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Billet de blog 2 déc. 2014

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Qui a tué le m6r ?

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Le m6r est mourant. Il n’est pas encore né qu’il agonise déjà. Il aura fallu une petite semaine pour décider de son sort. Si la mort clinique n’a pas encore été déclarée, il reste peu d’espoir qu’il connaisse autre chose qu’un état végétatif. Comme il en est de tous les êtres dont l’esprit est déjà parti ailleurs. L’enthousiasme a été balayé par l’aigreur, l’esprit de dialogue par le sectarisme le plus étriqué, l’élan démocratique par le procès en sorcellerie. L’amour est morte, et l’âme s’est enfuie.

Pendant ce temps, le mafioso qui voulût être roi renaît de ses cendres, la –véritable- peste brune paraît plus assurée que jamais de sa victoire finale, la collusion incestueuse entre politique et finance atteint des sommets. Notre écosystème se délite inexorablement ; le monde tel que nous le connaissons est au bord de l’effondrement. Mais qu’importe : pour ceux qui ont tué ce mouvement, l’essentiel est sauf : préserver le m6r de tout ce qui est étranger à leur pensée.

En effet, là, comme ailleurs, le syndrome « antifa » a encore frappé. Il a suffi d’un billet pour qu’un véritable procès en sorcellerie se déclenche, suscitant des réactions de plus en plus exacerbées, jusqu’à l’anathème final. Je parlerai moins ici du fond l’affaire –sur lequel je me suis déjà exprimé- que sur ce que j’ai pu constater cette semaine à propos du modus operandi des accusateurs publics.

Cela commençait déjà mal : une accusation en « proto-fascisme » à l’encontre de Judith Bernard et, par extension, de tous ceux qui partageaient un intérêt pour le tirage au sort. Bien entendu, tous les adversaires du TaS ne se sont pas exprimés sur ce mode agressif, et ont montré de réelles capacités de dialogue. Je les salue, les en remercie, et souhaite de tout cœur pouvoir continuer de discuter avec eux. Ce n’est pas par eux que le m6r a tourné à l’aigre. Je tiens à souligner ce point.

Il est une chose de pointer légitimement le manque de clarté de certaines positions (et notamment l’ambiguïté de celle de Chouard sur A. Soral) ; c’en est une toute autre de bâtir un procès d’intention de la plus mauvaise foi qui soit, dont l’acte d’accusation repose sur l’amalgame qui est une des plus infâmes formes de malhonnêteté intellectuelle qui soit, pour opérer ce qu’il faut bien qualifier de putsch au sein du m6r, en appelant à la démission de Judith Bernard du mouvement, et à, je cite un internaute, « faire le ménage ». Car ce faisant, la digue s’est rompue, et j’ai pu être témoin de réactions assez consternantes. Ainsi une abonnée sommant JB de s’expliquer sur le fond de l’affaire, sur un ton de procureure ; des procès d’intention en série ; le summum ayant été atteint lors d’un échange avec un internaute sur mon précédent billet déclarant ouvertement qu’il assumait l’expression « faire le ménage », et que, pour résumer rapidement, cela ne l’intéressait pas de discuter avec ceux qui ne partageaient pas ses idées. Toute personne un tant soit peu attachée au concept de démocratie devrait frémir en lisant cela.

Bien sûr, tous les adversaires du TaS n’ont pas sombré dans ces excès ; mais comment désormais faire vivre un mouvement dans une atmosphère de suspicion rampante, et devant tant d’aigreur accumulée ? Un autre internaute exprimait que « s’engueuler fait partie de la démocratie ». Pourquoi pas. Mais nous n’en sommes plus au stade de l’engueulade. Nous nous sommes déjà lancé la vaisselle à la figure, la maison est sens dessus dessous, et beaucoup, écœurés, s’en vont pour ne plus revenir. On pourrait leur dire de ne pas se laisser faire, et de résister à cette offensive. A quoi bon, en vérité ? Comme je l’ai dit, l’esprit malsain qui a soufflé cette semaine a rendu toute réconciliation impossible.

Car, en fin de compte, l’internaute que j’ai mentionné avait raison : le débat démocratique n’intéresse pas ces gens-là. Tout ce qui est étranger à leur pensée, à leur conception du monde, doit être banni, chassé de la surface de la terre. Le dialogue est pour eux un danger ; car cela peut être un vecteur de contamination. Si vous refusez de condamner l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme qui a parlé à un facho, vous êtes déjà contaminé. En vérité, rien ne trouve grâce à leurs yeux que l’exacte copie de leur propre personne.

Et il est inutile d’essayer de leur faire comprendre la nature-même de la démocratie dans une grande nation : on peut y être en effet amené à devoir dialoguer avec des gens qui ne sont pas d’accord avec vous, qui ne partagent pas les mêmes idées ou la même vision du monde. Ce qui importe, pour faire nation, c’est une aspiration commune. Si cette aspiration n’est pas au rendez-vous, alors il faut effectivement chasser la poussière de ses sandales et aller voir ailleurs. Mais dans le cas contraire, refuser le dialogue, c’est tout simplement refuser l’idée même de démocratie. Et la « Vigilance antifa » ne devient alors qu’un prétexte de mise en accusation permanente de tous ceux qui sont seulement soupçonnées de ne pas partager leur vision du monde à la virgule près.

On serait alors tenté de leur signifier qu’ils ressemblent furieusement à ceux qu’ils prétendent combattre ; mais c’est une autre image qui me vient à l’esprit : celle de salafistes antifa. Et ces intégristes ont réussi à anéantir ce qui aurait pu être une étincelle de renouveau démocratique. Je gage qu’ils ne se priveront pas non plus de détruire la prochaine, et celle d’encore après, jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

Lorsque tout sera perdu, et que les générations suivantes –puissent-ils nous pardonner- me demanderont pourquoi rien n’a été fait pour empêcher le désastre, je prendrai bien soin de les mentionner en premier dans la liste des coupables.

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