LES SOUBASSEMENTS INFUOCATI DELLA TERRA

Nous avons tous en nous des jardins et des plantations cachés ; et, pour utiliser une autres image, nous sommes tous des volcans en formation qui connaîtront leur heure d’éruption :– mais celle–ci est–elle proche ou est–elle lointaine ? nul ne le sait, assurément, pas même le bon Dieu.

 (F. NIETZSCHE)                       

 

Ce ne fut pas un « délire », ce qui m’empoigna. Bien que « –lirer », dans son acception la plus archaïque de notre langage humain, signifie: « uscire dal solco » : sortir du sillon. (…  s’extraire de la Norme ?)

C’est le Chaos, que j’ai vécu,  et que je voulus vivre.Et cela, réellement. Dans mes propres chairs, j’entends. Toute plongée,  que j’étais, dans ce qu’on a coutume  d’appeler mon véritable Réel, et qu’il serait sans doute mieux d’appeler : les soubassements infuocati de la Terre. Et sans trembler. Quoique en redoutant la Force si puissante, de ce Chaos. Et parfois, même en la redoutant fort. Car, j’en connaissais subrepticement, les innombrables, périlleux pièges, et les sauvages dangers.

Un tremendo, terribilis Chaos. Un  Chaos concret,  pour ainsi dire. Dont je nécessitais. L’accueillant, le convoitant, l’habitant dans les tréfonds de mon cœur ténébreux. Mais également si souffrant. Dolente, comme l’on aime à  dire. Tout ça, pour mieux me comprendre, mieux me saisir.

Et pour être réellement en état, poter, pouvoir, oui !, faire face, affrontare la présence des Morts. Proches et lointains.

Tous ces Morts qui ont accourus, accourraient, et qui accoururent auprès de moi, à ces moments–là. À mon désireux appel. Et dont il me paraissait écouter et entendre la parole profonde. À savoir, qui surgissait de leurs, et de mes Profondeurs. Dont je me mis à l’écoute silencieuse, et ardente… Afin de pouvoir la colporter, cette parole – lui obéissant – la colporter sur mon dos.

Monter, le dos plié, courbé, sous ce poids, invisible aux yeux d’Autrui, les hautes marches, così ripide, de cet escalier d’une Station de métro, que je ne connaissais pas… Pliée en deux, sous ce Poids, sous ce Poids inouï, et sous un regard d’Autrui, ne comprenant rien. Ni moi, ni ce Poids. Le Poids acéré de tous ces Morts que moi – pius Aeneas – je transportais, afin de les ramener jusqu’à vous. Présentement.

C’est pourquoi, à cause de cet horrible délit, je fus amenée –menottée – dans ce qu’on appelle un hôpital psychiatrique, pour qu’on y soigne ma psyché. Mon âme. Si entrelacée à mon cœur. Et que – me rebellant sans répit – contre cette si injustifiée, si criminelle violence, j’y fus enfermée  dans une cellule de rétention, qui avait, non  pas une, mais bien 2 portes blindées. Et, cette fois–ci, pendant un Temps intarissable. Insoupçonnable, à mes yeux. Un Temps qui dura, qui s’étala, tout au long de 3 bonnes semaines. Une cellule nue, oui. Où il n’y siégeait, ne s’y dressait, qu’un lit. Dur. Si dur, pour mon dos, abîmé pour avoir voulu et trop aimé parcourir la page écrite. Et – au coin de cette même, sordide pièce : solitaire demeurait, un seau blanc.  Pour y chier, et y pisser. Voilà, qui est tout.

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