Les princesses n’existent pas, Cendrillon non plus

Il faut cesser de lire ces inepties en particulier aux petites filles et à tous les enfants en général. Ils ne tomberont pas amoureux au premier regard, ils ne se marieront pas le lendemain de leur rencontre et ils ne vivront pas heureux avec de nombreux enfants jusqu’à la fin de leurs jours.

 © Walt Disney Cendrillon © Walt Disney Cendrillon

Hier, une petite fille fêtait ses 6 ans. Son père ne lui avait pas téléphoné et sa mère continuait de faire comme s’il n’avait jamais existé. Cette mère qui lui lisait souvent Cendrillon le soir.

Une histoire que cette petite fille n’aimait plus, à laquelle elle ne croyait plus et qu’elle ne comprenait plus.

C’était pour cette raison qu’elle avait inventé une autre histoire, une histoire qui ressemblait aux histoires des adultes, une histoire avec une autre Cendrillon et avec un autre prince charmant.

Dans cette histoire il y avait un prince charmant qui ne revenait pas faire essayer l’autre pantoufle de verre.

Dans cette histoire il y avait un prince charmant qui laissait la princesse et sa fille devant un carrosse transformé en citrouille.

Dans cette histoire Cendrillon et sa fille étaient obligées de rentrer à pied ou de faire du stop. La pantoufle de verre avait trouvé un pied auquel il seyait à merveille et le prince avait demandé à Cendrillon de rendre l’autre chaussure.

Le prince vécut heureux et eut d’autres enfants mais avec l’autre princesse.

Cendrillon ne fut pas la boniche de sa marâtre et de ses demi-sœurs puisqu’elle avait un travail, elle ne fut pas en haillon puisqu’elle pouvait s’acheter des vêtements.

Les villes étaient comme ça, truffées de princes en fuite vers de nouveaux horizons, de princesses qui avaient plein d’autres paires de chaussures et de petites filles qui ne voyaient plus leur papa.

Pour ses 6 ans, cette petite fille aurait simplement voulu que son père rentre à la maison.

A la place sa mère lui offrit un chiot. La petite fille se demanda pourquoi car elle avait toujours entendu sa mère dire qu’elle n’aimait pas les animaux et que les chiens étaient trop salissants.

La petite fille toucha le pelage blanc du chien, il était moins doux que celui des chats. Le chiot tremblait et la petite fille lisait, dans ses yeux suppliants, la honte d’avoir été abandonné. Elle devinait le même trou dans le ventre que le sien, peut-être plus grand encore parce qu’il n’avait plus de papa ni même de maman.

Il fallait lui trouver un prénom. La petite fille décida de l'appeler Citrouille.

La petite fille pensa également à Blanche-Neige qui faisait à manger, lavait la vaisselle et nettoyait la maison des sept nains. Cendrillon avait heureusement un physique avantageux qui lui avait permis de sortir de sa misérable condition de boniche. Et Raiponce, qui faisait office de princesse moderne, se défendait, seule, mais avec une poêle. De plus, elle était contrainte de passer un temps fou à brosser son immense chevelure magique, peut-être, mais pas franchement pratique.

Le soir de ses 6 ans, dans son lit, la petite fille décida, qu’elle ne serait pas une princesse, elle aurait les cheveux courts car elle n’aimait pas les coiffer, elle ne danserait pas en tutu pour le spectacle de danse de fin d’année. A la rentrée, elle ferait du judo comme elle en avait toujours rêvé. Avec un chiot il ne serait plus question de robes avec lesquelles on ne peut pas courir, mais de pantalons qu’on a le droit de salir.

Elle parlerait de tout ça, demain, avec sa mère. Et pour les livres, plus question de contes de princesses. Bientôt, elle saurait lire et il faudrait aller voir ce qu’on pouvait trouver d’autre à la médiathèque.

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