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Billet de blog 24 juin 2021

Chère Covid

Chère Covid, je vais te tutoyer, car depuis le temps que nous nous fréquentons, je pense que nous nous connaissons bien assez. Et, malgré le fait qu’il reste, à ton propos, un grand nombre de choses que j’ignore et que je ne comprendrai sans doute jamais, tu m’accompagnes partout, que je le veuille ou non.

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Chère Covid,

Je vais te tutoyer, car depuis le temps que nous nous fréquentons, je pense que nous nous connaissons bien assez. Et, malgré le fait qu’il reste, à ton propos, un grand nombre de choses que j’ignore et que je ne comprendrai sans doute jamais, tu m’accompagnes partout, que je le veuille ou non.

Ce soir, alors qu’une très grande majorité des Français t’a, pour quelques heures, oublié, happée par le match de football France-Portugal, je tiens à t’écrire cette lettre pour tenter de saisir ce que ton omniprésence veut ou tente de nous signifier.

Ta présence, comme pour beaucoup, ne m’a pas épargnée, bien que j’estime que mon lieu et mon mode de vie soient plus confortables et moins anxiogènes que ceux de certains. Je connais, aujourd’hui, cette part d’ombre avec laquelle tu avances et qui fait, que les projections, à moyen et à long terme, sont toujours incertaines et soumises à ton bon vouloir.

Mon mari a perdu son grand-père en Mars 2020 et c’est seulement ce samedi que nous nous retrouverons tous pour la cérémonie religieuse qu’il aurait souhaité. Plus d’un an après. Mon cœur se serre et je t’en veux, car tu lui as ôté, tu as ôté à ses enfants, la chaleur et la proximité de ses derniers instants. Alors qu’il avait été entouré toute sa vie, il est mort seul. Les normes draconiennes du premier confinement ont vu se dessiner des deuils inachevés et des blessures qui seront longues à cicatriser.

Tu t’es également attaqué à ma grand-mère. Nous l’avons retrouvée en syndrome de glissement, après deux isolements. Tu ne l’as pas emportée mais tu as manqué ta cible de peu. Heureusement, les visites quotidiennes, sa joie de vivre, son sens de l’humour, ont eu raison de toi. Et je sais, maintenant, grâce ou à cause de toi, que l’amour, l’humour, le contact physique sont ce qui reste quand on a presque tout oublié. Parce que ma grand-mère a presque tout oublié, sauf l’amour qu’elle porte à sa famille et l’amour que ses enfants et petits-enfants lui apportent. Elle ne pourra jamais retrouver une partie de son autonomie d’avant toi, d’avant la Covid. Tu nous as pointé, plus encore, la fragilité de la vie et l’importance d’être présents, de profiter les uns des autres et de chaque instant.

Alors que souhaites-tu nous signifier avec ton omniprésence et ta létalité oscillante ?

Que veux-tu nous faire comprendre avec ton caractère insaisissable et tes mutations imprévisibles ?

Dans ma tête c’est un pot-pourri.

As-tu voulu nous dire que nous, les êtres humains, ne sommes pas tout-puissants ? Que la science ne résout pas tout ? Que la médecine est parfois incapable ? Que notre désintérêt pour les soignants est une erreur ? Que nous ne sommes pas grand-chose à l’échelle du temps, à l’échelle de l’univers ?

As-tu voulu nous montrer que nous étions égoïstes, portés par nos désirs ? Qu’il fallait chérir l’instant présent, les moments passés avec nos ainés, nos amis, notre famille, nos voisins ? Qu’il nous fallait apprendre à regarder autour de nous, songer à stopper notre course folle, revoir nos priorités ? Que le bout de notre rue, ses fleurs et ses insectes étaient là, près de nous, mais qu'ils nous étaient parfois totalement inconnus ?

As-tu voulu nous signifier que nous devions être solidaires et responsables les uns envers les autres ? Malgré les injonctions contradictoires des pouvoirs publics et malgré l’opportunisme de certains qui ont profité de la crise ? Que les indispensables n’étaient pas ceux que l’on croyait ? Que le boulanger, l'éboueur, le conducteur de bus, l'épicier, l'infirmier, le maraicher, l'enseignant, l'auxiliaire de vie (et j’en oublie beaucoup) étaient plus importants que des tas d’autres métiers bien mieux payés et bien plus valorisés ? Que dans cette crise nous devions réapprendre à partager ?

As-tu voulu nous dire que nous avions besoin de nature et de culture ? Un besoin inconditionnel d’être ensemble, de rire, de chanter, de danser, d’échanger ? Une inclination naturelle pour admirer le bleu du ciel, s’allonger dans l’herbe, sentir l’odeur de la terre après la pluie, de contempler les oiseaux et d’écouter le chant du ruisseau ?

As-tu voulu nous indiquer que nous étions responsables de ta venue ou au moins de ton ampleur et de ta longévité ? Es-tu née dans un laboratoire, dans un élevage intensif ou ailleurs ? Est-ce que la mondialisation, les voyages incessants et présentés comme indispensables sont la raison de ton adaptation ? Est-ce que notre impatience, notre manque de discernement sont à l’origine de tes mutations ? Est-ce que l’argent te nourrit, toi aussi ?

Chère Covid, j’avais besoin de te demander tout cela car tu es peut-être le pur fruit du hasard, mais en tant qu’être humain, même si je ne peux pas tout comprendre, je peux toujours apprendre : de mes erreurs, de mes difficultés, de mes joies et de mes peines. Du vivant qui m’entoure et dont tu fais, malgré moi, malgré nous, aujourd’hui partie.

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