Comment Marseille résiste au covid 19

Contre l'épidémie, la cité phocéenne applique ouvertement une stratégie qui va à rebours des consignes nationales, avec jusqu'ici de très bons résultats. Mais ça n'intéresse personne.

J'ai toujours regardé avec beaucoup d'esprit critique la presse régionale en particulier "La Provence" qui sévit entre autre à Marseille et qui appartient au groupe Bernard Tapie, c'est tout dire. Lecteur assidu du Monde Diplomatique et de l'Anticapitaliste, journal du NPA, je suis abonné depuis longtemps à Mediapart dont je reconnais les mérites. C'est donc aujourd'hui un véritable acte de désespoir pour moi de publier un article de La Provence sur mon blog de Mediapart. Parce que malheureusement, sur la question grave, urgente, de la réponse à l'épidémie qui nous frappe, Mediapart ne fait pas son boulot correctement. Comme quasiment l'ensemble de la presse, notre journal a préféré personnaliser le débat sur le Pr Raoult , n'hésitant pas à caricaturer voire calomnier le personnage, mais ne se souciant pas une minute de ce qui se passe sur le terrain. Or c'est bien ce qui importe. Comment défendre la santé de tous, avec nos connaissances et nos moyens.

C'est ce que posait le communiqué de cinq médecins marseillais travaillant à l'HU Méditerranée:

Marseille, le 22 mars 2020

Epidémie à coronavirus Covid-19

Dans le contexte actuel de la propagation de l’épidémie à coronavirus Covid-19 sur le territoire français et dans le monde.
Conformément au serment d’Hippocrate que nous avons prêté, nous obéissons à notre devoir de médecin. Nous faisons bénéficier à nos patients de la meilleure prise en charge pour le diagnostic et le traitement d’une maladie. Nous respectons les règles de l’art et les données les plus récemment acquises de la science médicale.

Nous avons décidé :
· Pour les tous les malades fébriles qui viennent nous consulter, de pratiquer les tests pour le diagnostic d’infection à Covid 19 ;
· Pour tous les patients infectés, dont un grand nombre peu symptomatiques ont des lésions pulmonaires au scanner, de proposer au plus tôt de la maladie, dès le diagnostic :
– un traitement par l’association hydroxychloroquine (200 mg x 3 par jour pour 10 jours) + Azithromycine (500 mg le 1er jour puis 250 mg par jour pour 5 jours de plus), dans le cadre des précautions d’usage de cette association (avec notamment un électrocardiogramme à J0 et J2), et hors AMM. Dans les cas de pneumonie sévère, un antibiotique à large spectre est également associé.

Nous pensons qu’il n’est pas moral que cette association ne soit pas inclue systématiquement dans les essais thérapeutiques concernant le traitement de l’infection à Covid-19 en France.


Pr Philippe Brouqui, Pr Jean-Christophe Lagier, Pr Matthieu Million, Pr Philippe Parola, Pr Didier Raoult, Dr Marie Hocquart

Deux semaines après, voilà ce que ça donne, je cite un article de La Provence:

Coronavirus : les chiffres de l'espoir de l'IHU de Marseille

À rebours de la stratégie nationale, l'IHU, machine de guerre pour le dépistage du Covid-19, met un peu d'espoir dans les statistiques, avec un taux de mortalité très faible à Marseille

Par Alexandra Ducamp

800 patients se présentent chaque jour pour être dépistés au Covid-19. Les marins-pompiers assurent un premier tri entre les patients symptomatiques et asymptomatiques.

Ils sont descendus en voiture du Val d'Oise en pleine nuit. "On en pouvait plus de voir nos parents dans cet état. En région parisienne, on ne vous dépiste pas, on vous dit de rester chez vous, raconte Afaf. Ils pensaient que ce n'était qu'un rhume, ils ont vu plusieurs docteurs, personne n'a voulu les hospitaliser. On s'est dit qu'ici, au moins, ils seraient pris en charge". Le père d'Afaf, 66 ans, a été placé directement en coma artificiel en réanimation à la Timone, sa mère également positive au Covid-19, hospitalisée. Elle, attendait avec ses trois soeurs et son frère, dans la toujours aussi longue file d'attente pour se faire dépister. "On n'a pas de symptôme mais il faut que nous sachions si nous sommes porteurs..." En région parisienne, aucune chance de se faire dépister en étant asymptomatique. À l'IHU de Marseille, les tests ont été mis au point avant même l'apparition du premier cas positif en France. Depuis 29 000 personnes ont été dépistées dont 20 987 Marseillais, premiers bénéficiaires de la stratégie hors norme phocéenne.

