Lettres de part et d'autre des barreaux des geôles iraniennes

 Voici deux nouvelles lettres "persanes", l'une, accablante, écrite par un prisonnier d'opinion, Abdollah Momeni, depuis sa cellule, qui raconte les conditions inhumaines de sa détention, et les aveux arrachés sous la torture; la seconde par Fantômette, de l'autre côté des barreaux, qui nous fait sentir l'atmosphère pesante -- due à la censure et la dictature -- mais aussi teintée de résistance, d'espoir et de vie, cet été en Iran et à Téhéran.

 

Voici deux nouvelles lettres "persanes", l'une, accablante, écrite par un prisonnier d'opinion, Abdollah Momeni, depuis sa cellule, qui raconte les conditions inhumaines de sa détention, et les aveux arrachés sous la torture; la seconde par Fantômette, de l'autre côté des barreaux, qui nous fait sentir l'atmosphère pesante -- due à la censure et la dictature -- mais aussi teintée de résistance, d'espoir et de vie, cet été en Iran et à Téhéran.

 

 

 

« Est-ce que les confessions extorquées par des méthodes si inhumaines et contraires à l'éthique sont, à vos yeux, valables ou non ? »


 

 

Dans cette lettre Abdollah Momeni s'adresse directement au "guide"Ali Khamenei, lequel a approuvé, ou plutôt, sanctifié! dans son récent sermon, les confessions des prisonniers. Voici les extraits retranscrits d'après la traduction de IranVox (www.iranvox.org), site d'information et d'analyse qui vient de naître ce mois-ci.

 

 

«Au nom de Dieu

Ayatollah Khamenei, leader de la République islamique d'Iran,

Pendant ma détention à la prison Evine, j'ai eu un jour l'occasion d'entendre votre discours à la télévision. Vous parliez del'importance de s'opposer à l'injustice et d'observer l'équité et la justice.

Ce jour-là, j'ai décidé de vous écrire en pensant que, peut-être, les informations sur la situation des prisons ne vous parvenaient pas. Peut-être ne savez vous pas que non seulement à Kahrizak [lieu de viols et de meurtres de plusieurs manifestants arrêtés...] mais aussi à Evine, les prisonniers sont privés des droits les plus élémentaires et soumis aux pires formes d'abus physiques et psychologiques destinés à briser leur identité et à leurextorquer de fausses confessions.

Alorsque je subissais avec d'autres les pires tortures pour me forcer à avouer des crimes que je n'avais pas commis, vous avez utilisé la tribune des prières de Eid-e-Fetr pour dire : « tout ce que les personnes accusées disent à propos d'eux-mêmes dans les tribunaux est crédible ».

C'est alors que j'ai décidé d'écrire une lettre pour décrire les tortures, les traitements illégaux et contraires à l'islam que j'ai reçus en prison.

J'écris cette lettre pour recevoir une réponse à cette question : « Est-ce que les confessions extorquées par des méthodes si inhumaines et contraires à l'éthique sont, à vos yeux, valables ou non ? »

J'ai l'espoir qu'une commission d'enquête fera la lumière sur ce que j'ai subi lors de mon incarcération et de mes interrogatoires.

J'apporte mon témoignage comme une personne emprisonnée par la République islamique d'Iran pendant que vous étiez au pouvoir... J'espère que ce témoignage ne provoquera pas des pressions supplémentaires et ne rendra plus difficile encore mon séjour en prison...

Je suis aujourd'hui en prison parce que j'ai été identifié comme un critique de la République islamique d'Iran... »

Abdollah Momeni rappelle ensuite ses activités de leader étudiant engagé à l'Université Allameh Tabatabaie de Téhéran entre 1996 et 2005 qui lui ont valu d'avoir passé, jusqu'à aujourd'hui, 200 jours, isolé, en cellule de confinement puis revient sur ses conditions de détention :

«Les coups, les insultes, les humiliations et les mauvais traitement sont commencé dès les premiers moments de mon arrestation. Lors demon arrestation, on a utilisé du gaz lacrymogène...Alors que respirer ce gaz dans un espace confiné m'étouffait et m'empêchait de me mouvoir, les agents m'ont roué de coups et m'ont confié à leurs supérieurs de la prison Evine avec le nez, la bouche et les dents en sang et les pieds et les mains enchaînés...Quand je disais à la vingtaine d'agents [qui étaient venus pour m'arrêter] que je me plaindrais d'eux au juge, ils répliquaient par des insultes à mon encontre et contre le juge... Et tout cela n'était, pour les agents, qu'un échauffement contre mon corps et de mon âme...

