Du bon usage du M6r

En des temps de grande confusion idéologique, rien n’est plus difficile que de rassembler des gens sur une base commune. Il m’avait semblé un temps que le m6r (dont je suis signataire) portait en lui la possibilité de dépasser les clivages que nous pouvons connaître non seulement à gauche mais plus largement parmi tous ceux qui ne se retrouvent pas dans le système politico-économique tel que nous le connaissons aujourd’hui, sans pour autant en discerner tous les aspects, et qui peuvent se fourvoyer dans les moyens de lutte comme dans l’analyse des causes. Je constate qu’il n’en est rien, et qu’aujourd’hui comme hier, les vieilles attitudes et divisions ne sont pas longues à refaire surface. Témoin cette dispute, surréaliste à première vue, entre Judith Bernard et Pascale Fautrier, faisant en réalité écho à la foire d’empoigne que se livrent depuis plusieurs mois maintenant partisans et adversaires du tirage au sort.

 

Il me faut évidemment, avant toute chose, clarifier ma position et expliquer d’où je parle. J’ai été membre du PG, entre 2009 et 2011. J’ai eu l’occasion de participer aux premières campagnes du Front de Gauche, ainsi qu’aux élections de 2012, même si je me tâtais déjà pour renouveler ma cotisation. J’ai pris la décision de ne pas la renouveler, sans pour autant prendre mes distances avec le combat mené par J.L. Mélenchon. Il se trouvait simplement que je ne me retrouvais plus tout à fait dans la vision du monde de nombre de mes camarades. Et je dois dire que le billet de Pascale Fautrier m’a rappelé bon nombre des raisons pour lesquelles j’ai pris cette décision.

Pour compléter cette succincte fiche-cuisine, je précise également que j’ai pour ma part entamé depuis quelque temps maintenant une réflexion personnelle sur l’adaptation des institutions athéniennes à notre pays, et des limites inhérentes à ce genre d’exercice ; et ce, avant d’avoir connaissance des travaux de Chouard à ce sujet (que j’avais un peu oublié après 2005). Il s’agit donc ici d’un billet deux-en-un (pour reprendre une expression chère à la propagande publicitaro-trouducutale de naguère) : apporter ma modeste contribution au débat sur le TaS, et préciser ce qui, à mes yeux, est bel et bien cause de l’agonie d’une certaine gauche.

 

1. Le TaS comme outil de service civique obligatoire.

 

J’ai conscience de ce que la formulation ci-dessus peut avoir de caporaliste. Pas de panique, je m’explique.

M’étant un jour interrogé sur la désaffection des citoyens pour la chose politique (abstentionnisme, vote de ras-le-bol plus que de conviction, désintérêt non pas tant pour la vie politicienne que pour la façon dont nos vies sont gérées), je m’étais alors fait la réflexion suivante : la démocratie athénienne ne fonctionnait que dans la mesure où, le corps des citoyens, ultra-minoritaire (30000 à 40000 citoyens pour une population de 300 000 habitants en moyenne), débarrassé de la plupart des tâches domestiques (confiées aux femmes et aux esclaves), leur charge de travail réduite au minimum, pouvait consacrer une large part de son temps à l’exercice de la politique.

Aujourd’hui, en revanche, pris par les exigences de leur travail et de leur famille, la plupart des citoyens passent leur vie à subir les décisions politiques sans jamais y participer, et sans même concevoir qu’ils puissent y participer. Cela, couplé avec la constitution d’une caste de décideurs politiques de plus en plus hermétique, et de plus en plus coupée non seulement des aspirations de leurs concitoyens, mais aussi de ce que peut être leur vie. Bref, dépourvue de tout sens du Bien Commun.

J’ai alors pensé à une institution particulière d’Athènes, en l’espèce la Boulè. Il s’agissait en quelque sorte de la Chambre Haute de la démocratie Athénienne, dans laquelle siégeaient des citoyens tirés au sort. Et la chose était organisée de telle sorte que chaque citoyen était assuré d’être un jour bouleute, au moins une fois dans sa vie. Il s’agissait d’un rite civique, de la même manière que l’éphébat, équivalent antique du service militaire, était un rite d’entrée dans l’âge adulte. Et il m’est alors venu à l’esprit que pour faire renouer le peuple avec le politique, une dose de « service politique » pourrait se montrer bienvenue.

