LETTERA AL SIGNOR GIUSEPPE RATZINGER

 

LETTERA AL SIGNOR GIUSEPPE RATZINGER

 

           (o della grazia della varietà)           

 

 

                                                                       Paris, le 21 juin 2013

 

 

Gentile Signor Ratzinger,

 

je vous écris en français pour plusieurs raisons, mais également parce que je préfère cette forme grammaticale (française) du « vous », à la correspondante forme italienne du « Lei », ou, pire du « Ella », et de la troisième personne, par laquelle il faudrait s’adresser à vous. Et vous parler.

C’est que hier au soir je vous ai vu sur l’écran de mon computer.

Je ne m’étais plus occupée (ayant eu à rebâtir mon âme et mon cœur, qu’on avait voulu ( : cru pouvoir ?) détruire, et d’un mode absolu), je ne m’étais plus occupée donc des « choses «  ( : des événements, j’entends par là) qui se déroulaient  dans cette église que l’on nomme Apostolique et Romaine. Celle à la tête de laquelle  vous aviez été élu, et  de laquelle vous avez démissionné.

Or, à certains humains, il a paru que ce geste que vous avez accompli, devant la face du Monde, avait été dicté par des raisons politiques. Pour reconquérir un pouvoir, LE pouvoir, qui échappe de plus en plus, à cette même église. Â jamais  si avide de pouvoir !

Je ne sais pas. Cette fois, je ne me suis pas courbée ni sur les documents, ni sur les quotidiens, qui en ont parlé. Cela, pour tenter de mieux comprendre, événements et humains. Comme pourtant je l’avais fait, avec autant d’entêtement, avec autant d’acharnement, en 2006. Lorsque si têtument, j’avais parcouru en long et en large, votre encyclique, l’encyclique que vous aviez titrée « Deus est amor », afin de revendiquer vis–à–vis de vous (de votre parole, j’entends) la grécité d’ »eros », dont il était question dans votre encyclique, et la place de la femme : ici, sur la Terre. (J’aimerais mieux dires : des femmes. Cette population si méprisée, par la plupart des pensées religieuses.)

J’avais titré ce texte, que j’avais écrit, pour remettre en cause vos paroles : « Ô Spectateur visionnaire ! ». Or, ce spectateur visionnaire, c’était vous, à mes yeux, Monsieur. Mais je n’avais pas voulu m’acharner sur celles que hier – sur l’écran – on a appelé vos « erreurs ».

Ce que j’avais voulu viser (dans un texte qui se voulait l’héritier des dires des philosophes des Lumières, et qui était donc parcouru d’une légère ironie) c’était votre acception de la femme. Et plus particulièrement de cette femme, Marie, qui aurait accouchée – vierge – d’un dieu : un dio–bambino

 Ce n’est pas qu’une question de foi, ou de manque, de négation de la foi.

Il s’agit du vivre, de l’exister de nous toutes, les femmes. Sur  la planète–Terre.

J’avais beaucoup souffert, à écrire tout cela, et à nier celle qui – pourtant – me paraissait une évidence : tous les malheurs et les tragédies qui ont découlées sur Terre, à cause de cette image, qu’on a donné, de la « femme ». Et à vos yeux aussi, Monsieur Ratzinger. À vos yeux, si cultivés, aux yeux de votre cœur qui aime jouer du Mozart, qui auriez voulu redonner « dignité » aux femmes (des « êtres humains » !) De vous qui  vouliez lutter contre cet absurde, horrible pouvoir du sexe et de l’argent, dans nos sociétés d’aujourd’hui.

Or, moi – dans ce texte – j’entendais tout simplement vous ramener, ramener vos vues, à la « réalité » de la vie dans l’Ancienne Grèce. Et j’avais essayé de le faire éditer, ce texte, mon texte, pour qu’il soit lu. À la plupart de mes envois, on n’avait jugé même pas nécessaire répondre. Ou l’on avait  répondu sans nullement comprendre l’exergue que j ‘y  avais apposé. Des paroles de Leopardi, sur le « nécessaire » amour de soi. Pour vivre. Pour pouvoir vivre. (Il me parut, dans l’une des peu de réponses que j’avais reçues, que l’on avait même confondu la parole léopardienne, avec elle de Bataille…) Seulement la revue Esprit, avait « apprécié » mon texte. Mais on ne l’avait pas publié. (Je ne me souviens pas des raisons exactes qu’on me donna. À l’époque.)

Ce fut pourquoi, lorsque je pus « créer » mon blog, dans ce quotidien en ligne, qui s’appelle Mediapart, beaucoup de temps après, je crus bon l’y imprimer. Quand même…

Je ne le relis pas, aujourd’hui. Non. Je me souviens tout simplement, de ma souffrance atroce (mais que j’essayai de ne pas laisser trapelare dans mon texte), de ma souffrance atroce qui me poussait, et me guidait, pourtant, à vouloir « miner » ce qui –à mes yeux – était le « mythe » de Marie : vierge et mère, enfantant le « Verbe » divin. Car, j’y voyais la cause et la naissance de toute une vision du monde, qui ne pouvait ne pas conduire aux malheurs, dont vous voyez accablée l’actuelle chiesa cattolica. (… seulement de nos jours ?)

