Le KKE en défense de l'ordre établi.

En appelant à voter nul au référendum grec du 5 juillet, alors que les sondages donnent le oui et le non au coude à coude, le parti communiste grec (KKE) prend la lourde responsabilité de voir le programme de la Troïka avalisé par une majorité d'électeurs, ce qui rendrait incontestablement plus difficile la lutte du peuple grec contre les plans d'austérité

En appelant à voter nul au référendum grec du 5 juillet, alors que les sondages donnent le oui et le non au coude à coude, le parti communiste grec (KKE) prend la lourde responsabilité de voir le programme de la Troïka avalisé par une majorité d'électeurs, ce qui rendrait incontestablement plus difficile la lutte du peuple grec contre les plans d'austérité et contribuerait à démoraliser les militants qui dans toute l'Europe se battent pour imposer une autre politique.

On ne peut s'abriter derrière de subtils raisonnements pseudo-dialectiques. En faisant ce choix, qu'aucun militant de bonne foi ne peut comprendre et encore moins justifier, le KKE combat dans le camp d'en face. Le camp de l'ordre établi, des banquiers et de la Troïka. Il faut le dire haut et fort et dénoncer cette attitude pour ce qu'elle est, une trahison des idéaux de justice sociale et d'émancipation. Autant il est nécessaire d'accepter le plus large débat et la pluralité d'opinion dans le camp progressiste, autant il faut appeler une trahison par son nom.

Ce sectarisme destructeur ne date pas d'hier. Une partie des militants de Syriza viennent de ce courant politique, dont Tsipras en personne. Ils ont quitté le KKE car la stratégie de ce parti n'offrait aucune perspective au peuple grec. Depuis, le KKE a fait de Syriza son ennemi mortel. En 2012, en refusant de s'allier avec Syriza le KKE a permi la mise en place du gouvernement d'union Nea Democratia/ Pasok qui a relayé les politiques de la Troïka en Grèce pour le plus grand malheur du peuple grec. En janvier 2015, en refusant toujours de négocier un accord avec Syriza, le KKE a contraint Tsipras à s'allier avec ANEL un petit parti de la droite nationaliste. Depuis le KKE mise sur l'échec du nouveau gouvernement grec, sans voir que dans les circonstances actuelles la première victime de cet échec risque fort d'être le peuple grec.

Maintenant le KKE franchit un nouvelle étape en agissant directement pour la défaite du gouvernement grec dans sa lutte contre Junker, Merkel et autres eurocrates. Ce parti est probablement un des plus vindicatifs parmi ce qui reste de la famille stalinienne en Europe. Mais la famille reste la famille. Je n'ai toujours pas entendu de prise de position claire du PCF qui prétend pourtant soutenir Syriza. La meilleure aide qu'il puisse lui apporter dans cette situation, ne serait-ce pas de s'adresser publiquement aux militants du KKE en Grèce pour qu'ils abandonnent le politique suicidaire de leur parti? A moins que la solidarité au sein de l'appareil stalinien soit plus importante que les résultats du référendum grec.

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