Dès le début, les agents me répétaient que le régime avait subi des fissures et me promettaient que nous allions tous être exécutés. L'attente de la réalisation de cette promesse me hantait surtout quand, à n'importe quel moment de la nuit ou du jour, l'on me déplaçait d'une cellule à une autre sans aucune explication...Pendant les 86 jours que j'ai passé seul en cellule d'isolement, je n'ai jamais vu la couleur du ciel. Pendant mes 7 mois de détention dans les sections 209 et 240 de la prison, je n'ai pu sortir que 6 fois dans la cour de la prison...

La cellule individuelle que j'occupais ne mesurait que 1,6 mètres par 2,2 mètres. La largeur de la cellule était plus petite que ma taille si bien que je ne pouvais m'étendre que dans une seule position... Un sceau métallique était posé sur le trou des égouts avec un robinet au-dessus pour que le prisonnier n'ait pas à sortir même pour faire ses besoins élémentaires... La position de cette cellule qui ressemblait à une tombe était telle que le Ghebleh (la direction de la prière) était dans la même direction que le sceau que je viens de décrire et que je ne me trouvais qu'à quelques centimètres des toilettes quand je faisais ma prière...Il y avait aussi un projecteur allumé en permanence pour nous empêcher de dormir...

Les interrogateurs m'ont à plusieurs reprises étranglé au point de me faire perdre conscience...Pendant des jours entiers après ces strangulations, j'ai souffert d'une douleur si forte dans le cou et la gorge que boire et manger m'étaient devenus insupportables... Par moments, l'interrogateur lui-même souffrait à force de frapper. Je me souviens qu'après avoir reçu des coups dans la bouche, l'interrogateur me frappait avec le dos de sa main car ses doigts avaient été écorchés par les coups qu'il donnait... »

Abdollah Momeni décrit dans la suite de sa lettre comment ses cris de douleur étaient utilisés pour démoraliser les prisonniers qui subissaient des interrogatoires dans les pièces voisines. Il raconte comment on a tenté de le forcer à écrire contre ses amis et ses proches. Il mentionne le sens des insultes que ses interrogateurs proféraient non pas seulement contre les prisonniers mais aussi contre certains réformateurs, en particulier, les anciens candidats à la présidentielle, Moussavi et Karroubi. Certains insultes étaient tellement grossiers et vils qu'Abdollah Momeni dit ne pouvoir les écrire tels quels. Il décrit les tortures que ses geôliers lui ont fait subir pour lui faire avouer de prétendues relations sexuelles illégitimes. Et leurs menaces face à sa résistance. Les geôliers l'ont, en particulier, constamment menacé de viols et de sévices sexuels.

Abdollah Momeni conclut ainsi sa lettre :

«Plus de 400 jours se sont écoulés depuis mon arrestation. Malgré une libération provisoire obtenue après le paiement d'une lourde caution, j'ai été, de nouveau, emprisonné pour avoir refusé de confesser des crimes imaginaires contre moi-même et mes proches. Je veux que tout le monde sache que j'ai toujours les mêmes croyances et convictions qu'avant mon arrestation...

Notre crime a été et est de continuer de croire que la réforme et la démocratie sont les stratégies les plus appropriées pour améliorer le sort de notre nation. Notre crime est d'avoir exigé que des limites soient imposées aux pouvoirs illimités d'institutions non démocratiques... »

Août2010.

 

Vous pourrez lire cette lettre en entier, en anglais, sur le site de la Campagne Internationale pour les droits de l'Homme en Iran.

 

 

Et voici la seconde correspondance, de Fantômette (voir ici la précédente lettre et les explications) :

 

 

Fantômette Fantômette

Bonjour à tous.

J’ai dû interrompre cette correspondance pendant quelques mois mais rassurez-vous, je n’abandonne pas la tâche que je me suis assignée depuis plus d’un an, celle de partager avec vous quelques nouvelles d’Iran ainsi que des rencontres et des impressions.

Juin 2010. Téhéran est calme. Pas de manifestation, aucun mot d’ordre de la part de Karoubi et Moussavi, tout le monde attend.

