 2017 : www.evangile-et-liberte.net/2017/11/sur-le-psaume-viii/

[19] Antoine Peillon, « Eschatologie au présent et source kabbalistique du principe Responsabilité », Sur la terre comme au ciel : http://surlaterrecommeauciel.over-blog.com/eschatologie-au-present.html

[20] Jakob von Uexküll, Milieu animal et milieu humain, Payot & Rivages, 2010 (traduit de l’allemand : Streifzüge durch die Umwelten von Tieren und Menschen, 1956). « Là où la science classique voyait un monde unique, qui comprenait à l’intérieur de lui-même toutes les espèces vivantes hiérarchiquement ordonnées, des formes les plus élémentaires jusqu’aux organismes supérieurs, Uexküll suppose au contraire une infinie variété de mondes perceptifs, tous également parfaits et liés entre eux comme sur une gigantesque partition de musique… » (Giogio Agamben, L’Ouvert. De l’homme et de l’animal, Payot & Rivages, 2002.

[21] Hans Jonas, Das Prinzip Verantwortung. Versucheiner Ethik für die technologische Zivilisation, Frankfurt am Main, Insel, 1979. Traduction française : Le Principe Responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique, Editions du Cerf, 1990 (en poche : Flammarion, collection « Champs », 1998).

[22] Le Deutéronome, 30, 19 : « J’ai placé devant toi la vie et la mort, le bonheur et la calamité. Choisis la vie !, et tu vivras, toi et ta postérité. »

[23] Giorgio Agamben, État d’exception. Homo sacer, II, 1, Le Seuil, 2003 ; Marie Goupy, L’État d’exception, ou l’impuissance autoritaire de l’État à l’époque du libéralisme, CNRS, 2016.

[24] Raffaele Simone, Si la démocratie fait faillite, Gallimard, Le Débat, 2016 ; Hervé Kempf, L’Oligarchie, ça suffit. Vive la démocratie, Le Seuil, 2011 et 2013 (nouvelle édition en collection « Points Essais ») ; Jean Salem, « Elections, pièges à cons ? ». Que reste-t-il de la démocratie ?, Flammarion, collection « Antidote », 2012 ; G. Agamben, A. Badiou, D. Bensaïd, W. Brown, J.-L. Nancy, J. Rancière, K. Ross, S. Zizek, Démocratie, dans quel état ?, La Fabrique, 2009 ; Jacques Rancière, La Haine de la démocratie, La Fabrique, 2005.

[25] Günther Anders, L’Obsolescence de l’homme, 2 tomes, Encyclopédie des nuisances, 2002 et 2011.

[26] Stéphane Hessel, Vérités d’hier, Résistances d’aujourd’hui, Esprit du temps, 2014, pp. 39-41.

[27] A titre d’exemple, le film Demain (2015) de Cyril Dion et Mélanie Laurent a enthousiasmé plus d’un million et demi de spectateurs en un an de diffusion, tandis que la journaliste Bénédicte Manier ne cesse de recenser des milliers de « révolutions tranquilles » qui « changent le monde » : Un million de révolutions tranquilles. Comment les citoyens changent le monde, Les Liens qui libèrent, 2012 et 2016 (nouvelle édition augmentée). Cf. aussi : Rob Hopkins, Ils changent le monde ! 1001 initiatives de transition écologique, Le Seuil, collection « Anthropocène », 2014 ; Hugo Carton, Pablo Servigne, Agnès SinaÏ, Raphaël Stevens, Petit Traité de résilience locale, Editions Charles Léopold Mayer, 2015 ; le journal L’Âge de faire

[28] Mireille Delmas-Marty, Vers un droit commun de l’humanité, Textuel, coll. « Conversations pour demain », 1996 ; Marie Duru-Bellat, Pour une planète équitable. L’urgence d’une justice globale, Le Seuil, 2014 ; Yves-Charles Zarka, Refonder le cosmopolitisme, PUF, 2014 ; Michaël Foessel, Après la fin du monde. Critique de la raison apocalyptique, Le Seuil, 2012, pp. 243 sq. ; Louis Lourme, Le Nouvel Âge de la citoyenneté mondiale, PUF, 2014 ; Olivier Remaud, Un monde étrange. Pour une autre approche du cosmopolitisme, PUF, 2015 ; Marc Augé, L’Avenir des Terriens. Fin de la préhistoire de l’humanité comme société planétaire, Albin Michel, 2017.

