"C'est à ta photo posée sur la table que j'ai souhaité bonne fête papa..."

  Lettre de Sahel, 10 ans, à son père condamné à mort pour avoir participé aux manifestations contre la dictature théocratique en Iran.

 

 

Lettre de Sahel, 10 ans, à son père condamné à mort pour avoir participé aux manifestations contre la dictature théocratique en Iran.

 

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Mon papa adoré :

J'espère que tu vas bien.

Aujourd'hui c'est encore un de ces jours où tu n'es pas à mes côtés. A chaque fois que tu me manques j'écris une lettre ou je regarde la montre bleue que tu m'avais achetée pour mon anniversaire pour voir que pendant ton absence le temps passe si vite, je grandis et que ma taille augmente de jour en jour.

 

Aujourd'hui c'est la fête des pères, nous t'avons acheté des cadeaux et fait une célébration mais ça fait six mois que tu n'es plus là, alors j'ai mis ta photo sur la table, c'est à elle que j'ai souhaité bonne fête et c'est avec elle que j'ai parlé. J'espère que des anges bienveillantes t'apporteront nos voeux pour la fête des pères.

 

Mon papa adoré, notre fête d'aujourd'hui aussi a été gâchée par les pleurs de maman. Il y avait plein d'émissions à la télé à l'occasion de la fête des pères, mais moi je n'ai pas pu les regarder : ils montraient tout le temps des enfants qui offraient des fleurs à leur père, avec des voeux, ils parlaient et étaient joyeux et heureux. Ils n'ont pas pensé un instant à nous les enfants qui n'avons pas nos pères auprès de nous et c'est pour ça que j'étais très bouleversée et j'ai éteint la télé.

Mon papa adoré, j'ai juste un voeu et c'est que tu reviennes et que tu restes avec moi pour toujours.

Je t'attends et veux que tu reviennes au plus tôt.

 

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Sahel, a été séparée de son père le 4 janvier 2010 lorsque les services secrets l'arrêtent à son lieu de travail ... le lycée de Pakdasht, un village à 30 km au sud de Téhéran. Son crime : avoir transmis un clip vidéo et utilisé son téléphone portable pendant les manifestations du 27 décembre 2009. Ce jour-là Abdolreza Ghanbari marchait dans dans les rues de Téhéran, comme des dizaines de milliers de femmes et d'hommes qui réclamaient leurs libertés fondamentales et leurs droits civiques.

 

Aujourd'hui tous ceux qui ont exprimé leur solidarité envers leur collègue sont derrière les barreaux dans la même sinistre prison, Evine, au nord de la capitale. Il reste à sa femme, elle-même enseignante, les poèmes d'amour de son homme et une longue route qu'elle parcourt tous les jours après son travail -- et quand elle le peut avec ses deux enfants Sahel et Ehsan -- pour trouver consolation derrière les portes fermées de la prison en se sentant un peu plus proche de son bien-aimé.

 

L'atrocité du régime iranien le dispute plus que jamais à son obscénité : le "Guide" A. Khamenei condamne la répression des manifestants égyptiens et tente de récupérer leur mouvement, tandis que les violations des droits humains font rage en Iran et que sous ses ordres la vague des exécutions ne cesse de s'accélérer avec plus de 120 pendaisons en six semaines.

Pétition en ligne : ici.

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