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Billet de blog 15 avril 2009

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Les universités américaines face à la crise

On a souvent rappelé, à juste titre, les mérites des meilleurs campus américains, publics ou privés, tout en généralisant, à tort, leurs performances à l'ensemble des universités dont pourtant environ 80% restent d'un niveau extrêmement faible.

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On a souvent rappelé, à juste titre, les mérites des meilleurs campus américains, publics ou privés, tout en généralisant, à tort, leurs performances à l'ensemble des universités dont pourtant environ 80% restent d'un niveau extrêmement faible.

On a aussi souvent érigé, à tort et en les déformant, le système de gestion des universités US, leur capacité de capitatlisation de ressources propres (endowments) et la compétition inter-universitaire en matière de recherche comme les facteurs prépondérants de leur succès... et comme seuls remèdes pour sauver les universités françaises, de fait totalement délaissées par l'Etat au profit des grandes écoles.

On oubliait déjà que de plus en plus d'étudiants américains, plus des 2/3 aujourd'hui, devaient s'endetter pour payer leurs études et démarrer leur vie professionnelle avec un boulet au pied. On ne parlait que très rarement de la multiplication en parallèle des projets due aux pratiques d'imitation --à l'image de la bourse-- dans certains domaines de recherche (notamment la biologie) dès la publication des prémices d'une idée; pratiques motivées par la compétition acharnée des équipes pour l'obtention des crédits de recherche sur

projet, en l'absence d'une véritable politique scientifique définie par des instances scientifiques.

L'idéalisation/simplification/distortion de ce modèle qui accompagne son importation forcée en France, escamote à l'inverse des aspects aussi importants que les systèmes complexes de contre-pouvoir qui permettent d'assurer l'équilibre des pouvoirs au sein des universités, ou

l'évaluation des enseignants et chercheurs et des projets par les pairs et des instances indépendantes --aux antipodes des "réformes" actuelles visant à la concentration des pouvoirs par les présidents, et à la domination des conseils et instances de décision à tous les niveaux par des membres nommés...

Voici un reportage très intéressant sur le système universitaire américain (http://www.rfi.fr/radiofr/editions/072/edition_19_20090411.asp#2) qui en révèle les failles profondes en cette période de crise.

On y apprend entre autres que les frais de scolarité ont flambé depuis les années 90, trois fois plus vite que l'inflation, laissant sur le seuil des facultés un nombre toujours plus important d'étudiants d'origine modeste, et ce malgré les bourses d'étude.

On comprend aussi que dans ce contexte, les effets de la crise n'en ont été que plus forts: gel d'embauches et de salaires; suppression des heures d'enseignement pour les doctorants/assistants de cours qui doivent se tourner vers des petits boulots. Or, par temps de crise, les restaurants n'embauchent guerre et les banques ne prêtent plus; les bars semblent par contre plus remplis...

Pour limiter la casse, le gouvernement fédéral propose des prêts à taux zéro aux étudiants: il s'engage en fait à verser de l'argent aux organismes préteurs pour qu'ils continuent de prêter aux étudiants, et il paie les intérêts de ces emprunts (n'est pas explicitement dit dans l'émission). Cherchez l'erreur: les étudiants continuent de s'endetter pendant que le contribuable américain paie des intérêts et que les universités, aux dotations certes colossales, perdent des milliards en bourse: Columbia vient de perdre 1 milliard de dollars sur ses fonds propres, Harvard 8 milliards de dollars; et les professeurs passent un temps fou dans des réunions de gestion... de crise.

Autant les universités les plus riches semblent avoir les reins encore suffisamment solides du fait de leurs réserves financières importantes (voir http://www.ofce.sciences-po.fr/clair&net/clair&net-64.htm), autant les moins dotées risquent d'y laisser plus que des plumes (oubliées comme d'habitude dans l'analyse sous le lien précédent).

Des conséquences d'un système qui fait dépendre la vie et le devenir des universités --c'est-à-dire des étudiants, des hommes et femmes qui y travaillent et le futur de leur société-- des soi-disant "lois" du marché.

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