[29] http://convivialisme.org/

[30] « Oui, les hommes qui ont confiance en l’homme (…) affirment, avec une certitude qui ne fléchit pas, qu’il vaut la peine de penser et d’agir, que l’effort humain vers la clarté et le droit n’est jamais perdu. L’Histoire enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements, mais elle justifie l’invincible espoir. » (Jean Jaurès, « Discours à la jeunesse », Albi, 1903) ; « L’homme n’a pas deux âmes différentes, l’une pour chanter et pour chercher, l’autre pour agir ; l’une pour sentir la beauté et comprendre la vérité, l’autre pour sentir la fraternité et comprendre la justice. Quiconque envisage cette perspective se sent animé d’un invincible espoir. Que l’homme contemple le but, qu’il se fie à son destin, qu’il ne craigne pas d’user sa force. Quand l’homme se trouble et se décourage, il n’a qu’à penser à l’Humanité. » (Léon Blum, dans À l’échelle humaine, prison du Fort du Portalet, décembre 1941, Gallimard, 1945).

[31] Jacques Ellul, La subversion du christianisme, Seuil, 1984.

[32] Jean Vouliac, La Logique totalitaire, PUF, collection « Épiméthée », 2013.

[33] Jean Vioulac, « Les eaux glacées du calcul égoïste », Esprit, n° 403, mars-avril 2014, pp. 132-136.

[34] Avishag Zafrani, Le Défi du nihilisme. Ernst Bloch et Hans Jonas, Herman, 2014. Cf. Hans Jonas, Das Prinzip Verantwortung. Versucheiner Ethik für die technologische Zivilisation, Franfurt am Main, Insel, 1979 (traduction française : Le Principe Responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique, Éditions du Cerf, 1990 ; en poche : Flammarion, collection « Champs », 1998) ; Ernst Bloch, Das Prinzip Verantwortung: Versuch einer Ethik für die technologische Zivilisation, Suhrkamp, Frankfurt am Main, 2003 (traduction française : Le Principe espérance, 3 vol., Paris, Gallimard, 1976, 1982, 1991.

[35] Le Programme du Conseil national de la Résistance est intitulé, dans sa première édition, Les Jours heureux. Ce texte a été adopté à l’unanimité par le Conseil national de la Résistance français, le 15 mars 1944. Cf. Citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui, Les Jours heureux, La Découverte, 2010 ; Collectif, Et nous vivrons des jours heureux, Actes Sud, 2016.

ANNEXE I

Philippe Jaccottet, Après beaucoup d’années (1994)

Les événements du monde, depuis des années, autour de nous, proches ou lointains - mais plus rien n’est vraiment lointain, du moins en un sens, si plus rien n’est proche non plus -, l’Histoire : c’est comme si des montagnes au pied desquelles nous vivrions se fissuraient, étaient ébranlées ; qu’ici ou là, même, nous en ayons vu des pans s’écrouler ; comme si la terre allait sombrer.

Or, quant à cela, quant à l’Histoire, nul doute : il s’agit bien - ce qu’on aura vécu - de près d’un siècle de l’Histoire humaine ; une masse considérable, une espèce de montagne, en effet, dont la pensée a du mal à faire le tour, le cœur à soutenir le poids ; et tant de ruines, de cimetières, de camps d’anéantissement qui seraient, de ce siècle, les monuments les plus visibles, d’autres espèces de montagnes, sinistres. Et la pullulation des guerres, la plus ou moins rapide érosion de toute règle, et les conflits acharnés entre règles ennemies. Tout cela multiple, énorme, obsédant, à vous boucher la vue, à rendre l’avenir presque entièrement obscur.