On aura alors beau jeu de me rétorquer qu’il serait techniquement difficile de faire passer 40 millions de citoyens à ce genre de moulinette. Of course. Mais rien n’empêche de décliner l’idée au niveau local : un jury de citoyens tirés au sort peut, à mon sens, prendre des décisions au niveau départemental, cantonal, ou municipal, au moins aussi bien que ne le feraient des conseils locaux parfois plus soucieux de gérer leur clientèle que de veiller au bien-être de leurs administrés. Bien entendu, des citoyens ordinaires peuvent ne pas être au courant de toutes les subtilités de telle ou telle question, et verser dans des chausse-trappes que des élus informés auraient évitées. Je tiens ici à préciser à titre d’exemple que dans mon département (la Charente-Maritime pour ne pas le nommer), il existe bon nombre d’élus absolument incompétents pour la charge qu’ils exercent, et qu’un collectif tiré au sort ferait certainement moins de dommages que ces édiles. Rien n’empêche que ces jurys prennent les décisions non pas seuls, mais aux côtés d’élus expérimentés. Aux côtés de, pas en dessous de.

Et rien n’empêche non plus de décliner la chose au niveau national. Il serait bien entendu impossible, pour le coup, d’établir une Chambre assez importante pour que tous les citoyens de ce pays puissent y participer. L’objection se dissout assez vite ici : tous ne voudront tout simplement pas ! De la même manière que peu se sentent transportés d’enthousiasme à l’idée de faire partie d’un jury d’assises. La sélection pourrait se faire sur un critère tout simple : ceux qui ont déjà participé à un jury local, et veulent poursuivre l’expérience, pourraient faire partie des gens susceptibles d’être tirés au sort pour faire partie de cette Chambre.

Les contempteurs du TaS évoquent alors le risque de voir de véritables illuminés participer aux décisions politiques. Il est vrai qu’avec notre système actuel nous sommes parfaitement à l’abri d’un tel péril. Notre personnel politique peut d’ailleurs se vanter d’accueillir de vraies lumières de la pensée : Christian Estrosi, Nadine Morano, Marion Maréchal-Le Pen, Christine Boutin ou encore Hervé Mariton, sans oublier bien sûr Hervé Marty McFly Morin, tous font en effet honneur à la représentation nationale.

Il reste bien évidemment des obstacles, des diables se cachant dans les détails, comme dans tout processus politique. Je dis qu’aucun de ces obstacles n’est insurmontable. Car il est, je crois, temps de cesser de placer l’élu sur un piédestal, et d’ériger la représentation comme le nec plus ultra de l’institution démocratique. J’y reviendrai.

 

2. Fautrier-Bernard : Retour vers le futur

 

Car il me faut maintenant évoquer l’impression fort désagréable que j’ai eue en parcourant les échanges entre Judith Bernard et Pascale Fautrier. Et notamment le billet de cette dernière en date du 24 novembre. J’ai eu le sentiment de voir résumées toutes les raisons pour lesquelles j’ai pris mes distances avec le PG, et nombre de ses militants. Pas tous, je m’empresse de le préciser. Mais un nombre assez important tout de même.

 

Je dois dire sans grande joie que j’ai vu dans ce billet moins de véritable réflexion sur le fond qu’une suite de procès d’intentions, et d’accusations très dures et totalement injustifiées. Alors examinons cela.

 

Je dois préciser d’emblée que j’ai de l’estime pour Etienne Chouard, pour le travail remarquable qu’il a fait en 2005, et que je suis d’autant plus peiné de ce que je tiens pour un manque flagrant de clairvoyance de sa part quant au personnage de Soral. Ce qu’Etienne n’a pas l’air de comprendre, c’est que ce n’est pas parce nous avons un ennemi en commun que nous menons le même combat. L’attitude d’EC est donc chagrinante, en ce qu’elle montre donc un manque de réflexion sur ce sujet. PF aurait pu s’arrêter là, et tout le monde aurait été d’accord. Malheureusement, ça dérape.

 

S’en suit une démonstration alambiquée qui, et j’en suis navré, reprend exactement la même méthodologie d’une certaine presse lorsqu’elle veut s’en prendre à Mélenchon ou d’autres personnalités du PG : amalgames douteux et procédés malhonnêtes.

