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Billet de blog 8 oct. 2021

Le secret de la confession, l'arbre qui cache la forêt?

A la suite du rapport Sauvé, le débat sur la pédocriminalité au sein de l'église catholique s'est centré sur le secret de la confession. Une fausse piste.

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La confession devant un prêtre, qui est tenue de la garder secrète, est un dispositif clé de la religion catholique. Il existe aussi avec des variantes au sein des églises orthodoxes. Le prêtre est un directeur de conscience qui peut ou non accorder l'absolution en échange de certains rituels, actes de pénitence et recommandations. Seule la confession sincère et entière de ses pêchés, suivie de l'absolution, ouvre la porte de la communion. C'est dire l'importance qu'elle revêt pour les croyants. Certaines sectes protestantes pratiquent la confession publique. Dans ce cas, il n'y a pas de directeur de conscience et c'est la communauté des croyants qui prend en charge le redressement du pêcheur. Mais pour les catholiques, comme pour les orthodoxes, c'est le prêtre et lui seul qui est habilité à "fouiller" les consciences et les diriger vers le salut. Ce dispositif, élaboré au cours des siècles, a été un instrument puissant pour modeler les comportements et l'idéologie des populations soumises au pouvoir des églises catholiques et orthodoxes. Elle a aussi permis à ces églises d'exercer une influence décisive sur les gouvernants. Que l'on pense à l'abolition de l'Édit de Nantes par Louis XIV, qui aboutit à l'expulsion de centaines de milliers de protestants vers l'Allemagne ou la Suisse. En définitive, c'est toute une culture qui a été formatée par ces "fantassins" de la chrétienté, spécialement par la morale sexuelle dont ils étaient et sont toujours les farouches missionnaires. 

Mais depuis la déclaration d'indépendance des USA et la Révolution Française, la loi de Dieu et les lois des hommes sont séparés. La loi de Dieu, avec ses différentes versions, s'impose dans la conscience des croyants. Les lois des hommes, justes ou injustes, s'imposent à tous. Le bras de la justice, appuyé sur la force publique, se charge de le faire appliquer. Mais dans les sociétés modernes, la liberté de conscience est garantie. Kant a écrit un texte définitif à ce propos. Par exemple, on ne demande pas à un fonctionnaire de l'état ce qu'il pense avant de le nommer à une charge. C'est l'inquisition qui fouillait les consciences jusqu'à la torture pour s'assurer de la fidélité des âmes. Ce sont les régimes totalitaires qui traquent les mal pensants. Il est vrai que nous sommes parfois en France sur le fil du couteau. Mais en principe la déclaration universelle des droits humains, comme la constitution de la République, garantit la liberté de conscience à chacun. Il est donc absurde et même totalitaire de vouloir imposer à un croyant et même à un incroyant de s'engager à respecter la loi. Cette exigence ne manque pas de sel de la part de gens qui ne cessent de frauder le fisc, qui tournent la loi sur le financement des partis politiques ou pratiquent la corruption et le népotisme à grande échelle. L'invocation de la laïcité en la matière est un total contre sens. La laïcité garantit la séparation des églises et de l'état. Donc elle assure l'indépendance du politique par rapport au religieux, mais l'inverse également. Le secret de la confession, comme le port du voile ou de la kippa, regarde les croyants. L'état n'a pas à légiférer sur ces questions. Par contre, le secret de la confession ne s'impose pas au dessus des lois de la République. Toute personne ayant connaissance d'un délit qui ne le signale pas est supposé être complice et faire entrave à la justice. Ceci devrait s'appliquer à tous, prêtres, croyants ou incroyants.

La loi prévoit sous certaines conditions le respect du secret médical. Secret médical qui est actuellement totalement bafoué sous prétexte d'urgence sanitaire sans que ça semble gêner grand monde. 

Mais il n'y a aucune raison pour que la loi protège le secret de la confession! Il ne s'agit pas de secret professionnel, mais de secret religieux. C'est manifestement une entorse à la laïcité qui place une particularité du rite catholique au dessus des lois. Par contre, que les prêtres respectent ce secret, c'est l'affaire des catholiques, mais il n'y a aucune raison qu'ils soient protégées de la loi. Pas plus que quelqu'un qui apporte de l'aide aux migrants ou quelqu'un qui refuse de dénoncer un clandestin recherché par la police, quelle que soit sa justification.