ANNEXE II

Eschatologie au présent et source kabbalistique du "principe Responsabilité"

Pour Hans Jonas, une fois pour toute, après Auschwitz (1), la toute-puissance divine doit s'effacer devant la bonté ou l'amour de Dieu, mais le philosophe allemand s'en tient malgré tout à un strict monothéisme, récusant toute théologie manichéenne d'un « double Dieu » (gnosticisme...) (2).

En effet, Jonas souligne que :

- par le simple fait d'avoir créé l'homme libre, Dieu s'est dépouillé dès l'origine de sa toute-puissance ;

- se référant au concept kabbalistique (Isaac Luria, 1534-1572) du « tsimtsoum » (retrait, creusement en matrice, autolimitation du Créateur pour faire place au monde ; proche de la kénose chrétienne) (3), Jonas soutient le renoncement de la puissance du Dieu créateur afin que nous puissions exister, afin qu'advienne l'altérité des créatures. Ainsi, par l'acte de Création, Dieu se serait lui-même privé de la possibilité d'intervenir dans les affaires sublunaires (symbole du shabbath), laissant à l'homme la mission de parachever/réparer le monde (tikkoun ha-olam), idée théurgique qui a connu son plein développement à la fin du XIXesiècle, notamment en Allemagne, chez certains utopistes libertaires (cf. Michael Löwy, Rédemption et utopie, PUF, 1988).

Cependant, la relation à la divinité (= la religion) ne disparaît pas dans cette analyse générative de l'engagement écologiste.

« Renonçant, dit Jonas, à sa propre invulnérabilité, le fondement éternel a permis au monde d'être (…) Dieu, après s'être entièrement donné dans le monde en devenir, n'a plus rien à offrir. C'est maintenant à l'homme de lui donner. Et il peut le faire en veillant à ce que, dans les cheminements de sa vie, n'arrive pas ou n'arrive pas trop souvent, et pas à cause de lui, l'homme, que Dieu puisse regretter d'avoir laissé devenir le monde. » (Le Concept de Dieu après Auschwitz, Payot et Rivages, 1994, pp. 38 et 39)

L'écologie politique est-elle dans la même confusion eschatologique que Marx (le profanateur d'Hegel), un chapitre manquant à la somme de Jacob Taubes (4), un dernier avatar de « la postérité de Joachim de Flore », telle qu'Henri de Lubac l'a autopsiée (Lethielleux, 1979 et 1981, et Cerf, 2014), voire une dernière ruse des « fanatiques de l'Apocalypse » (Norman Cohn) ? Ou bien, la véritable sécularisation et historicisation de l'Apocalypse n'est-elle pas seulement celle des déclinaisons politiques de la lignée gnostique, manichéenne, dualiste (Dieu/Monde, Bien/Mal, Homme/Univers...), des lectures de la Révélation et de la Parousie comme promesses sans fin de lendemains qui chantent ?

En vérité, seul les monismes vitalistes de la mystique hébraïque (Qumrân, Kabbale..., jusqu'au Rabbi Haïm de Volozine (5), Levinas et Hans Jonas), des christianismes (6) et du panthéisme (permanent dans les métaphysiques occidentale et orientale, comme John Toland l'a, le premier, démontré) nous donnent le commandement d'une « eschatologie “au présent” » (Evangile de Jean, ch. IV, v. 23 ; ch. V, v. 25 et v. 28 ; ch. XVI, v. 32 ; Apocalypse de Jean, ch. XIV, v. 7) (7), première source spirituelle du « principe Responsabilité » de Jonas et du « catastrophisme éclairé » de Dupuy, lequel souscrit explicitement à la métaphysique de Jonas (8).