Première étape : EC est décrit comme « draguant l’extrême-droite », « à l’instar de certains membres du PG ou du M6r ». Non seulement le lien de cause à effet est douteux, pour les raisons que j’ai évoquées plus haut, mais il permet en plus d’englober dans la condamnation tous ceux qui, de près ou de loin, ne condamneraient pas de façon univoque EC. En tant qu’enseignant d’Histoire, j’ai un peu trop l’habitude de ce genre de procédés pour ne pas le reconnaître aussitôt : c’est un acte d’accusation politique, et, lâchons le mot, de chasse aux sorcières. Staline a usé de ce genre de procédés, Mac Carthy en a usé également. Poursuivons.

La porte serait donc ouverte aux fascistes, via Chouard et donc Judith Bernard, englobée dans l’opprobre. Et à leur suite, tous les sympathisants des propositions d’EC. Vous suivez toujours ?  Il y a plus.

Critiquant l’incurie de la classe politique dans son ensemble, ils se retrouveraient donc dans le « tous pourris », rejoignant ainsi l’anti-parlementarisme qui est effectivement la marque de fabrique de l’extrême-droite. Sauf que le raccourci n’est pas honnête. A moins de considérer que déplorer l’autisme et la corruption d’une large part de notre système politique procède de l’anti-parlementarisme, un peu comme la presse de révérence accuse Mediapart de participer au « tous pourris » lorsqu’elle révèle des scandales politiques, ou Mélenchon de populisme lorsqu’il parle de redonner le pouvoir au peuple. Ce ne serait donc pas la corruption, mais la dénonciation de celle-ci qui nourrirait le fascisme ? Voilà qui me paraît dangereux.

PF a beau jeu de fustiger la « non-pensée molle d’un Chouard » ; à la lire elle, c’est un autre concept qui me vient à l’esprit : celui connu familièrement comme « marabout-bout-de-ficelle ». Et j’ai éprouvé un étrange sentiment de déjà-vu. Cela m’est revenu après coup : je revoyais alors les tirades de Philippe Val, sur le même ton de vertu courroucée, dénoncer le « négationniste Noam Chomsky », usant de tous les procédés que la malhonnêteté intellectuelle a pu élaborer dans l’Histoire. La ressemblance est un peu trop frappante pour je puisse l’évacuer d’un revers de main. D’autant que les autres billets d’elle que j’ai pu lire montraient plus de profondeur intellectuelle que les saillies de l’histrion susmentionné. A mon sens, PF vaut mieux que cela.

 

3. Du principe de réalité (et de ses inconvénients tout aussi réels).

 

La suite de l’argumentaire de PF, s’il est tout à fait juste dans ses constats, m’attriste également, pour d’autres raisons. Ici, ce n’est pas particulièrement l’auteure qui est en cause qu’un certain état d’esprit que j’ai pu voir au PG et qui me semble particulièrement contre-productif. PF illustre sa position défavorable au tirage au sort de la manière suivante : « on est tiré au sort et non élu sur un discours, défendant un programme ». A l’heure actuelle, donc, un élu serait désigné de cette manière. Et vouloir un autre processus de désignation serait anti-démocratique. Cela ressemble à mes yeux à ce que Kant dénommait « concept de la raison pure » : admirable quant à ses intentions, d’une pureté argumentative cristalline, et… dépourvu du moindre rapport avec la réalité. Et c’est à mes yeux symptomatique d’un travers universel mais assez partagé à gauche : celui du déni d’un principe simple, prendre les gens et les choses pour ce qu’ils sont, et pas comme l’on voudrait qu’ils soient. Effectivement, les choses devraient se passer ainsi que PF le décrit. Mais il faudrait avoir passé les quarante dernières années dans une grotte pour se figurer que ce fût encore le cas aujourd’hui. En France, en 2014, on est élu parce qu’on passe bien a la télé, parce qu’on dit beaucoup de chiffres (ça fait sérieux), parce qu’on a le soutien de la presse de révérence (un vilain réflexe fascisant a failli me faire dire le PPA), etc. Pas sur un programme !