Je me souviens que je parlai dans l’une de mes lettres (je ne sais plus laquelle) de cette traversée angoissante à travers tous ces chemins de l’art ( : poétiques, musicaux, picturaux…) qui avaient parlé de Marie, si humble !, aussi à mes propre yeux : émus. Mais je jugeai qu’il fallait faire de la lumière, pour qu’on puisse vivre autrement sur cette Terre. Sur notre Terre !

Je critiquai, donc, votre encyclique, sans trop me soucier de votre réalité psychique. Vous étiez – à mes yeux – un Pape ! Même pas LE Pape, de cette affreuse Eglise Apostolique et Romaine (tout cela, à majuscules !), qui siège dans ce somptueux siège du Vatican, tout en prêchant soumission et pauvreté et humilité.

Or, pour revenir aux raisons qui me poussent à vous écrire ce courrier que je compte faire paraître dans mon blog, afin que vous puissiez le parcourir, si vous le jugez utile, j’ai pu voir sur l’écran, hier, votre visage, et votre souffrance.

Et j’ai pu voir même certains visages et profils des cardinaux qui vous entourent, et qui m’ont rebutée. Je pense que vous êtes différent d’eux. Mais je pense également, l’ayant souffert dans ma propre existence, que la théologie judéo–chrétienne, nous laisse peu d’espace, à nous ( : à nous autres ?), les femmes. Et, en disant cela, je ne veux pas élever une louange aveugle au « féminisme » d’aujourd’hui. Bien que...

Je regardais l’écran, hier au soir, et me disais : « Qu’est–ce que cette église, qu’est–ce que tout ce rassemblement d’hommes, de seuls hommes, dont certains ne manquent pas d’avoir l’apparence de véritables, fourbesques, masculi méridionales ? Et pourquoi, en Italie, à Rome, on ne laisse parler, s’exprimer (ne parlent, ne s’expriment ?) sur cette même église, que des hommes, sauf une historienne ? »

Je vais vous paraitre peut–être, risible, en ma démarche : en cette démarche. Mais vous savez, dès mes premières années d’Université, vécues à Rome, j’aurais voulu poursuivre une étude sur Caterina da Siena. Et j’en parlai à l’un de mes Professeurs préférés, à Natalino Sapegno, qui sembla accepter avec enthousiasme, ma proposition. Mais lorsqu’il comprit que, ce qui m’intéressait, c’était, bien elle, la femme, le courage de la femme qui se rendait à Rome, et qui parlait au nom de tous, au Pape. À ce pape dont je n’ai même pas retenu le nom. (Car j’ai oublié beaucoup de choses.) Or, Sapegno, se refusa à suivre la recherche que j’entendais établir. Et je renonçais (à l’époque tout au moins) à poursuivre « una tesi », comme l’on nomme si ampollosamente, ce genre de recherche, dans ces Facultés italiennes.

À mes yeux, (mais je peux me tromper) les femmes d’aujourd’hui, ou, tout au moins, certaines (beaucoup ?) d’entre elles d’aujourd’hui se trompent. Car elles deviennent agressives comme les hommes, et compétitives. (Entendraient–elles se venger, en renversant les rôles ?)

Baudelaire, en parlant du couple (de son temps ?), en parlant de l’homme, l’appelait « l’esclave de l’esclave », et il ne comprenait pas ces femmes qui « s ‘aiment et s’adorent ». Et – bien que j’aie été, par le passé, quand j’étais jeune – profondément épouvanté par certaines de ses paroles, certaines des paroles de Baudelaire, j’entends, elles résonnent à présent, justes à mon oreille.

Car, comme j’ai essayé de le dire déjà sur cet écran, il y a déjà un bon moment de cela, je pense que les femmes devraient – d’abord tenter de «  se libérer » elles–mêmes. Et, je pense, et en premier lieu, se libérer de cette image d’elles, que les hommes trainent douloureusement à leur suite. (À la suite de leurs propres pas et rêves et chimères, et à la suite de ceux que les femmes elles–mêmes abordent, en leur avancer.) Je sais, que pas tous les hommes, ont agi ainsi. Car, il y a, et il y a eu bien d’exceptions : Tchécov, Gramsci…

Ce que je crois également fondamentale, c’est qu’on rétablisse une étude serrée des textes dits « sacrés ». Ou mieux : de ces textes qui ont établis les 3 monothéismes.