Antoine Peillon

(1) Hans Jonas, Le Concept de Dieu après Auschwitz, avec un lumineux essai de Catherine Chalier, « Dieu sans puissance », Payot / Rivages, 1994.

(2) H. Jonas, The Gnostic Religion ; The message of the alien God and the beginnings of Christianity, Boston, Beacon Press, second edition, 1963. Traduction française : La Religion gnostique, Flammarion, coll. Idées et recherches dirigée par Yves Bonnefoy, 1978. Lire, à propos de la lutte fondamentale de Jonas contre le dualisme, premièrement, la belle thèse de Nathalie Frogneux,Hans Jonas ou la vie dans le monde, avec une préface de Jean Greisch, Bruxelles, De Boeck Université, 2001, puis Marie-Geneviève Pinsart, Hans Jonas et la liberté : dimensions théologiques, ontologiques, éthiques et politiques, Vrin, 2002, pp. 22 à 33, et enfin la synthèse précise de Robert Theis, Jonas ; Habiter le monde, Michalon, coll. Le bien commun, 2008, pp. 13 à 32, entre autres.

(3) Gershom Sholem, Les Grands Courants de la mystique juive, Payot, troisième édition, 1994, notamment les pages 261 à 304 consacrées à Isaac Luria ; Charles Mopsik, Les grands textes de la cabale ; Les rites qui font Dieu, Verdier, 1993 ; Moshe Idel, Messianisme et mystique, traduit de l’hébreu par Catherine Chalier, Editions du Cerf, 1994, notamment les pages 87 à 94 consacrées à Luria ; Moshe Idel, La Cabale : nouvelles perspectives, traduit de l’anglais par Charles Mopsik, Editions du Cerf, 1998 ; Marc-Alain Ouaknin, Tsimtsoum ; Introduction à la méditation hébraïque, Albin Michel, coll. Spiritualités vivantes, 1992 ; Gérard Rabinovitch, « A travers les énormités de la nuit », postface à Apocalypse, Editions Mille et Une Nuits, 1997 ; Gérard Rabinovitch, De la destructivité humaine ; Fragments sur le Béhémoth, PUF, 2009 ; et la belle méditation, « au diapason de la Création », de Catherine Chalier : La Nuit, le jour, Seuil, 2009. A propos de la proximité métaphysique du "tsimtsoum" (ou "zimzoum") avec la "kénose" : Epître de Saint Paul aux Philippiens, 2, 6-7 ; André Néher, Le Puits de l’exil ; La théologie dialectique du Maharal de Prague, Albin Michel, 1966 ; Jürgen Moltmann, Trinité et royaume de Dieu, Editions du Cerf, 1984, pages 140 à 154, traduction française de Trinitätund Reich Gottes ; Zur Gotteslehre, München, Chr. Kaiser, 1980 ; Jürgen Moltmann, Dieu dans la création ; Traité écologique de la création, Editions du Cerf, 1988, pages 120 à 129 ; Annick de Souzenelle, Le Féminin de l’Être, Albin Michel, 1997 ; Rémi Brague, Du Dieu des chrétiens et d’un ou deux autres, Flammarion, collection Champs Essais, 2009, pages 193 à 199.

(4) Jacob Taubes, Abendländlische Eschatologie, Munich, 1991. Traduction française : Eschatologie occidentale, traduit de l'allemand par Raphaël Lellouche et Michel Pennetier, Paris, Editions de l'Eclat, coll. Philosophie imaginaire, 2009. Eric Voeglin, Science, politique et gnose, Bayard, 2004.

(5) Rabbi Haïm de Volozine, L'Âme de la vie, avec une préface d'Emmanuel Levinas, Verdier, 1986.

