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Billet de blog 8 déc. 2021

Tribune - La quête de l'autonomie

Parce que nous pensons qu'une partie des nouvelles démocraties s'inventeront pour et par les territoires, nous avons de penser le lien et l'autonomie. Une tribune écrite par Cyril Debard et Damien Deville pour l'Archipel des Alizées.

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Nous avons également mis ce texte en vidéo (avec poésie bien sûr !).  Vous pouvez la visionner ici sur notre chaine youtube.

Les dynamiques politiques et économiques de nos sociétés durant les deux derniers siècles sont des dynamiques de concentration. Les biens que nous consommons sont produits par des multinationales, riches de milliers de filières, de milliers de réseaux. Quant aux décisions politiques qui façonnent nos vies, elles sont l’apanage de structures centralisées : les régions, l’État, l’Europe et, comme leurs noms l’indiquent, les banques centrales. Il produit une souffrance toujours plus grande, déracinement, perte de sens, violence des arbitrages  qui s’en prennent  d’en hauts  : les décisions politiques sont toujours plus éloignées des territoires et des personnes qui les vivent au quotidien, sont toujours plus éloignés du besoin et des envies réelles de chacun.

Nombreux sont les exemples qui blessent la raison et le cœur. La tomate de Chine est moins chère qu’une produite à cinq kilomètres de la maison. Cette économie tue les créateurs, les artisans, les paysans. Elle tue également les écosystèmes. L’Andalousie est une terre devenue plastique : des millions de serres visibles à l’horizon ont remplacé les insectes, les marais et les bosquets. Plus d’oiseaux, plus de papillons, plus de prés fleuris au printemps, mais aussi plus d’humains : car ces économies se construisent sur la réduction permanente du travail, par le sacrifice du talent d’une main sur un objet, d’une caresse sur un territoire.

Face aux crises actuelles, nous avons besoin d’une autre manière de penser. Nous devons nous extraire de la dépendance à des chaînes de productions mondialisées. Nous avons besoin de renouer avec la capacité des habitants à décider des règles de leur vie collective. Ce sont eux qui ont les clés d’une bonne politique pour leur territoire. Une politique qui servirait la vie, une politique qui servirait la diversité, la poésie de chaque individu et de chaque paysage. Une politique qui permettrait à chacun la liberté de créer et la liberté d’être en relation avec les autres êtres vivants du territoire .

Et bonne nouvelle ! Partout dans les territoires, des hommes, des femmes et des enfants défrichent déjà ces nouveaux chemins. Tiers lieux, fermes de partages, démocratie participative, commerces engagés, coopérative d’entreprises, quartiers et villages vivants, font briller des lumières auxquelles nous croyons.  Tous ces projets ont un commun l’autonomie. Une autonomie comme réappropriation de son destin. Une autonomie comme vie active et créatrice, une vie qui produit ce qu’elle mange, qui façonne son habitat selon son imagination, qui fabrique les objets de son quotidien. Une autonomie comme celle qui nous replace dans la grande fresque du vivant, attentif et sensible à toutes les couleurs d’une terre, à toutes les couleurs de la Terre. Une autonomie qui rende possible les prises de décisions collectives .

Ainsi pensée, l’autonomie constitue une bonne politique car elle est la condition d’une véritable rencontre. L’autonomie n’est nullement un repli sur soi, elle est au contraire, une démarche qui, à l’échelle de chaque lieu, permet l’écoute et le lien, permet de comprendre la singularité propre à chacun . Elle est aussi une entreprise qui améliore nos lieux de vie, en y replaçant de la diversité et de la poésie, les deux grands oubliés des politiques publiques centralisées. L’autonomie c’est faire rayonner les différences, l’autonomie c’est forger au quotidien la relation. 

L’autonomie est la dynamique exacte inverse du processus de concentration économique et politique des deux derniers siècles. Elle détricote la pelote monstrueuse qu’a tissé le capitalisme et qui mène aujourd’hui vers des jours sombres. Est-elle la clé qui nous délivrera de notre destin maudit ? Le frein d’urgence qui arrêtera le train fou ? Elle en est assurément une dimension indispensable, car elle porte en elle le moyen de retrouver ici comme ailleurs, un sens à notre existence, une vie belle et digne d’être vécue.

D'autres vidéos sont à retrouver notre chaine youtube 

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