Pourquoi ? Parce que la majorité des citoyens n’a plus les outils intellectuels pour y comprendre quoi que ce soit. C’est triste à dire, mais c’est la vérité toute nue. Je peux le constater tous les jours : en écoutant les discussions de supermarché, au contact de mes élèves-stagiaires (lesquels sont des adultes dans leur grande majorité), partout. Et j’ajouterai même : tout est fait pour qu’ils n’y comprennent rien ! Comment peut-on comprendre un programme tel que « L’Humain d’Abord » si l’on n’a pas les bases et les connaissances nécessaires pour savoir à quoi il s’attaque ?

C’aurait du être le rôle de l’école d’apprendre aux enfants et aux adolescents à réfléchir par eux-mêmes et ne pas se laisser baratiner par la propagande quotidienne : c’est exactement le contraire qui s’y passe, je parle en connaissance de cause.

C’eût dû également être le rôle de la presse d’éclairer le public par des informations justes et intelligentes, sur des sujets pertinents. Là encore, c’est tout le contraire qui se passe.

Et que propose-t-on ? Je cite encore PF : « ne pas prendre les gens pour des cons, c’est cela : leur dire franchement qu’ils nourrissent le fascisme qui vient et qui est déjà partout. » En d’autres termes : rassurer les gens en leur expliquant qu’ils ne sont pas cons (toujours ça de pris !)… mais tout simplement des suppôts du fascisme !

Ouaip. Voilà voilà voilà. Pas de doute, ça va faire bien avancer le schmilblick.

 

J’ai bien conscience qu’il serait malhonnête de ma part de sortir cette citation sans le contexte qui précède : une explication en bonne et due forme des causes de notre malheur économique et politique d’aujourd’hui. La démonstration de PF est impeccable. Chances de la placer de but en blanc dans la vie quotidienne : Epsilon, pour ne pas dire zéro. Parce que, comme je le répète, non seulement beaucoup de gens n’ont pas, ou plus les outils pour comprendre ce genre de démonstration, mais ils n’ont pas une folle envie d’entendre une conférence ! Ce problème n’est pas nouveau ; il avait été souligné en son temps par Franck Lepage dans ses premières conférences, en utilisant la métaphore de la culture de tomates. On commence par évoquer la mutation du capitalisme dans les années 1980 (bâillements dans la salle), la financiarisation de l’économie (15 personnes viennent de se barrer d’un coup), la paupérisation grandissante de la majorité de la population (il reste 5 personnes), la mainmise des puissances d’argent sur le système médiatique (l’une des deux dernières personnes à être restée commence à ronfler un peu trop fort), pour finir sur la prise en otage du politique par les actionnaires anonymes (euuuh… y’a encore quelqu’un ?).

Evidemment, face à cela, les théories simplistes et délirantes (en plus d’être racistes, phallocrates, antisémites et fascisantes) d’un Alain Soral n’ont pas de mal à séduire. Pourquoi ? Parce qu’il propose une vision du monde délirante, mais qui présente les apparences (je dis bien les apparences) de la cohérence. Et là est le problème : de nombreuses personnes sont à la recherche d’outils pour comprendre le monde d’une part, d’autre part pour le rendre plus supportable. Et on viendrait leur annoncer la bouche en cœur que ce sont d’indécrottables fascistes ? Succès garanti. Alors qu’il devrait être de notre devoir non pas de les braquer en leur jetant l’anathème, mais de leur expliquer en quoi Soral se paye leur tête.

Parce qu’il y a un distinguo à faire. Il faut à mon sens renoncer à argumenter face au frontiste ou au facho de base : on aura beau s’acharner à expliquer par exemple que la fraude aux prestations sociales ne vaut pas un millième de la fraude sociale, ou de la fraude fiscale, il vous répondra en vous citant le beau-frère du cousin du garagiste de sa petite cousine qui lui-même a un voisin qui roule en 4x4 grâce au RSA ! (et comme par hasard, c’est un basané). Inutile de perdre son temps avec cette clientèle-là.

Mais ce n’est pas ceux-là qui sont séduits par Soral (il y en a, certes, mais pas tant que cela). Lui attire davantage des gens qui ne sont pas dépourvus de connaissances, mais qui n’ont pas eu l’occasion de se voir présenter une grille de lecture du monde pertinente. La faute à qui ? Ecole, télévision, mais aussi l’attitude psychorigide de gens de gauche plus prompts à jeter l’opprobre qu’à expliquer.