(6) Entre autres, outre les conférences d’Eric Voeglin (Op.cit.) : Ernest Haeckel, Le Monisme ; Profession de foi d’un naturaliste, Schleicher Frères, 1897 ; Dietrich Bonhoeffer, Création et chute ; Exégèse théologique de Genèse 1 à 3, Bayard, 1999 ; Jacques Ellul, L'Apocalypse ; Architecture en mouvement, Labor et Fides, 2008 ; Paul Claudel, Au milieu des vitraux de l’Apocalypse, Gallimard, 1966 ; Nicolas Berdiaev, Le Sens de l'Histoire, Aubier, 1948 ; Nicolas Berdiaev, Essai d’autobiographie spirituelle, Buchet / Chastel, 1992, pp. 362 à 389 ; Jean Phaure, La Chute originelle et le mystère du mal, Institut d’Herméneutique, 1973 ; Henri de Lubac, Histoire et Esprit ; L’intelligence de l’Ecriture d’après Origène, Editions du Cerf, 2002, pages 278 à 294 ; Rudolf Bultmann, Histoire et eschatologie, Neuchâtel, Delachaux & Niestlé, 1959, traduction française de Geschichte und Eschatologie, Tübingen, Mohr, 1958 ; Karl Löwith, Meaning in History, Chicago, 1949 ; Norman Cohn, Cosmos, chaos et le monde qui vient, Allia, 2000 ; Rudolf Schnackenburg, Présent et futur ; Aspects actuels de la théologie du Nouveau Testament, Editions du Cerf, 1969, traduction française de Present & Future ; Modern Aspects of New Testament Theology, University of Notre Dame Press, 1966 ; Jürgen Moltmann, Théologie de l’espérance ; Études sur les fondements et les conséquences d’une eschatologie chrétienne, Editions du Cerf, 1970, traduction française deTheologie der Hoffnung ; Untersuchungen zu Begründung und zu den Konzequenzen einer christlichen Eschatologie, München, Chr. Kaiser, 1964 ; Jürgen Moltmann, Dieu dans la création ; Traité écologique de la création, Editions du Cerf, 1988, trad. française de Gott in der Schöpfung ; Ökologische Schöpfungslehre, München, Chr. Kaiser, 1985 ; Jürgen Moltmann, L’Esprit qui donne la vie ; Une pneumatologie intégrale suivi de « Mon itinéraire théologique », Editions du Cerf, 1999, trad. française de Der Geist des Lebens ; Eine ganzheitliche Pneumatologie, Chr. Kaiser / Gütersloher Verlag, 1991 ; Jürgen Moltmann, La Venue de Dieu ; Eschatologie chrétienne, Editions du Cerf, 2000, traduction française de Das Kommen Gottes ; Christliche Eschatologie, Güttersloh, Chr. Kaiser / Gütersloher Verlagshaus, 1995 ; Jürgen Moltmann, Le Rire de l'univers ; Traité de christianisme écologique, Paris, Cerf, 2004 ; Pierre Prigent, Les Secrets de l'Apocalypse ; Mystique, ésotérisme et apocalypse, Editions du Cerf, 2002 ; Richard Bauckham, La Théologie de l'Apocalypse, Editions du Cerf, 2006 ; Emmanuel Durand, Le Père, Alpha et Oméga de la vie trinitaire, Editions du Cerf, 2008 ; Jean Marchal,L'Apocalypse de Jean ; Un message pour notre temps, Albin Michel, 1987 ; Hans Weder, Présent et règne de Dieu ; Considérations sur la compréhension du temps chez Jésus et dans le christianisme primitif, Editions du Cerf, 2009 ; et la fulgurante page 264 (« Jésus vient ») d'Au cœur de l'Ecriture : Méditations d'un prêtre catholique, de Nicolas Boon (Dervy, 1987)...

