Le Front Républicain à Berre l'Étang ou comment se tirer une balle dans le pieds

Trois jours avant le second tour des élections départementales les électeurs de ce canton des Bouches-du-Rhône ont reçu un tract de campagne intitulé "L'heure est grave", envoyé par les candidats du "Renouveau socialiste" qui avaient obtenu 8,77% des voix au premier tour. Ce tract était signé, non seulement par les candidats, mais par une longue liste d'organisations que l'on n'avait pas vu au premier tour dans le canton, ni pour certaines jamais d'ailleurs. Dans l'ordre: EELV, PCF, Front de Gauche, PS, Jeunes Socialistes et même Parti Radical de Gauche.

Ce tract commençait par dénoncer la fraude électorale des candidats de Force 13, le parti (?) de Guérini ex-socialiste, ex-président du CG 13 et appellait à ne pas apporter une voix à ces représentants "d'un système politique mafieux et corrompu". Des mots durs endossés par des partis dont les voix au Conseil Général n'ont jamais manqué au patron de ce "système mafieux et corrompu" et dont les électeurs se souviennent fort bien qu'il était aussi, il y a peu, le patron du Parti Socialiste dans le département.

Suivait ensuite un appel vibrant à faire barrage à l'extrême-droite. Venait en conclusion, une consigne de vote claire et nette en faveur des candidats de droite, qualifiés de "remparts au Front National et à la gauche corrompue", candidats ayant menés campagne sécuritaire sous le drapeau de la droite sans complexe et ayant toujours entretenu les meilleures relations du monde avec le patron du système mafieux, dénoncé ci-dessus.

Et pour ajouter de la confusion à la confusion, on trouvait au dos du tract une déclaration de Manuel Valls et une d'Arnaud Montebourg.

Que croyez vous qu'il arriva?

Le FN remporta le canton, le seul du département, devançant les candidats de Force 13. Les "remparts" arrivant bon dernier.

Je ne veux pas dire que ce tract malheureux est la cause du désastre. Je ne mets pas en cause la sincérité des candidats du "Renouveau socialiste". Je souhaite juste que l'on tire les leçons de l'expérience. La stratégie dite du Front Républicain est contre-productive, car elle apparait pour ce qu'elle est, un cache-misère devant l'absence de perspective et le refus de tirer le bilan des échecs. Elle discrédite ceux qui s'y livrent sans aider ceux qui sont censés en bénéficier. Dans le 13, Le Front de Gauche, le PC et EELV ont rejoint le PS sur son radeau de la Méduse. Ce n'est pas ainsi que l'on construira une alternative à gauche capable de renvoyer l'extrême-droite à la marginalité.

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