Covid19: quand ceux du milieu basculent avec ceux d'en bas...

Une situation pré révolutionnaire éclate lorsque ceux d'en haut ne peuvent plus, ceux d'en bas ne veulent plus, et ceux du milieu basculent avec ceux d'en bas.

Il est temps de faire un peu de politique.

Avec les gilets jaunes, nous avions pu constater que "ceux d'en bas ne veulent plus".

Hier matin, dans la manifestation d'Aix en Provence, j'ai constaté que "ceux du milieu basculent avec ceux d'en bas." Constatation vérifiée par tous les compte rendus de manifestation que j'ai pu lire. Y compris par les puristes choqués par la mauvaise odeur qui se dégage à leur nez délicat de ce mélange de travailleurs et de petits bourgeois, d'antivax et d'antipass, de mères de famille et d'infirmières, de drapeaux français et de gilets jaunes, de libertaires et de libertariens, de restaurateurs et d'employés, criant aussi volontiers "Macron démission" que "la police avec nous". Bref d'à peu prés n'importe qui, plutôt peu politisés, souvent ex électeurs de Macron et à Aix en Provence incontestablement pas mal d'électeurs de la maire de la ville, un modèle de politicienne de droite corrompue. Évidemment, le réflexe du puriste c'est de vouloir séparer le bon grain de l'ivraie. 

Ce n'est pas le mien. 

Ce n'était pas celui de Lénine qu'on aurait intérêt à sortir de son purgatoire, vu les temps qui arrivent. Et comme disait le même "le temps n'attend pas"!

A propos de la fameuse citation qui tentait de définir une période pré révolutionnaire, on a souvent commis deux erreurs. D'abord supprimer le préfixe "pré". Erreur volontiers commise par des adolescents pressés en Mai 68. Il faut leur pardonner, car qu'est ce qu'un adolescent qui ne serait pas pressé?

Tout aussi grave, on oublie complètement ceux du milieu! Or ceux du milieu sont particulièrement important dans nos sociétés. Plaque sensible, ces couches sociales, peu organisées, peu politisées, généralement conformistes, ils peuvent aussi bien basculer avec ceux d'en bas que dans l'autre sens. Et là c'est le fascisme. Nos puristes effrayés de voir la petite bourgeoisie dans la rue, crient au fascisme et se réfugient, plus ou moins volontiers, dans les jupes de Macron. Même s'ils prennent prétexte de leur admiration pour la barbe de Pasteur, le résultat est le même et Pasteur n'est plus là pour leur dire qu'il ne porte aucune responsabilité dans les productions expérimentales des 4 voleurs Pfi, Mo, As & Jo. Le rempart, le rempart vous dis je! Voir d'ex soixante huitard courir au secours du petit muscadin ne manque pas de sel, mais ne lui sera certainement d'aucun secours.

Les faits sont têtus. Revenons aux faits. Les participants aux manifestations qui grossissent de semaine en semaine, regroupent des publics de plus en plus large, de plus en plus hétéroclites et que les militants chevronnés sont surpris de retrouver dans la rue. Sont ils là pour soutenir le Grand Capital? Pour réclamer le rétablissement de l'Ordre? Pour défendre la Propriété Privée? Pour s'opposer aux revendications ouvrières et aux syndicats? Le mot d'ordre que j'ai le plus entendu à Aix en Provence avec "Macron démission!" c'est "Tous ensemble, Tous ensemble!".

Nombre de manifestants n'ont aucune confiance aux vaccins que l'on veut nous injecter. Ils n'ont plus aucune confiance en aucune institution, ni aucune parole officielle. Et c'est ce sentiment qui fait le socle de ces foules rassemblées. C'est tout simplement l'état bourgeois, qui est en cause. Et ce n'est pas les quelques agités du drapeau tricolore à la croix de Lorraine qui peuvent entrainer ce mouvement à l'extrême droite. Surtout quand les travailleurs organisés entreront dans la danse par la grève. Évidemment, si on fait du soutien au vaccin le critère du progressisme, le nec plus ultra de la lucidité politique, on va jouer à fond la division du mouvement populaire. Opposer les vaccinés et les non vaccinés, c'est exactement l'objectif de Macron. Certains groupuscules sont prêts à tomber dans le piège, mais ils y resteront bien seuls, car le mouvement populaire l'a déjà déjoué. 