(7) Rudolf Bultmann, Histoire et eschatologie, Neuchâtel, Delachaux & Niestlé, 1959, traduction française de Geschichte und Eschatologie, Tübingen, Mohr, 1958 ; Jürgen Moltmann, L’Esprit qui donne la vie ; Une pneumatologie intégrale suivi de « Mon itinéraire théologique », Editions du Cerf, 1999, page 422, trad. française de Der Geist desLebens ; Eine ganzheitliche Pneumatologie, Chr. Kaiser / GütersloherVerlag, 1991 ; Hans Weder, Présent et règne de Dieu ; Considérations sur la compréhension du temps chez Jésus et dans le christianisme primitif, Editions du Cerf, 2009.

(8) H. Jonas, Das Prinzip Verantwortung ; Versucheiner Ethik für die technologische Zivilisation, Franfurt am Main, Insel, 1979. Traduction française : Le Principe Responsabilité ; Une éthique pour la civilisation technologique, Editions du Cerf, 1990 (en poche : Flammarion, coll. Champs, 1998). L’influence de ce livre sur l’écologie politique fut et continue d’être considérable. Le fameux « rapport Bruntland », Our Common Future (Commission mondiale sur l’environnement et le développement, Oxford University Press, 1987 ; traduction française : Notre avenir à tous, Editions du Fleuve / Les Publications du Québec, 1988), initiateur du concept de "développement durable" (sustainable development), lui doit éthiquement presque tout (cf. Dominique Bourg, Les Scénarios de l’écologie, Hachette, 1996, p. 61). Jean-Pierre Dupuy, Pour un catastrophisme éclairé ; Quand l'impossible est certain, Seuil, 2002 (nouvelle édition en collection Points, 2004, pages 161 à 174). Pour mémoire : Søren Kierkegaard, Crainte et tremblement, Payot & Rivages, 2000, traduction française de Frygtog Bæven, publié le 16 octobre 1843 sous le pseudonyme de Johannes de Silentio (Jean le Silencieux). Le titre de l'ouvrage vient de l'Epître aux Philippiens, II, 12 : « Ainsi, mes bien-aimés, comme vous avez toujours obéi, travaillez à votre salut avec crainte et tremblement, non seulement comme en ma présence, mais bien plus encore maintenant que je suis absent… »

ANNEXE III

Agamben, au sommet de sa théologie de l’histoire

Le philosophe italien, exégète des épîtres de Paul et des Pères de l’Église, a-t-il élucidé la raison véritable de la renonciation de Benoît XVI, en 2013 ? Il en fait, en tout cas, une lecture eschatologique qui interpelle, au-delà de l’histoire propre de l’Église, « la situation politique des démocraties » et la « décision de chacun » face au mal.

Relativement peu connu du public, certes un peu difficile à lire autrement qu’avec la concentration d’un étudiant, le penseur italien Giorgio Agamben, né à Rome en 1942, bénéficie aujourd’hui d’une reconnaissance internationale considérable chez les philosophes, mais aussi chez les théologiens. En témoignent, tout dernièrement, en France, le très riche numéro double de la revue Critique (janvier et février 2017) qui lui est entièrement consacré, ainsi que la publication en un seul fort volume de neuf de ses quelque trente-cinq livres, parmi les plus importants, sous le titre générique d’Homo Sacer (« homme sacré », mais qui ne dispose plus d’aucun droit civique), en novembre dernier (1).

Alors que l’accent est souvent mis, chez ses lecteurs, sur sa philosophie politique, très inspirée par Walter Benjamin et Michel Foucault, notamment, une véritable théologie de l’histoire apparaît de plus en plus comme le fil d’Ariane de la part la plus originale et, sans doute, la plus nécessaire aujourd’hui de son œuvre (lire nos repères). Exégète et même philologue d’une rigoureuse précision des épîtres de Paul et de Jean, lecteur aussi de tous les Pères de l’Église, premièrement d’Augustin, mais aussi de Jérôme, d’Irénée de Lyon, d’Origène, de Tertullien et du trop méconnu Tyconius qui inspira profondément saint Augustin et Benoît XVI (depuis le milieu des années 1950), Giorgio Agamben a aussi mis en exergue, comme personne avant lui, le plus haut sens de la vie des moines, sorte de libération du strict droit, promue par le monachisme occidental, depuis Pacôme jusqu’à saint François d’Assise (2).

