Ariane Walter
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Billet de blog 28 oct. 2021

Pour une agrégation de prostitution.

Ariane Walter
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Jean-Claude Michéa, philosophe, nous apprend, dans un exposé brillant, que la définition du libéralisme est l’abandon de toute morale et la considération strictement matérielle de nos existences.  M. Michéa prend un exemple. La prostitution ne  sort-elle pas de l’orbe du péché, du mépris, pour devenir un métier comme les autres ? Ainsi, en Allemagne, on a vu une ANPE menacer de radiation une fille qui refusait d’être hôtesse d’accueil dans un Eros center. Plus encore, depuis 2008, en Nouvelle Zélande, l’Etat étudie les modalités d’études de prostitution menées en fac avec licence, master, agrégation.

Surprise, comme vous devez l’être, par ces révélations mais néanmoins formée à vite réagir   face aux problèmes contemporains, je me suis demandée ce que pourrait être cette fameuse agrégation de prostitution. Semblable aux autres types d’agrégation ?

« Agrégé » est un titre qui sous-entend généralement un haut niveau de connaissance et d’intelligence, alors, qu’à mon humble avis, il n’a rien à voir avec la réalité du métier que l’on veut exercer. C’est une manière de perdre quelques années en attendant de pratiquer une activité que l’on ferait bien mieux d’apprendre  d’une manière plus concrète. Mais comme un petit supplément de salaire est à la clef et qu’on ne peut le donner à tout le monde, il faut bien en faire souffrir un grand nombre pour en récompenser quelques-uns.  

Oui, la prostitution est un métier ! Arrêtons de nous bander les yeux. Il faut qu’il y ait des filles de haut niveau. Tout le monde en est conscient. On ne peut pas se contenter d’aimable amateurisme.

En quoi consisterait donc l’agrégation de prostitution ?

Première point essentiel. Qui rejoint l’éthique : aucun contact avec la clientèle.

Hé oui, cela peut vous paraître bizarre, mais si je m’en tiens à mon expérience personnelle (littéraire), j’ai passé toutes mes études sans jamais voir l’ombre de la queue d ‘un élève. On pense en effet que la qualité d’agrégé est liée à l’essence ésotérique de ses connaissances. Si vous voulez quelqu’un qui vous tripote d’une main ferme   allez chercher une BTS (baiseuse très sexy) et pas une prostituée agrégée. Ce n’est pas le même monde.

Quelles seraient les connaissances requises ?

Il nous faudrait des historiennes. Montrer à ces filles que ce métier méprisé a mené le monde et que les plus grands sont toujours tout petits avant qu’une femme de talent ne s’occupe de leur donner une dimension internationale.

Histoire du métier. On demanderait à ces étudiantes de connaître les prostituées grecques et latines les hétaïres, les geishas, les lionnes ! Noms. Prénoms. Dates.

Histoire des monnaies : évolution des prix d’une passe, de l’Egypte antique à nos jours.

Histoire des langues. Obligation d’apprendre le latin. On leur demanderait de faire une traduction des « Amours » d’Ovide, du « Satiricon » de Pétrone. Pourquoi, allez-vous me dire, c’est totalement inutile ! Elles ne parleront jamais latin à quiconque ! Hé bien justement. De hautes études qui ne sont pas inutiles ne méritent pas ce titre.

Autre sujet qui ne manque pas d’intérêt. La phonétique historique. Ainsi l’évolution du mot « fellation » qui vient du latin « fellare », qui signifie téter, sucer, la forme étant le supin : « fellatum ». Le supin, en –um étant un accusatif qui marque le but et le mouvement, mouvement de tête qui marque le but, on comprend maintenant pourquoi, grâce au latin.

Biologie et biopsie des sexes. On amènerait des sexes congelés de serial killers, comme autrefois des grenouilles au cours de physique, qu’il faudrait disséquer habilement pour voir la constitution de l’organe. Il y a en effet une étude dont beaucoup de femmes sont privées et qui est l’observation attentive du sexe masculin. Sortir sa loupe est gênant quand la passion s’en mêle, voilà pourquoi un sexe détaché de son corps, branché sur des électrodes qui peuvent le rigidifier à souhait, permettrait à nos futures agrégées de voir enfin la nature de leur futur gagne-pain.

Cours de poésie ; cette année au programme : Lamartine.

« Aimons donc, aimons donc ! De l’heure fugitive, hâtons-nous ! Jouissons ! »

Plus les « onze mille verges » d’Apollinaire en version illustrée.

 Mais parlons de l’examen final.

Qui serait membre du jury ?

Aucun homme évidemment. Les hommes sont notoirement incapables d’apprécier les qualités intellectuelles d’une prostituée. On les connaît ces rustres, pourvu qu’on les fasse jouir ! Les qualités d’une femme qui parle de sexe a volo les intéressent a nolo. Non ! Un jury de femmes est requis. Vierges de préférence, à même d’apprécier les nuances et l’histoire ancienne.

Comme pour toutes les agrégations. Un écrit et un oral. Pour l’oral un exposé. Au choix : « Rôle de la prostate dans la jouissance masculine. » « Taoïsme et virginité dans les grandes surfaces. ». « Réciprocité dans la sodomie orientale. » « Freud et fraude dans les familles bourgeoises » « Différence entre sex-toy et ex-toy ».

Hé bien voilà tout un programme qui ne manque pas d’être alléchant.

Mais, allez-vous me dire, après toutes ces études, nos agrégées seront-elles vraiment efficaces ? N’ayant jamais touché de client ?

Bien sûr que non.

Mais nos futurs ministres qui sortent de l’ENA sont-ils efficaces quand ils sont aux affaires ?

Non.

Arrêtons de jouer les enfants. Et les économistes s’y connaissent peut-être ? Non. Et les prêtres sont purs ? Non. Et les banquiers sont riches ? Non. Puisqu’ils prêtent de l’argent qu’ils n’ont pas. Que d’idées reçues, mon dieu, que d’idées reçues !

Donc, ces filles, agrégées de prostitution, comme tous ceux qui sortent des grandes écoles, pourraient bien y retourner cent ans avant de comprendre quoi que ce soit au monde et aux gens. Le vrai monde et les vrais gens. Bien sûr.

La ligue des droits de l’homme me pose une question, craignant une injustice :

Y aura-t-il une agrégation de maquereau ?

 Je pense que cela s’impose. Car c’est aussi un métier qui demande du discernement, du courage, des notions en médecine (comment frapper sans marquer), en informatique (comment monter un réseau de call-girls), en droit (comment raconter des bobards quand on a volé une fille). Tout s’apprend. Tout mérite respect. Tout est difficile.

L’agrégation de morue, c’est vu.

L’agrégation de requin donne ses cours, tous les jours, dans les amphithéâtres de la bourse et des banques mondiales.

Car, comme tous les éthologues le savent, depuis déjà pas mal de temps, hélas, la finance est la femelle du requin. D’instinct.

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