Oui, ceux du milieu sont entrain de basculer avec ceux d'en bas. 

Reste à examiner la première condition. Qu'en est il du pouvoir de ceux d'en haut? Macron a été élu avec l'objectif de réformer radicalement la société française. Comprendre: nous fait le coup de Thatcher. Son projet phare, la réforme des retraites. Suspendue sine die pour cause de covid. Je ne suis pas complotiste. Je ne crois pas que Macron ait inventé la covid, juste pour museler la société et faire passer ses réformes. Non, il tente de museler la société, parce que c'est la seule chose qu'il sait/peut faire en temps d'épidémie. Mais il est incapable de contrôler la covid. Et au bout de presque deux ans, ça se voit. Cà se voit trop. Ce qui explique le basculement général. Macron et son régime sont incapables de protéger la société contre l'épidémie. Que vaut leur discours sécuritaire, quand la santé de chacun est menacée (vrai ou faux c'est ce que les media répètent), quand tout le monde peut voir l'incohérence des mesures prises? Bon d'accord, il reste une poignée d'irréductibles, qui se croient progressistes, pour penser que vacciner tout le monde de gré ou de force est une bonne idée pour arrêter l'épidémie. Mais l'avenir va vite les détromper. En tout cas, le coup de la vaccination presqu'obligatoire n'a pas amélioré la popularité de notre muscadin. Donc panne de projet. Plus de marges de manoeuvre. Assise sociale extrêmement réduite. Que reste t il à l'émule de Louis XVI? La violence policière et les institutions monarchiques de la cinquième république. 

J'allais oublier les politiciens de la gôche respectueuse. Il y a eu ces dernières semaines une manifestation aux très forts relents fascistes. La manifestation du 19 mai organisée par des syndicats de policiers devant le parlement, pour exiger que la police ait un pouvoir de décision sur la justice. A cette manifestation paradait le ministre de l'intérieur, la présidente du Front National ainsi que des  représentants officiels de LR, LREM, EELV, PS, PC. Voilà d'où vient le danger fasciste. Pas des manifestations qui conspuent, semaine après semaine, Macron et sa politique sanitaire. Par un heureux hasard, les politiciens de cette gôche, n'arrêtent pas de nous préciser qu'ils sont vaccinés! Vaccinés contre la covid, peut être, mais vaccinés contre la collaboration de classe et contre la trahison, certainement pas.

Heureusement, on peut se féliciter que ces roues de secours de la macronie soient aussi discréditées aux yeux des manifestants que Macron lui même. 

En conclusion, que reste t il du pouvoir de ceux d'en haut? La violence policière et la violence patronale. C'est dans l'entreprise que réside maintenant, l'essentiel du pouvoir de la classe dominante. C'est pour cela, comme l'analyse fort bien Romaric Godin dans son dernier article, que l'essentiel de la contrainte à la vaccination va reposer sur l'entreprise. Ne plus pouvoir prendre un café en terrasse, c'est injustifié et c'est rageant. Etre menacé de licenciement lorsqu'on n'est pas vacciné, c'est autrement violent. 

Le mouvement ouvrier et les syndicats sont maintenant au pieds du mur. Accepter, cette ultime violence sous prétexte de lutter contre l'épidémie, ce serait se rendre pieds et poings liés au patron. A partir du moment où le patron va pouvoir contrôler votre situation vaccinale, on peut être certain que les choses ne s'arrêteront pas là. L'encadrement de la population à partir du lieu de travail, c'est une démarche commune aux régimes fascistes et aux totalitarismes en général. Mais faire porter le poids principal du contrôle de la population sur le patronat, c'est prendre le risque d'une explosion de la lutte des classes au sein de l'entreprise. Et cette fois ci sans aucun caractère corporatiste. Les travailleurs qui se mettront en grève, le feront non seulement pour défendre leur emploi, mais pour la liberté et la santé de tous. Pour l'égalité des droits.

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