Aujourd’hui, deux textes d’une rare densité, rassemblés par les éditions Bayard (3), nous mènent jusqu’au sommet de la méditation continuelle du philosophe italien sur les lettres de Paul, notamment sur la deuxième épître aux Thessaloniciens et ses précisions sur la fin des temps et la parousie, c’est-à-dire « le jour du Christ », ou « le jour du jugement universel ». Pour cette ultime ascension, Giorgio Agamben a suivi pas à pas l’exégèse d’Augustin, mais surtout celle de Tyconius, « un personnage extraordinaire sans lequel Augustin n’aurait pu écrire son chef-d’œuvre, La Cité de Dieu ».

Le cheminement est dès lors clairement tracé. En 1956, Joseph Ratzinger, prêtre depuis 1951 et docteur en théologie depuis 1953, s’apprête à soutenir sa thèse d’habilitation, afin de devenir professeur d’université, sur la théologie de l’histoire chez saint Bonaventure. Il est aussi, à cette date cruciale pour lui, l’auteur d’un article remarqué sur « le concept de l’église dans le Livre des Règles de Tyconius » (4), dans lequel le futur cardinal (1977), préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi (1981) et pape Benoît XVI (2005) forge sa propre théologie de l’histoire. Une théologie dont Giorgio Agamben souligne la dominante eschatologique et qu’il considère comme étant la source véritable de la renonciation (le philosophe écrit « abdication ») de Benoît XVI à sa charge pontificale, en février 2013, plutôt que la diminution de la « vigueur du corps » et l’« infirmité de sa personne » officiellement invoquées.

Relevant le geste symbolique de Benoît XVI déposant, en juillet 2009 déjà, le pallium (manteau) pontifical sur la tombe de Célestin V, un ermite bénédictin, réputé proche des Franciscains spirituels, qui renonça à sa charge après seulement cinq mois de pontificat (juillet-décembre 1294) par « mépris pour les actes de prévarication et de simonie de la cour », Giorgio Agamben en déduit que Benoît XVI a accompli, moins de quatre ans plus tard, un « grand refus » prémédité. Et inspiré par la théologie et l’ecclésiologie de Tyconius… De fait, lors de l’audience générale du 22 avril 2009, le pape évoquait de nouveau l’inspirateur d’Augustin en ces termes : « Dans son commentaire de l’Apocalypse, Tyconius voit surtout se refléter le mystère de l’Église. Il était arrivé à la conviction que l’Église était un corps bipartite ; une partie appartient au Christ, mais il est une autre partie qui appartient au diable. » (5) Partageait-il alors cette conviction, comme l’affirme Giorgio Agamben ?

Déjà, en 1956, le jeune Joseph Ratzinger – il n’avait pas trente ans – donnait à redécouvrir, dans la Revue d’études augustiniennes et patristiques, l’ecclésiologie de Tyconius : « Le corps de l’Église a deux côtés ou aspects : un côté gauche et un côté droit, un côté coupable et un côté béni, qui constituent pourtant un corps unique. (…) L’épouse unique du Christ, dont le corps est celui de L’Église, comprend en soi aussi bien le péché que la grâce. » (6) Et il en déduisait que cette tension interne entre « méchants » et « justes » ne peut trouver sa résolution qu’à « la fin des temps », lors du « jugement universel » et de la parousie du Christ, après que l’Antéchrist aura été expulsé de l’Église.

