CONGRES DU PS : DIEU INTERVIENT

Vous savez quoi ? Je suis Dieu et Je vais vous confesser un secret que personne ne sait et qui pourtant touche à l'Agencement général du monde tel que Je l'ai voulu et créé. Oui, Dieu lui-même s'adresse à Son Peuple dans le Club de Médiapart à propos du Congrès du Parti Socialiste. La sidération qui vous étreint est bien naturelle mais vous pouvez vous rasseoir. Voici de quoi il en retourne.

Autrefois Je déléguais à quelques dévots sélectionnés le soin de guider Mon peuple pour les affaires d'ici-bas. Dans Mon infinie clairvoyance, Je prenais naturellement soin de désigner à chaque génération plusieurs groupes rivaux que Je faisais se détester mutuellement. Leurs querelles défrayaient la chronique des chaumières. En ces temps jadis, il n'y avait pratiquement que des campagnes à perte de vue avec des chaumières partout et presque pas de villes. Trop occupés à s'entre-déchirer, les mortels assuraient ainsi Mon règne éternel, pour les siècles des siècles, convaincus que l'entre-déchirement était le nec plus ultra [comme disent Mes exégètes latinistes] de la liberté humaine, son aboutissement en quelque sorte, une sorte de destin laïque avant l'heure.

 Tout allait bien jusqu'à ce que des insolents inventèrent l'électricité, la machine à vapeur et autres puissants moyens émancipateurs qui leur donnèrent à penser qu'ils pouvaient devenir maîtres de la Terre et de l'Univers que J'avais créés [Je résume, Je suis dans l'histoire longue comme Emmanuel Todd]. Dès lors tout se mit à partir de travers. Un groupe se constitua sans mon consentement qui se mit à partir à l'assaut du ciel. Cette bonne blague, le ciel, c'est Moi ! J'eus alors à conférer avec le Diable pour juguler cette tentative de putsch.

 Il me conseilla contre toute attente de combler ces impertinents de bienfaits plutôt de de les excommunier et les vouer au bûcher, comme Je l'avais souvent pratiqué autrefois à l'égard des trublions. Belles situations de rentes indues, beaux carrosses, belles chaumières, beaux habits parfumés, contentement permanent de soi, serfs à disposition, grande vie quoi, eurent bientôt raison de leurs velléités  contestataires tant syndicales que politiques, au point de rejoindre par l'esprit la caste des adorateurs de la Soumission dont je conservais toujours bien en mains le canal historique.

 Mais le diable insista sur un détail : il fallait absolument que les séditieux repentis continuent d'apparaître aux yeux des mécréants comme ceux par qui adviendra sur terre le temps de la Liberté humaine. J'instruisis donc les gazettes d'avoir à les encenser de la même façon que leurs adversaires afin de donner au vulgum pecus l'illusion que ce règne de la liberté était arrivé en mon royaume, toutes trompettes sonnantes et trébuchantes. Malin le Diable ! Quoi de plus astucieux que de donner l'impression de Mon retrait quand ce fut pour sanctifier Mon grand retour, la renaissance de l'asservissement de tous à Mon dessein ?

 J'eus par la suite à régler quelques détails car mes thuriféraires des deux bords eurent l'impudence de se croire autorisés par Moi à se concurrencer autrement que pour la seule galerie. Cette formule avait fait ses preuves dans le passé mais également de ses limites. L'exacerbation des passions humaines a certes pour avantage de maintenir les têtes basses, mais elle contrarie cependant d'autres valeurs de la Loi de Dieu qui entendent maintenir l'ordre et l'harmonie infiniment utiles à la poursuite de Son règne.

 C'est ainsi qu'encore tout récemment, J'eus à indiquer à chacun qu'il fallait mettre un terme à ces querelles de clochers si je puis dire, qui les poussaient à vouloir se maintenir au pouvoir une fois élus une première fois. Et que je te fais un programme électoral que j'ai l'intention d'appliquer, et que j'essaie de te faire ceci que j'avais dit, et que je te redoute le jugement négatif de mes électeurs à propos de cela ... Assez de toute cette confusion leur ai-je dit péremptoire, ainsi qu'il sied à Ma parole : vous êtes là les uns et les autres par la grâce du Tout Puissant et ne devez de comptes qu'à Celui-ci. Vous mettez donc en œuvre Mes exigences pendant votre mandat et tant pis si vous perdez les prochaines élections ! Sinon on s'en sort plus ! Pourquoi ne feriez-vous pas le contraire de vos prédécesseurs quand vous êtes élus tant que vous y êtes ? Et Ma volonté sur la Terre et au Ciel dans tout ça ? Dans "ainsi soit-il", c'est le "ainsi" qui est important et c'est Moi qui en décide si vous le voulez bien.

 Un début de fronde s'en suivit qui fut très vite éteint par la compréhension par les plus intelligents que ce qui était perdu en espérance de longévité par chacun des deux camps [comme s'il pouvait y avoir une Espérance autre qu'en Moi] était largement compensé par la garantie d'un prompt retour aux affaires, la mise en œuvre de Mes désirs étant quasi-certaine de faire gagner les prochaines élections au camp d'en face. Je leur indiquais naturellement, me souvenant des recommandations du Diable et de son goût du détail, qu'il fallait surtout continuer à faire accroire aux gens du commun qu'ils avaient bien l'intention de gagner !

 C'est ce qui nous ramène au Congrès du PS après un détour J'en conviens assez long, mais il n'est d'abus que de faiblesse. Ce n'est sans doute pas Médiapart qui va se plaindre d'une longue confession de Dieu Lui-même dans les colonnes de ce qu'ils croient être un Temple. Les faquins ! Il n'est d'autre Temple que le Mien et celui de mes obligés. Bref, pour conclure, au moment de cette annonce, un petit gros pas très malin mais assez vif  eu cette réflexion : "mais alors, on peut dire n'importe quoi si on a aucune chance de se faire réélire ? Par exemple qu'on ne se représentera pas si le chômage continue à augmenter ?" Bien mon garçon lui répondis-Je, tu as parfaitement reçu la parole de ton Seigneur, tu peux entièrement aller ton chemin ainsi que tu le désire si ton désir est conforme à Ma volonté".

 

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