Contestations et répression violente en Iran, deux ans déjà...

 Cela fait deux ans que A. Khamenei, le "guide" de la révolution islamique et ses miliciens ont brisé les rêves de toute une génération, et tenté d'étouffer son aspiration à la liberté.
Paris Flashmob to mark two years since #IranElection - June 2011 © united4iran
Paris Flashmob to mark two years since #IranElection - June 2011 © united4iran

 

Cela fait deux ans que A. Khamenei, le "guide" de la révolution islamique et ses miliciens ont brisé les rêves de toute une génération, et tenté d'étouffer son aspiration à la liberté.


 

Deux ans que M. Ahmadinejad, le président non-élu de la "république" islamique est au pouvoir suite à un coup d'état électoral. Deux années d'une fraude massive qui ne faisait aucun doute pour une grande majorité d'Iraniens, mais aussi pour les observateurs avertis de la situation iranienne. Deux années d'une fraude niée à l'intérieur ou à l'extérieur, par les acolytes, par ceux aveuglés d'oeillères idéologiques, ou ceux payés grassement en pétrodollars.

 

Cela fait deux ans qu'un mouvement civique sans précédent, le mouvement vert, a vu le jour en Iran.

Deux ans que des millions d'Iraniens ont marché pacifiquement dans les rues de Téhéran, mais aussi beaucoup d'autres villes, et réclamé leurs votes, pour recevoir en réponse des balles réelles.

 

Deux ans qu'une jeune femme de 27 ans emplie de vie, de sourire et d'espoirs, Neda, fut atteinte par une balle en plein coeur et perdit sa vie en 120 secondes.

 

Deux ans que Parvin Fahimi, la mère de Sohrab Arabi -- 19 ans, disparu lors d'une manifestation, tué par balles -- comme "les mères en deuil" de quelques dizaines d'autres manifestants, tente d'obtenir justice, et refuse de se taire.

 

Cela fait deux années que Khamenei, encore plus férocement qu'avant, lâche ses chiens-de-guerre-intérieur contre le peuple en criant au loup-de-l'ennemie-extérieur.

Deux ans que l'arsenal de propagande de l'état traite les contestataires et les opposants de marionettes manipulés de l'étranger. Comme Moubarak aura tenté de le faire croire. Comme Ben Ali ou encore Assad.

 

Deux ans que le campus de l'Université de Téhéran a été attaqué par les miliciens qui ont assassiné sous leurs coups cinq étudiants et blessé des dizaines d'autres.

Deux années que le régime emprisonne, torture et tue encore plus que par le passé, vole les corps et détourne les obsèques de peur, au nom de Dieu.

Deux années que le rythme des executions en Iran a accéléré au point d'atteindre à nouveau le rang sinistre du deuxième pays au monde en nombre absolu d'exécutions, derrière la Chine, et le premier rang en nombre rapporté à la population.

 

Deux années que les arrestations arbitraires pleuvent et que les droits de la défense sont totalement bafoués, encore plus que par le passé sombre de la république islamique.

Deux ans que Shirin Ebadi, prix Nobel de la Paix, est en exile.

Cela fait 22 mois que Nasrin Sotoudeh, avocate, a été arrêtée pour avoir défendu journalistes et autres citoyens emprisonnés pour leurs opinions. Six mois qu'elle a été condamnée à 11 ans de prison, et interdite d'exercer son métier et de quitter l'Iran pour 20 ans.

Cela fait des mois que beaucoup d'autres avocats sont sous pression, libérés sous caution puis repris et derrière les barreaux pour les mêmes crimes.

Cela fait 22 mois qu'Ebrahim Mehtari, blogger et activiste, a été kidnappé, torturé, violé et laissé pour mort avant de s'enfuir de l'Iran et de témoigner devant la commission des droits de l'homme de l'ONU.

Cela fait 16 mois que le cinéaste Jafar Panahi a été arrêté, pour être condamné à six ans de prison, et interdit d'exercer son métier, ou de quitter le pays pendant 20 ans.

Cela fait Treize mois et 11 jours que Farzad Kamangar, instituteur, travailleur social, journaliste, poète, 32 ans a été exécuté parce qu'ennemie de dieu.

Cela fait quatre mois et 6 jours que Sane Jaleh, 26 ans, étudiant en art dramatique, et Mohammad Mokhtari, 21 ans, ont été tués par balles.

Cela fait 19 jours que Haleh Sahabi, 54 ans, activiste humanitaire et féministe, a été assassinée pendant sa sortie temporaire de prison, par un coup violent des miliciens lors des obsèques de son père, Ezatollah Sahabi --homme politique ayant fait des années de prison sous le Shah et dans les geôles de la "république" islamique.

Cela fait 10 jours que Hoda Saber, journaliste, traducteur et militant politique est mort d'une crise cardiaque en prison, après avoir été battu parce qu'il faisait une grève de la faim pour protester contre l'assassinat de Haleh Sahabi.

Cela fait 5 jour que 12 prisonniers d'opinion ont démarré une grève de la faim sèche, sans limite, et sans aucune réclamation...

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Cela fait des mois que des dizaines de journalistes, étudiants, avocats, artistes, activistes, féministes, syndicalistes, travailleurs sociaux,... sont soit en prison, soit en exile.

 

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Cela fait déjà plusieurs mois que le régime iranien tente de récupérer les soulèvements en Afrique du Nord et au Moyen Orient.

Si le système de propagande du régime islamique et son "guide" A. Khamenei, ont parlé du droit à l'expression des peuples -- quel paradoxe! -- tunisien, égyptien, libyen et du Bahrein, et surtout de la révolution islamique comme l'essence même de ces mouvements, on n'entend mot sur le massacre du peuple syrien par Bachar el-Assad -- seul allié du régime oppresseur iranien dans la région, pont avancé de son ingérence et de sa manipulation au Liban. Mais cela fait déjà plusieurs fois qu'on apprend des réfugiés syriens en Turquie que les miliciens des gardiens de la révolution de Khamenei mettent à disposition d'Assad leur savoir faire en matière de répression sauvage.

 

Cela fait deux mois qu'Ahmadinejad, après avoir eu la bénédiction, le soutien sans précédent et sans failles du "guide" Khamanei et de ses mercenaires, n'a plus ses faveurs et aucune des tentatives pour étouffer la chose n'a abouti : la bataille des clans pour le pouvoir fait rage, celle pour le contrôle du ministère de l'intérieur -- ô combien important pour tirer les ficelles, même dans nos démocraties... sauf qu'en Iran ce ministère fait plus que tirer les ficelles d'une élection -- en a été un paroxysme. Cela fait quelques semaines que des proches du président usurpateur ont été emprisonnés, lui-même étant sous le feu des attaques du bureau du "guide" et de tout ceux que ce dernier engraisse.

 

Cela fait deux ans que le régime iranien a accéléré sa decente en enfer en tentant d'entraîner tout un peuple avec lui.

 

Deux années que des femmes et des hommes iraniens résistent et paient de leur vie pour la dignité et pour la liberté.

 

Cela fait deux années que manifester son désaccord, même en silence, entraîne, encore plus que par le passé, l'emprisonnement, la torture, la mort ou l'exécution en Iran.

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