Pour l’instant je ne parlerai que de la Bible. Car, elle n’est pas la parole de Dieu, à mes yeux. Elle est la parole d’êtres humains, habités par une soif d’absolu, de sacré, et qui nous apprennent beaucoup de sagesse, et de beauté. Et même beaucoup de courage, et d’ardentes colères. Comme celles nourries par Job.

Mais voici, que dans les pages effleurées de cette si belle écriture de la Bible, on lit la création de l’Univers,  lorsque le Dieu de nos Pères, créa l’homme, de son propre souffle, pour ainsi dire. Et lui donna l’ardire et …l’audace, de nommer tous les animaux de la Terre. Et Adam, le fit. Il le nomma. Mais, puis, Dieu se dit qu’il était trop seul dans son Jardin d’Eden, cet homme, et qu’il lui fallait quelqu’un à ses côtés. Et, pendant son sommeil, il lui extraya une côte. Et il aurait été ainsi,  que d’une côte d’Adam, aurait été créée, sa compagne : la femme. Le souffle divin ne lui étant pas réservé.
Et puis, tout ce racontar… Le jardin… et l’arbre de la vie… et le serpent–diable… le serpent Satan, et non pas Lucifer… Le si lumineux Lucifer... Et la « curiosité » ? de la femme, de Eve, qui se saisit de la pomme, et qui la croque… et qui l’offre même à Adam, lui promettant un pouvoir divin… Et la fatale punition divine… Hors ! Hors ! du paradiso terrestre… Parce qu’ils ont péché… parce qu’ils sont des pécheurs… Pécheurs, les deux : l’homme et la femme, ou mieux : la femme et l’homme, et qui, tous deux, à cause de cette leur Faute primordiale, de ce Peccato Originale, se seraient tout à coup vus tout nus… Et auraient tenté (aidés par Dieu lui–même ?) à recouvrir péniblement une telle leur semblable nudité...

Mais j’aime mieux, avoir comme livre premier, comme première lecture de mes yeux, qui aimeraient demeurer à jamais humains, pour ainsi dire, le texte d’un poète au si beau nom de Giacomo Leopardi, qui dans sa Storia del genere umano, nous conte sa vision à lui, si amoureuse, si chastement amoureuse, de l’enfance de l’humanité.

Dites–le, à vos Cardinaux, donc, vous qui avez choisi de vous nommer Benedetto, dites leur de le relire, ce texte. Mais peut–être qu’ils ne comprendraient pas ( : ne comprendront–ils pas ?), car Leopardi, au XIX ème siècle déjà, appela Rome, dans l’une de ses lettres (me paraît–il), « una città di preti e di puttane ». Ce qui était tout dire, à ses yeux. Et où (comme vous, si cultivé Signor Ratzinger, comme vous le savez si bien, quoique… en l’ayant peut–être quelque peu oublié ?) les « puttane », pour Leopardi, n’étaient pas les prostituées, mais les aristocrates romaines.

Et je voudrais  simplement ajouter, que c’est l’idée même de la femme, dans les trois religions monothéistes, parmi  toutes ces pensées qui se croyent sacrées, et qui sont (ô ! elles oui !) perverses et malades, moralement, éthiquement malades, c’est cette idée, jaillie de cœurs troublés, et peut–être paniqués, vis–à–vis du corps de la femme, de celle qui a été appelée sa « noirceur » (et que moi–même, tout en étant une femme, j’ai redoutée, car plus mystérieuse, peut–être, cette anatomie, de l’anatomie masculine), ils, ces êtres paniqués et apparentés à des forces, pour ainsi dire, diaboliques, voulurent la « gouverner », cette noirceur, et la soumettre, et la « déclarer », vis–à–vis du monde entier, afin de pouvoir ne plus la redouter.

C’est une des raisons – à mes yeux – (mais cela, seulement dans certains cœurs) de  ce qu’on appelle la « pédophilie ».

J’aimais beaucoup les photos dont l’un de mes auteurs préférés, Lewis Carol, se réjouissait. Mais puis, récemment, en les observant, ces photos, ou tout au moins en observant l’une d’entre elle – celle reproduisant l’enfante au pied boiteux, ma préférée – j’y ai lu la haine, la terrible haine que cette enfante exprime en ses yeux, le regardant, Lewis Carol, en train de la photographier : immobile, en son pied boiteux, comme il lui a ordonné, et lui ordonne à jamais. Pour son plaisir, et son plaisir artistique, qui lui fera traverser les Temps, pour lui donner la gloire.

Merci de m’avoir suivie jusqu’ici.

Rispettosi saluti.

 

Antonella Santacroce

 

Molte cose avevano già da gran tempo alienata novamente dagli uomini la volontà di Giove ; e tra le altre gl’incommensurabili vizi e misfatti, i quali per numero e per tristezza si avevano di lunghissimo intervallo lasciato addietro le malvagità vendicative del diluvio.

(G. LEOPARDI)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.