DE LA PYRAMIDE EXCLAVAGISTE

 

 

DE LA PYRAMIDE ESCLAVAGISTE

 

 

 

« Le courage, c’est de comprendre sa propre vie, de la

préciser, de l’approfondir, de l’établir et de la coordonner

cependant avec la vie générale (...). Le courage c’est de

dominer ses propres fautes, d’en souffrir mais de ne pas en

être accablé et de continuer son chemin. Le courage c’est

d’aimer la vie et de regarder la mort d’un regard tranquille. »

 

( J JAURES )

 

 

« [....] voilà pourquoi elle [la philologie] nous attire et nous

charme le plus fortement, au cœur d’une époque qui est celle

du « travail », autrement dit de la hâte, de la précipitation

indécente et transpirante, une époque qui veut tout de suite

« en avoir fini » avec tout, y compris avec tous les livres

anciens et modernes [...] elle enseigne à bien lire, c’est–à–

dire lentement, profondément , avec prudence et précaution,

avec des arrières–pensées, avec des portes laissées ouvertes,

avec des doigts et des yeux délicats... Ô mes amis patients [...]

apprenez à bien me lire ! »

 

(Fr. NIETZSCHE) ( * )

 

 

 

 

 

 

Je désire m’adresser à vous, Tristane Banon, vous qui voudriez — tout en ne le pouvant pas, comme nous tous, les humains –, vous qui semblez tenir à tout prix, à vous différencier, en tant que femme blanche, européenne (française, peut-être ?), de Nafisiatou Diallo, et à rechercher la compréhension, la pitié de nous tous, qui suivons ces événements.

Or, éveillez-vous au réel !, éveillez–vous, Mademoiselle Banon, car vous n’êtes pas la seule à avoir, come vous le contez, « subi » (je déteste ce mot, surtout dans la bouche des Puissants et des Médias, mais également dans votre bouche de soi–disant « victime »), d’avoir « subi » donc, une « tentative de viol », ou des « attouchements sexuels ». Réservez cela à ces médias que, dites–vous, vous ont harcelée, et vous harcèlent, mais que vous ne fuyez pas d’une façon hantée, cachée sur un drap blanc, comme cette Dame Guinéenne, qui a été attaquée même parune partie de ces compatriotes, vivant aux Etats–Unis d’Amérique. Ces aussi libres Etats–Unis d’Amérique qui nous ont fait tant rêver, mais qui – avec les assassinats perpètres par leur Klux Klux Kan – n’ont pas (jamais !) fait beaucoup rêver leurs esclaves des traites négrières.

D’ailleurs sachiez, Tristane Banon, que partout dans notre monde d’humains si civilisés, il y a et il y a eu des femmes, des enfants, des homosexuels, des transsexuels, qui les subissent, et qui les subirent, ces viols, et sans se plaindre, sans même pas oser les dénoncer, ni en parler en rigolant, comme vous l’avez fait à le télé. Car on rigole, on se doit de rigoler au cours des émissions de Thierry Ardisson.

Nous en avons assez des pleurs et des gémissements que vous déversez ( : voudriez–vous les faire déverser par nous aussi ?) sur vous, et sur vos malheurs, lors de vos si multiples interviews accordées à ces papiers, qui aiment tant se ranger et s’auto–proclamer sous l’appellation de notre « presse nationale ».

Or, moi–même, (toute jeune encore), j’allai à la rencontre d’une sorte de douloureux viol. (Et je conte cela, bien que je n’aime pas que les autres – lorsque je ne le demande pas moi–même – se mêlent indûment à mes affaires, et à ma vie privée : certes ! Privée.) J’en devins, comme l’on dit, « folle » : de rage, et de souffrance, et d’incompréhension. A ces moments–là, personne ne se donna véritablement la peine de m’expliquer quoi que ce soit. Tout comme il m’arrive encore aujourd’hui. Mais, c’est un ancien songe, en moi, que de rechercher la liberté – SEULE –, et de la conquérir par ma SEULE ECRITURE, en m’y acharnant à la quérir par des solitaires, silencieux, exercices, comme l’on a coutume de les appeler, de « style ».