La majorité des gens des classes moyenne et aisée disposent de paraboles pour recevoir les chaînes étrangères. Il y a à peu près une centaine de chaînes en langue persane qui sont diffusées depuis les USA, Doubaï et l’Europe. La première chaîne programmée sur les postes de télévisions est la BBC en langue persane, vient ensuite la VOA.
Farsi One, une nouvelle chaîne qui ne diffuse que des séries colombiennes, coréennes, ainsi que Prison Break, doublées en persan, a un succès étonnant. Certains pensent que la république islamique a lancé cette chaîne pour occuper l’esprit des gens, d’autres parlent d’un homme d’affaire australien qui a flairé le bon investissement. Il s’agit en fait d’un partenariat entre le groupe afghan MOBY (Saad Mohseni) et l’australo-américain NEWSCORPS (Rupert Murdoch).

Presque toutes les semaines la république islamique attaque les fréquences et ceci enclenche une série de mouvements bien organisés. Tout le monde s’appelle pour connaître les nouvelles fréquences et les programmer de nouveau.Toutes les femmes au foyer iraniennes sont devenues expertes en matière d’ondes. Certaines familles ont quelques connaisseurs qui font le tour des maisons pour reprogrammer les postes. D’autres (généralement des gens de plus de 60 ans) font appel à des professionnels. Nombreuses sont les résidences (exemple : Ekbatan àTéhéran), qui prennent en charge cette tache totalement illégale aux yeux de la loi. Un seul professionnel passe et règle l’affaire pour tout le bâtiment.
Bref, c’est l’Iran et la population fait preuve d’une imagination débordante pour faire face à la république islamique.
En générale, à peine quelques heures après ces attaques, les gens ont retrouvé les nouvelles fréquences et ont repris leurs habitudes.

20 juin 2010 à l’occasion du premier anniversaire de la mort de Neda, VOA (Voice of America en persan) diffusait un film sur la vie et la mort de Neda. Quelques minutes après la fin du film, on entend au cœur de la nuit des cris de « Mort au dictateur » venant des toits des immeubles. Dans le quartier de Neda, cela a duré longtemps.

 

La nouvelle fait le tour de la ville, les gens espèrent et attendent une occasion de descendre dans les rues. Tout le monde parle des manifestations de l’année dernière avec une grande fierté. On peut percevoir une lumière dans leurs yeux quand ils parlent de ces jours inoubliables. Ils sont raison, ils ont affronté à mains nues un pouvoir fasciste, en marchant coude à coude avec leur peurs.

Quelques jours après, un jeune chauffeur de taxi, coiffé et habillé très branché, me déclare au cours d’une conversation anodine être un bassiji (milicien). Je manque de m’étouffer cependant j’essaie de garder mon calme. Il me rassure tout de suite en ajoutant qu’il n’est « nullement islamiste et que (son) choix est purement stratégique ». Il explique qu’en intégrant le bassij du quartier, il a, en échange de chaque année d’adhésion, 45 jours de réduction au service militaire. Par ailleurs, il aura des facilités pour entrer à la faculté car les bassiji ont des quotas et il sera avantagé si dans l’avenir il postule pour un emploi dans le service public. Il y a certes quelques obligations comme participer aux réunions du bassij et à la prière du vendredi. Mais, étant d’une famille pauvre, il se sent obligé d’assurer ses arrières ainsi, il n’a pas de piston, il n’a pas d’autres choix.
Je lui demande s’il se présente avec cette apparence branchée dans ces réunions et à la prière du vendredi. Il répond: Non. Il me faut changer de look et me déguiser en milicien.
Je lui demande s’il a été appelé à réprimer les manifestants dans les rues? Il dit : Non. Pour cela ils ont des forces entraînées et spéciales. En plus, j’étais moi-même parmi les manifestants.

Juillet 2010. La température approche les 45°dans le sud de Téhéran. L’état déclare une fermeture de ses institutions pendant 48h à cause de la chaleur. Tout le monde sait qu’en effet le bazar de Téhéran a entamé une grève en signe de protestation contre les nouvelles taxes et que le pouvoir ne désire pas que la nouvelle s’ébruite. Tabriz, l’une des villes les plus fraîches de l’Iran, ne souffre pas de la chaleur et pourtant la fermeture la concerne aussi. Nous apprendrons que le bazar de Tabriz a aussi suivi celui de Téhéran.
Les commerçants souhaitent que les étudiants se joignent à eux. Les étudiants répondent qu’ils ont attendu le soutien des commerçants et du bazar de Téhéran depuis plus d’un an, que pendant toute cette période tourmentée, pas une boutique n’a fermé ses portes, si ce n’est au Kurdistan. Pourquoi devraient-ils se sacrifier pour des commerçants qui mettent toujours en avant leur intérêt économique?
Le gouvernement accepte finalement de baisser le taux des taxes prévues pour 2010 et le bazar reprend le travail.