Giorgio Agamben adhère manifestement à cette eschatologie (7) et postule même qu’elle est la seule philosophie de l’histoire possible. Une philosophie qui assume d’être une théologie. Dès lors, le propos interpelle vivement notre époque : « La grande discessio (séparation entre l’Église du Christ et celle de l’Antéchrist) dont parlait le jeune Ratzinger n’est pas un événement seulement futur, qui, comme tel, doit être séparé du présent et relégué à la fin des temps : c’est plutôt quelque chose qui doit orienter ici et maintenant la conduite de tout chrétien… Le problème de ce qui est juste et de ce qui est injuste ne peut être éliminé de la vie historique de l’Église, mais doit inspirer à tout instant la conscience de ses décisions dans le monde. » (8)

À partir de cette première focalisation sur le monde actuel, le philosophe italien, revenant aux leçons de Paul et d’Augustin sur « les temps de la fin », dévoile « le grand drame du péché et de la rédemption » qui se joue dans notre histoire, en reprenant les mots du génial médiéviste Marc Bloch. Il piste dans nos sociétés l’avènement du « mystère de l’anomie » (absence de loi et d’ordre), le développement du « mystère du mal », le conflit entre l’Antéchrist et le Messie, entre Satan et Dieu... Cette remise en perspective théologique de l’histoire étant accomplie, Giorgio Agamben se permet une apostrophe à la fois éthique et politique qui relève, selon lui, du « salut » : « Le mal n’est pas un drame théologique obscur qui paralyse et rend énigmatique et ambigüe toute action, mais c’est un drame historique où la décision de chacun est à chaque fois en question. (...) C’est en ce drame toujours en cours que chacun est appelé à tenir son rôle sans réserves et sans ambiguïtés. » (9) Il y a, incontestablement, beaucoup de la vigueur légendaire de Paul dans cet appel à la « décision ».

Antoine Peillon

(1) Seuil, collection « Opus », 2016. Ce volume rassemble : Le Pouvoir souverain et la vie nue (1997) ; État d’exception (2003) ; Le Sacrement du langage (2009) ; Le Règne et la Gloire (2008) ; Opus Dei (2012) ; La Guerre civile. Pour une théorie politique de la Stasis (2015) ; Ce qui reste d’Auschwitz. L’archive et le témoin (1999) ; De la très haute pauvreté, 2011 ; L’Usage des corps, 2015.

(2) De la très haute pauvreté : règles et forme de vie, Payot & Rivages, 2011.

(3) Le Mystère du mal. Benoît XVI et la fin des temps, Bayard, 2017, 96 p., 14,90 euros.

(4) « Beobachtungen zum Kirchenbegriff des Tyconius im Liber regularum », Revue d’études augustiniennes et patristiques, 1956, vol. 2, pages 173-185. Cf. Tyconius, Le Livre des Règles, avec introduction, texte latin, traduction française et notes de Jean-Marc Vercruysse, Editions du Cerf, collection Sources chrétiennes, 2004.

(5) Benoît XVI, audience générale, mercredi 22 avril 2009, « L’enseignement du moine saint Ambroise Autpert » : https ://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2009/documents/hf_ben-xvi_aud_20090422.html

(6) « Beobachtungen zum Kirchenbegriff des Tyconius im Liber regularum », Revue d’études augustiniennes et patristiques, 1956, vol. 2, pages 179-180.

(7) Du grec eschatos, « dernier », et logos, « parole » : discours sur la fin des temps et du monde.

(8) Le Mystère du mal. Benoît XVI et la fin des temps, Bayard, 2017, p. 27.

(9) Idem, pages 57 et 58.

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« Murs de papiers »
[Archive] Olivier Cousin, dans son dernier film, nous donne à voir ce qu’est la vie des sans-papiers à travers une permanence d’accueil de la Cimade : des chemins de l’exil aux mille dangers, des parcours du combattant face à une administration française kafkaïenne, la fin de la peur et l'espérance en une vie meilleure, apaisée.
par YVES FAUCOUP