Essai de déconstruction de la propagande pro israélienne de François Hollande et Manuel Valls avec Hannah Arendt.

 Référence : Hannah Arendt : « Les origines du totalitarisme ». Livre écrit en 1951.  Gallimard : 2002 

Hannah Arendt, historienne et philosophe de renommée internationale, née en 1906, près de Hanovre en Allemagne, est juive allemande et a du fuir son pays, victime de l’antisémitisme, en 1933  pour aller en Tchécoslovaquie, puis en France avant la guerre de 39/45. Là, elle aidait les juifs à émigrer en Palestine. En 1940, elle a été envoyée de force dans le Vel’d’Hiv à Paris puis dans un camp de concentration dans les Pyrénées d’où elle s’est échappée. Elle a pu ensuite partir aux USA.

 L’argument de propagande le pire qui permet à Israël de tuer des enfants palestiniens en toute impunité, est le suivant : Les Juifs ont subi la Shoa, ils ont été de tout temps victimes d’un racisme odieux, on ne peut les empêcher de vivre en Israël et de se défendre contre les antisémites et les Arabes.

Manuel Valls disait hier : « Nous ne laisserons en aucun cas dire des slogans antisémites, des slogans contre les juifs de France, car ce n'est pas ça la France. »

Il s’agit d’un amalgame odieux entre l’antisémitisme condamnable évidemment ,et la critique , le refus d’un état d’Israël qui pratique une politique coloniale et raciste en Palestine, contre les Arabes palestiniens.

Je pense que l’on peut démonter cette propagande donc, en citant Hannah Arendt (Les origines du totalitarisme » 1951. Gallimard, 2002)  p.590 .Voici ce quelle dit:

« La notion selon laquelle l’apatridie serait avant tout un problème juif a été le prétexte avancé par tous les gouvernements qui ont voulu régler le problème en l’ignorant. Aucun homme d’état ne se rendait compte que la solution au problème juif imposée par Hitler, solution qui consista dans un premier temps à réduire les Juifs allemands à une minorité non reconnue en Allemagne, puis à leur faire passer les frontières en tant que peuple apatride, pour finalement les rassembler de toutes parts afin de les expédier dans les camps de concentration, était une démonstration éloquente, vis-à-vis du reste du monde, de la manière de « liquider » réellement tous les problèmes  concernant minorité et apatrides. Apes la guerre, la question juive, que tous considéraient comme la seule véritablement insoluble, s’est bel et bien trouvée résolue - en l’occurrence au moyen d’un territoire colonisé , puis conquis - ,mais cela ne régla ni le problème des minorités ni celui des apatrides. Au contraire, comme pratiquement tous les autres événements de notre siècle, cette solution de la question juive n’avait réussi qu’à produire une nouvelle catégorie de refugiés, les Arabes, accroissant ainsi le nombre des apatrides et des sans-droits de quelque 700 à 800 000 personnes. Or ce qui venait de se produire en Palestine, au sein du territoire le plus exigu et à l’échelle de centaines de milliers d’individus, s’est ensuite reproduit en Inde à grande échelle et pour des millions et des millions de gens. Depuis les traités de paix de 1919 et de 1920, refugiés et apatrides sont, telle une malédiction, le lot de tous les nouveaux Etats qui ont été créés à l’image de l’Etat-nation.

Pour ces nouveaux Etats, ce fléau porte les germes d’une maladie incurable. Car l’Etat nation ne saurait exister une fois que son principe d’égalité devant la loi a cédé. Sans cette égalité juridique, qui avait été prévu à l’origine pour remplacer les lois et l’ordre de l’ancienne société féodale, la nation se dissout en une masse anarchique d’individus sur-et sous-privilégiés. Les lois qui ne sont pas égales pour tous constituent des droits et des privilèges, ce qui est en contradiction avec la nature même des états nations. Plus ils font preuve d’une incompétence manifeste à traiter les apatrides en personnes légales, et plus grande y est l’extension de l’arbitraire exercé par les décrets de la police ; plus il est alors difficile à ces états de résister à la tentation de priver tous les citoyens de statut juridique et à les gouverner au moyen d’une police omnipotente. »

Hannah Arendt fait donc un parallele entre l'expulsion des juifs d'Allemagne en 39/45 et celle des Palestiniens de leur pays, la Palestine, en 1948 et jusqu'à nos jours.

 Elle montre aussi l'importance du principe d'egalité devant la loi dans un etat nation. Et cet etat nation ne peut exister ,dit-elle, si ce principe n'est pas respecté. Israel, en tant qu'etat nation, ne peut donc exister s'il refuse la creation d'un etat pour les palestiniens, qui ont été chassés de chez eux par les juifs, et s'il refuse le principe d'egalité devant la loi , comme il le fait en ce moment, aux 20 % de palestiniens qui habitent en Israel. Cela vaut pour une solution à 2 etats, mais si la solution est un seul etat pour les juifs et les palestiniens alors il faudra que ce soit un etat nation qui respecte le principe d'egalité devant la loi pour tous, juifs et arabes palestiniens. 

On ne peut  pas  suspecter  Hannah Arendt d’antisémitisme, elle qui est juive allemande et qui a été emmenée de force au Vel d’Hiv (ironie de l’histoire : cette rafle du Vel d’Hiv a été commémorée recemment par Manuel Valls)  puis dans un camp de concentration dans les Pyrénées. Pourtant elle dit bien que les Arabes palestiniens sont victimes des juifs qui ont colonisé et conquis (ce sont ses mots)  leur pays, accroissant le nombre des apatrides et des sans droits de 700 à 800 000 personnes.

Par ailleurs en 1948, Le New York Times publie un appel signé d’Hannah Arendt et d’Albert Einstein dénonçant le « parti de la liberté » de Menahem Begin-alors en visite aux USA-comme parti terroriste responsable du massacre des Palestiniens de Deir Yassin :ce parti est qualifié de « nouvelle expression du fascisme ».

Il faut savoir que Deir Yassin est un village proche de Jérusalem  dont 120 des 610 habitants , tous Arabes, ont été tués en 1948  par les soldats juifs du groupe Stern et de l’Irgoun dirigés par Menahem Begin, futur premier ministre en Israël ,de 1977 à 1983. 

Ces rappels historiques montrent bien que les citoyens français et du monde entier qui descendent dans la rue pour soutenir les Palestiniens aujourd’hui, sont en parfait accord avec tous ceux qui ont lutté contre le nazisme et  l’antisémitisme en 39/45, et que la politique coloniale et raciste actuelle de l’état d’Israël et des USA envers les Palestiniens ressemble fort à la politique d’extermination des juifs par les nazis allemands pendant la 2 ème guerre mondiale. Tous les 2 ou 4 ans à Gaza ou Cisjordanie il survient l’equivalent d’une dizaine de massacres comme celui de Deir Yassin et Gaza est maintenant une prison à ciel ouvert. 

Hollande et Valls prennent donc le parti des oppresseurs  , c'est-à-dire l’Etat Israelien soutenu militairement et financièrement par les USA, et cela à l’encontre de toutes nos règles démocratiques en France et à l’encontre du droit international.

                                          Jacques Menegoz

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