"3 486 Marseillais étaient positifs soit 16,6 % des dépistés. Ce n'est pas rien, vous voyez bien qu'on ne fait pas de dépistage pour le plaisir", glisse le Pr Didier Raoult, qui milite historiquement pour un dépistage massif. "C'est le BA-ba des maladies infectieuses : diagnostic et traitement", dit-il à l'envi à qui veut l'entendre. La focalisation sur la polémique de la chloroquine a jeté un voile sur la première étape d'un parcours de soins unique en France et ouvert à tous.

Alors que mi-mars, le président de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, implorait : "Testez, testez, testez, testez tous les cas suspects de Covid-19. (...) Vous ne pouvez pas combattre un incendie les yeux bandés. Et nous ne pourrons pas stopper cette pandémie si nous ne savons pas qui est infecté", laFrance, elle, atteignait péniblement les 4 600 tests par jour, en les restreignant aux formes les plus graves ou à risque. "En dépistant 2,5 % des Marseillais, on fait mieux que la Corée qui a dépisté 0,5 % de la population. Et on a 26 morts*. Cela fait un taux de mortalité de 0,7 %".

3 000 tests par jour

Arithmétiquement, plus on dépiste, plus le taux de mortalité est faible par rapport aux autres régions de France qui se concentrent sur les cas graves. Reste que la réalité marseillaise à l'instant T est bien celle-là. Et celle de l'IHU, véritable fourmilière à l'organisation martiale, semble échapper aussi à cette autre maladie française des hôpitaux français qui cumulent manque de moyens et de personnel. Le Pr Raoult élude : "Que voulez-vous, on travaille, on est très organisé : aujourd'hui, on peut faire 3000 tests par jour(contre 1 000 il y a encore quelques semaines, ndlr). Si on veut faire face à une crise, il faut l'anticiper. Les gens comprennent très bien et l'approuvent. Nous, on était prêt. Ce n'est pas faute d'avoir prévenu."

Didier Raoult fait notamment référence à un rapport remis en 2003 au ministre de la Santé Jean-François Mattéi. "Un nouveau mutant grippal est apparu en 1999 à Hong Kong. Ce virus, d'origine aviaire, fréquemment mortel, a rapidement pu être contrôlé mais le prochain mutant grippal pourrait ne pas l'être (...) Notre préparation face à ces événements chaotiques est faible", écrivait-il à l'époque dans un document de plus de 300 pages tombé aux oubliettes. Et alors qu'à Marseille, on dépiste en série, le ministre Véran annonce pour fin avril 50 000 tests par jour en France. La stratégie Raoult sauvera-t-elle Marseille du chaos ? Y mourra-t-on moins à l'instar de la Corée du Sud, qui explique en partie son faible taux de mortalité par un dépistage précoce et une anticipation féroce née de la crise du Mers en 2012 ? Ce genre de questions le hérissent au plus au point. "Je ne parle que de faits, je ne réponds pas à cela, je ne suis pas devin. La mortalité c'est très simple, c'est le nombre de morts par rapport au nombre de cas. Tout le reste ce sont des fantasmes. Aujourd'hui, elle est ce qu'elle est à Marseille". 0,7 % donc au 2 avril.

Et si l'heure n'est pas encore au solde de tout compte, reste un paramètre qui ne rentre pas dans les statistiques : la folle lueur d'espoir que représente l'IHU dans l'ambiance anxiogène du moment. Jusqu'à 800 personnes se présentent spontanément chaque jour, avec des symptômes ou pas pour un dépistage. 300 y sont suivis en consultation. "À Paris, on nous demande juste de rester chez nous et c'est tout. Si on est positif, au moins, ici, on prendra un traitement", assure Afaf. C'est l'autre exception marseillaise : 1 677 patients suivent la bithérapie associant hydroxychloroquine et azythromycine.

* Sur les 26 morts à Marseille, deux patients avaient intégré pendant plus de trois jours le protocole hydroxychloroquine + azythromycine. Dans les Bouches-du-Rhône, on comptabilisait hier 65 décès et 141 en Paca.

Je ne reprend pas à mon compte l'ensemble de l'article, mais il donne une idée fidèle de ce qui se passe ici. Désolé, ce n'est pas misérabiliste, il n'y est pas question de guerre de gangs, de corruptions, de trafics...mais ça mériterait quand même d'être connu et étudié de prés.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.