Alors expliquer comment, du coup ? Trois règles : progression pédagogique, des images et des métaphores adaptées, et une bonne dose d’humour. La conférence gesticulée est un bon exemple d’application de ces règles ; il y en a d’autres. Le recadrage est également un bon outil : lorsqu’on se retrouve confronté à un discours du type « C’est pas normal qu’avec les allocs tu touches autant qu’un smicard », va-t-on répondre « c’est mal ce que tu dis » ? Ou encore « tu fais le lit du fascisme en disant cela » ? Nul doute que votre interlocuteur se flagellera de honte. Une approche plus productive serait d’abord de comprendre la colère qui émane de ce discours –et qui est largement justifiée-, mais en renversant la proposition : « Est-ce-que tu trouves normal qu’en travaillant comme un chien, tu touches à peine plus que ce que les allocs te donneraient ? ». Il y a peut-être meilleure façon encore de s’y prendre ; mais en tout état de cause, le pharisaïsme est à proscrire absolument.

Il s’en suit également que les images tels que « le peuple contre l’oligarchie », ou « les 99% contre les 1% », si elles n’ont bien sûr pas de grande richesse argumentative, permettent de mettre un nom à ce que l’on ressent, et de fournir une bonne porte d’entrée lorsqu’il s’agira, plus tard, d’en venir à des explications plus techniques. Les mépriser, les tenir pour nulles ou les ignorer lorsqu’on tente d’expliquer le monde, c’est faire preuve de psychorigidité et d’un bien mauvais sens de la pédagogie. Je ne pense pas qu’à l’heure actuelle, nous ayons les moyens de faire les fines bouches.

Et il y a une autre manière également de faire reculer cette « malconnaissance » : par l’exemple, en instaurant le service politique obligatoire que j’ai mentionné ci-dessus. Ce serait alors l’occasion pour bon nombre d’ « âmes perdues » de connaître ce que sont les contraintes que connaît le politique de l’intérieur, plutôt que de s’en faire une image fantasmée produite par les médias aux ordres ou par les crypto-fascistes.

 

Et enfin, il va falloir cesser une bonne fois pour toutes de s’interdire d’utiliser certains termes, ou d’aborder certains sujets pour la seule raison qu’ils le sont déjà par Marine Le Pen ou Alain Soral. PF fustige EC pour utiliser le terme de « ploutocrates » ou de « ploutocratie ». C’est vrai, le terme était utilisé par les propagandistes du Troisième Reich pour désigner les capitalistes anglo-saxons. Pour autant, « ploutocratie » ou « pouvoir de l’argent » ne me semble pas un terme déraisonnable pour parler de notre situation actuelle. L’extrême-droite a toujours critiqué la finance : « mondialiste », « cosmopolite », pour ne pas dire « juive ». Doit-on alors être condamnés à gauche à ne plus critiquer la finance ? C’est absurde, et pour reprendre l’expression de F. Lordon qui avait déjà eu l’occasion de clarifier les choses sur ce sujet, « si la gauche continue à faire cela, on va rapidement se retrouver à poil ». Doit-on être considérés comme proto-fascisants parce que nous avons voté « non » en 2005 ? C’est exactement l’argumentation des journalistes aux ordres face à Mélenchon !

Alors, de grâce, n’ayons pas peur de nous réapproprier les mots. Ils ne sont pas la propriété de ces gredins.

 

Il me faut finir, et je voudrais également dire ceci, particulièrement à Annie Lasorne et tous ceux qui seraient tentés de jeter l’éponge et se désinscrire du m6r. Ce à quoi nous assistons en réalité, c’est à une tentative de « faire le ménage » de la part de ceux qui ne voudraient pas d’un m6r qui échappe à leur contrôle. Le procès politique est le meilleur moyen de le faire, en disqualifiant ou en décourageant. Il importe de ne pas se laisser faire ; le m6r est la propriété de tous ceux qui veulent s’y impliquer, pas l’exclusive de quelques apparatchiks.  Face à cette offensive, il ne s’agit pas de se décourager, mais de résister. Restez, Annie, on aura besoin de gens comme vous !

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