Pour fuir la chaleur, je me retrouve un jour à la montagne dans une province éloignée. Des nomades y ont dressé leurs tentes. Leurs troupeaux, le paysage, la fraîcheur, les femmes qui préparent le beurre de manière traditionnelle nous plongent dans un autre temps. L’un des hommes commence à discuter avec moi et, aussi surprenant que cela puisse paraître, parle de la notion de liberté et de l’absence de celle-ci en Iran. Je sors de cette discussion pleine d’espoir. Si même un nomade illettré qui passe son temps avec ses troupeaux dans les montagnes a une telle conscience politique, la république islamique est définitivement vouée à l’échec.

De retour en ville, l’occasion de discuter avec quelques têtes scientifiques impliquées dans l’organisation de l’énergie atomique iranienne se présente. Ces personnes, majoritairement issues de milieux aisés, sont toutes contre le pouvoir. Elles ont participé aux manifestations et souhaitent voir la fin de ce régime totalitaire.Quand on les questionne sur leurs fonctions, elles se contentent de répondre qu’elles sont de simples scientifiques, qu’elles subissent elles aussi des pressions de la république islamique. Quelques membres de leurs familles ont même été exécutés pour leurs opinions politiques.
Le ministère de l’intérieur iranien n’autorise plus ces personnes à sortir d’Iran et même si elles arrivent à partir à l’étranger dans le cadre d’un séminaire ou d’une conférence scientifique, elles sont interrogées par les services secrets : le MI6, les RG français et d’autres, qui leur demandent de collaborer avec eux en leur fournissant des informations.
L’idée de l’espionnage ne traverse même pas leur esprit. L’affaire de Shahram Amiri en a refroidi plus d’un.
Etait-il un agent double ? Les Etats-Unis l’ont-ils livré à l’Iran en échange des randonneurs américains toujours détenus à Evine, ou bien a-t-il décidé de rentrer en Iran par peur de représailles contre sa famille?
Ces questions demeurent sans réponse.
En revanche, quand je les interroge sur leur rôle dans la fabrication d’une bombe, ils me répondent que le pouvoir iranien bluffe et qu’aujourd’hui, l’Iran n’a pas la possibilité de fabriquer une bombe atomique. Sont-ils sincères ou connaissent-ils seulement une partie de la réalité?
La seule certitude est qu’ils sont sous surveillance. Néanmoins le «Herassat » (le KGB interne) de l’énergie atomique a reconnu lors d’une des réunions avec les membres de l’organisme avoir du mal avec les Iraniens. « Les détecteurs de mensonge ne fonctionnent pas en Iran, il n’y a aucun trouble chez l’Iranien quand il ment…».
En effet, en 30 ans de la république islamique, il a fallu cacher ses opinions, ses croyances, avoir une double vie et même apprendre aux enfants à mentir dès le berceau. Il n’est point étonnant que le peuple iranien soit devenu maître en matière de mensonge.

Nous sommes en août et la chaleur persiste. Les factures d’électricité sont le SUJET des discussions. Le montant des factures a été multiplié par 5 depuis l’an dernier. Une femme simple raconte qu’on ne lui accorde même pas la possibilité d’échelonner le paiement, on lui aurait répondu que «l’électricité est désormais une entreprise privée et n’appartient plus à l’état et que les actionnaires ne permettent plus ce genre de facilités de paiement.»
Elle ajoute: « Ils ont tout privatisé dans ce pays, l’état n’a plus rien.»
Un coiffeur d’un quartier populaire, excédé par sa facture faramineuse, déclare devant tous ses clients: « J’espère voir bientôt les avions israéliens bombarder les installations nucléaires et militaires de ce régime ». Je lui fais gentiment remarquer que le bombardement israélien ne sera peut-être pas si bien ciblé que ça. Il répond : « Ce n’est pas grave, s’il faut mourir, je préfère mourir dans un bombardement israélien que de mourir petit à petit tous les jours par les Mollahs, les bassiji et les gardiens de révolution. »