Mais, pourquoi donc, Tristane Banon, vous, qui vous dites écrivaine et journaliste (comme j'ai pu le lire et entendre dans ces mêmes médias français, qui vous encensent), pourquoi, dites, vous qui avez vu vos écrits « paraître », pourquoi vous n’avez pas écrit et laissé "paraître" dans la presse, des déclarations, des articles, non pas sur Strauss-Khann, ou sur sa femme – que, pourtant, nous tous, en France, nous avions si profondément aimée, et estimée –, et jamais vous n’avez tracé une seule ligne à propos de cette Dame afro–américaine qui, se portant en exemple devant vos yeux, vous a toutefois éveillée de votre fâcheux silence ? Un silence que vous avouez quelque peu « honteux », et où vous vous seriez « enfoncée « ?

Cela ne nous intéresse pas beaucoup de savoir que l'une des raisons pour laquelle vous vous seriez tue pendant bien 8 ans, aurait été votre enfance malheureuse, à cause d’une "nounou violente", la raison réelle qui me pousse à m’adresser à vous, étant : – Pourquoi vous y tenez tellement à vous « différencier » de cette Dame, qui a eu beaucoup plus de courage que vous, et à la suite des agissements de laquelle, toutes ces « bonnes femmes » (comme le disait Claude Chabrol – féministes ou pas) se sont mises à se révolter, et à attaquer en justice, toutes ensembles, Dominique Strauss–Khann, et non pas dans la solitude de leur désespérance ? Car, à mes yeux, il faut bien apprendre à se défendre, à défendre sa liberté et sa dignité, également dans le courage qu’une défense solitaire, comporte. Puisque en cela, réside, notre dignité d’êtres humains.

Car (toujours à mes yeux), même la parole de Simone de Beauvoir, opérantpourtant une si grande refonte de la liberté et de la dignité féminines, comporte des failles. (Mais c’étaient d’autres temps, une autre époque.) Plus précisément, là où elle estime que les seules femmes étaient censées ne pas « naître » femmes, mais le « devenir ». Or, à mon humble avis, aussi les hommes devraient se soumettre à ce lourd, douloureux cheminement, ayant pour but de " devenir " véritablement des "hommes", ou des humains, : des humains being, comme j’aime mieux les nommer. Nous aimons, en effet, et estimons fort, ces hommes qui ont, ou qui eurent une si haute éthique. Et c’est également à nous, à nous aussi – les femmes –, de lutter et souffrir, afin de l’atteindre, ce but, qui aurait en vue un changement radical de ce monde, et de cette société, et non pas, non plus, de privilegier seulement la protéction de « nos » enfants, ou de « nos » époux.

Pour ce faire, il faut que nous apprenions – nous toutes, les femmes –, à agir comme le font, ou le firent certaines d’entre nous, en des espaces, et en des temps historiques, peut–être encore plus difficiles que les nôtres, et à être prêtes à payer le " prix " de ce vaillant engagement, qui, parfois, est cher, très cher. A le payer, en d'autres termes, de sa propre personne.

Puisque, seulement alors il n’y aura pas cette fameuse, fausse, hypocrite, soi-disant « égalité » homme–femme au moyen de vains quotas, et qui sont presque toujours édictés par la gent masculine, ou par des femmes assoiffées de pouvoir et oublieuses de leurs congénères. Là où, ces femmes réellement libres, dont il a été question plus haut, librement choisirent leur engagement dans luttes et combats, aux fins également de déclencher et établir une majeure justice sociale.

 

(à suivre...)

 

(*) Citation extraite de la traduction de Jean Lauxerois de « AURORE », dans son texte « LA BEAUTE DES MORTELS – Essai sur le monde grec à l’usage des hommes d’aujourd’hui. »

 

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