Pendez les haut et court!

C’est la crise, la récession, la fin d’un modèle, en un mot : le monde est au bord du gouffre. La crise financière s’est abattue sur les économies des pays comme naguère la peste noire avec les mêmes conséquences psychologiques : la perte de nos repères et la recherche de coupables.

C’est la crise, la récession, la fin d’un modèle, en un mot : le monde est au bord du gouffre.

La crise financière s’est abattue sur les économies des pays comme naguère la peste noire avec les mêmes conséquences psychologiques : la perte de nos repères et la recherche de coupables.

L’industrie financière est bien sûr montrée du doigt, elle est forcément coupable : c’est par elle que le mal est arrivé. Les financiers, par cupidité, ont développé des instruments financiers incontrôlables opérant dans des marchés totalement opaques. Mais les banques ne sont qu’un vecteur de nos sociétés, elles ont développé ces produits (CDOs, CDS, etc) car il y avait un marché pour cela. C'est-à-dire qu’il y avait des investisseurs en face prêt à prendre ce risque afin de générer des profits record. Et de l’autre côté des emprunteurs disposés à prendre un crédit à des conditions aberrantes dans l’espoir de faire une plus value sur la revente de leur propriété. Tout cela chaudement encouragé par les Etats afin de stimuler la croissance.

 

Les banques par leur prêts et leur innovation ont trouvé le moyen de financer notre mode de vie hyper consumériste qui réclame toujours plus de cash.

 

Les financiers ne sont pas plus cupides que ne l'est la majorité des citoyens. Evitons l’hypocrisie, nous vivons dans des sociétés où l’argent est devenu la valeur de référence. Mais, aujourd’hui gouvernants comme citoyens lambda poussent des cris de vierge effarouchée et s’indignent de la supposée absence de moralité des financiers. Imaginaient-ils que la moralité des financiers était supérieure à celle de la société dans laquelle ils vivent ?

 

Dans ces temps troublés, les idées les plus folles émergent, que l’on peut diviser en deux groupes caricaturaux :

  • Les « même pas peur » : des irresponsable qui veulent voir les établissements financiers en difficulté, s’écrouler afin d’assainir la situation. Cette approche fait fis des risques systémiques, c'est-à-dire des liens financiers unissant les banques entre elles (sous forme capitalistique ou via les contreparties) et du risque d’effondrement de l’industrie financière dans son ensemble. Si cela arrivait, toutes les économies mondiales seraient paralysées et il est impossible de prédire où cela nous mènerait.
  • Les « faut que ça change mais pas trop » : ils misent sur l’Etat, pour recapitaliser les banques et édicter de nouvelles règles de fonctionnement sensées nous mettre à l’abris de la prochaine crise. Pour info, depuis 1989, selon le FMI, il y a eu 42 crises financières à travers le monde. Les réglementations ne changeront rien, comme je l’avais écrit dans un précédant post, les CDOs ont connu un boom car, entre autres choses, ils ont permis de contourner des règles prudentielles dites de Bale. Les contraintes réglementaires ont pour effet de stimuler l’innovation afin de les contourner. En outre, le mouvement de concentration bancaire actuelle, soutenu par les gouvernements, fait émerger des mastodontes bancaires, que leur taille rendra impossible à sauver par les Etats à l’avenir. Tant que nos modèles économiques et sociaux n’évoluent pas nous seront en sursis.

 

 

Sommes nous prêts à changer ?

Il faudrait revoir notre mode de développement économique, sortir des cycles croissance-crise-stagnation-croissance. La crise actuelle est peut être une opportunité pour repenser notre infrastructure financière et notre modèle économique. Il est peut être temps de nous tourner vers le reste du monde, et apprendre de leur approche, par exemple, en regardant le système bancaire Sharia’h compatible qui proscrit les intérêts ; en analysant le modèle Indien qui pendant des années à institué une grille de salaires maximum afin de garantir la cohésion sociale. Nous pouvons également mettre à profit la période de récession que nous allons traverser pour apprendre à consommer moins et mieux, pour répondre sérieusement au défi du réchauffement climatique. Cette crise est anxiogène mais c’est également une opportunité de changement.

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