Un chauffeur de taxi raconte: « Je travaillais le jour dans une petite fabrique, on n’avait plus de matière première depuis 3 semaines à cause des sanctions internationales, mais on continuait à se présenter quand même tous les jours au travail. Il y a deux jours quand le patron a reçu sa facture d’électricité de cinq millions de tomans (à peu près 4.500 euros), il a décidé de fermer définitivement ses portes. »

Bien plus édifiante est l’histoire des frères Alaei : Arash et Kamyar, deux médecins, sont actuellement toujours en détention, et ont eu la chance d’être transférés à un centre à deux heures de Téhéran, car le directeur de ce centre surpeuplé leur a permis de purger leur peine à mi-temps : Ils se présentent donc chaque matin à ce centre de détention pour signaler leur présence et y passer une partie de la journée.
Ces deux frères médecins ont été les premiers en Iran de travailler sur la prévention du sida.
Ils ont légué et transformé leur maison paternel à Kermânchâh en centre de soin pour les sidéens, ont levé des fonds internationaux pour financer d’autres centres et ont accompli un travail colossal de communication sur cette maladie et le virus HIV.
Dans n’importe quel pays du monde, on leur auraient décerné des prix mais en Iran ils ont été arrêtés et accusés d’espionnage pour la CIA…
Arash est condamné à 6 ans de prison, Kamyar termine sa peine dans quelques mois. Ils ne peuvent plus exercer la médecine, ni enseigner. Leur seul issu est de quitter l’Iran après la fin de leur emprisonnement.
Pourquoi les foudres du régime se sont abattus sur ces frères ? Arash raconte qu’il y a quelques années le président Ahmadinejad a déclaré victorieusement que les scientifiques iraniens avaient découvert le vaccin contre le sida. Arash, surpris par cette nouvelle, a demandé à lire les rapports scientifiques sur lesquels Ahmadinejad s’était appuyé et il a découvert que tout était faux. Il a donc écrit et publié un article pour démentir cette déclaration. Vous devinez la suite…
Je tiens à souligner que ces hommes m’ont profondément touchée par leur modestie, leur calme et leur bonté. Ils conservent leur pudeur même en racontant leurs souvenirs d’Evine et les calvaires qu’ils ont subis. Si je croyais à un haut de là, je les appellerais des anges.

Pour connaître les détails de leur histoire:
http://iranfreethedocs.org/
http://en.wikipedia.org/wiki/Kamiar_and_Arash_Alaei_incident
www.ambafrance-ir.org/article.php3?id_article=755

L’Iran est un pays surprenant où on ne s’ennuie jamais : même une invitation au mariage suit des règles de clandestinité dignes de «Mission Impossible ». En effet, les gardiens de révolution et les forces de l’ordre font le tour des imprimeries et prennent un exemplaire des cartes d’invitations afin de pouvoir faire une descente pendant la fête. La plupart du temps ils se contentent d’un gros bakchich mais il leur arrive aussi d’arrêter les mariés et parfois même les invités.
Il est donc fréquent qu’on reçoive dans un premier temps une invitation avec juste les noms des mariés et la date. Quelques jours avant cette date, un proche des mariés refait le tour de toutes les convives pour leur donner l’adresse où aura lieu le mariage. Ce lieu est susceptible de changer en cas de fuite de l’information, même à la veille de la fête.

Chers amis, il y a encore beaucoup à dire mais il me faut terminer cette lettre qui autrement deviendrait un livre…
Dans l’ensemble j’ai eu le sentiment que la population est excédée, l’atmosphère est lourde dans tous les sens du terme, on sent incontestablement que le volcan est au travail et peut entrer en éruption à n’importe quel moment.
Le seul frein est l’absence d’organisation politique et de leader pour canaliser la résistance du peuple.
Personne ne trouve Moussavi et Karoubi capables d’endosser les habits de leader mais il n’y a personne d’autre.
Le régime a anéanti de manière systématique et depuis plus de 30 ans toute l’élite politique et les forces progressistes de ce pays.

Toutes les personnes que j’ai rencontrées, du simple ouvrier au professeur d’université, du paysan au médecin évoquent ce manque de perspective. Ils disent: Nous sommes prêts à descendre de nouveau dans les rues, à confronter le régime et même à payer leprix lourd mais sans aucune organisation pour former et unir nos actions dans une direction précise, toute tentative reviendrait à dilapider nos forces.

Chers amis, c’est le temps de recommencer à zéro et surtout de garder le moral.

Bien à vous,

Fantômette.

Septembre 2010.

 

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