Ce rappel est pourtant loin de régler la question. Car ce que l'on peut reprocher à l'église dans les nombreuses affaires de pédocriminalité, ce n'est pas d'avoir respecter le secret de la confession, quand il y a eu confession, mais d'avoir protéger des criminels et de les avoir soustrait à la loi, par exemple en les "délocalisant". Il ne s'agit pas de secret de la confession, lorsqu'un prêtre est envoyé en Afrique, suite à de nombreuses plaintes. Ce n'est pas son confesseur seul qui est au courant, mais toute sa hiérarchie qui décide de le protéger et d'ignorer les victimes. Il s'agit bien d'une complicité collective. 

La confession pose en réalité un autre problème. Quelle est la gravité du crime aux yeux de l'église catholique? Face à la mafia sicilienne, l'église a su prendre une mesure radicale qui est de sa responsabilité. L'anathème. Les mafieux ou complices ont été interdits de sacrements, messes, communions, enterrements religieux...Certains prêtres l'ont payé de leur vie. Mais la mesure a permis de faire reculer l'emprise de la mafia dans les régions où elle a été rigoureusement appliquée. Qu'en est il du statut religieux des pédocriminels? Voilà la première question à laquelle doit répondre l'Église catholique dans son ensemble. Se confesser ne donne pas droit automatiquement à l'absolution! Un pédocriminel peut il continuer à communier? Un prêtre pédocriminel peut il continuer à servir la messe? Sans rompre le secret de la confession, le dépositaire du secret n'est il pas tenu de porter un signalement à sa hiérarchie. Cette hiérarchie n'est elle pas tenu de mener une enquête, d'entendre les victimes potentielles et de réunir un tribunal ecclésiastique? A ce point, il ne s'agit plus de secret de confession, mais de graves soupçons partagés par toute une institution. Et les églises ne se sont pas gênés tout au long de leur histoire pour livrer les "déviants" au bras séculier. Lorsqu'un évêque instruit le cas d'un prêtre pédophile, il n'est plus dans la situation du confesseur, mais du supérieur religieux. Rien ne l'empêche du point de vue religieux de faire un signalement au procureur de la République. Si ce n'est la complicité du groupe. Mais là on n'est plus dans le respect de la foi, on bascule dans une organisation criminelle!

Le problème, c'est que pendant de longues années, l'Église catholique s'est préoccupé du devenir matériel et spirituel des prêtres pédophiles et a ignoré les victimes. C'est bien là que se trouve la faute et pas dans le secret de la confession. 

Cette grave question interpelle tous les catholiques. Au delà de l'institution, ce sont les dogmes mêmes de cette institution qui sont en cause. En premier lieu, la morale sexuelle répressive prêchée par les communautés chrétiennes. Que vaut la chasteté revendiquée par les prêtres, dont on sait depuis longtemps qu'ils sont peu nombreux à s'y tenir, mais dont on découvre qu'elle couvre aussi des crimes sexuels? Comment l'église catholique peut elle se présenter comme garante de la morale universelle? Les victimes des crimes pédophiles appartiennent aux deux sexes, mais les prédateurs sont des hommes. L'église est un appareil masculin. Cette particularité ne fait elle pas partie du problème? Pourquoi les prêtres se font ils appelés "mon père"? Est ce que cette appellation ne rapproche pas symboliquement la pédocriminalité au sein de l'église d'un autre crime tabou, l'inceste. Et au bout du bout, la question inévitable. Est ce que l'église catholique peut être autre chose que l'appareil idéologique de la version la plus réactionnaire du patriarcat? 

Mais il n'y a pas que les catholiques qui sont interpellés par le rapport Sauvé. Tous les citoyen.ne.s français.e.s le sont aussi. Pendant tout ce temps, que faisait la justice? Que faisait la police? Pas dans le secret du confessionnal, mais dans toutes les institutions à qui on confie des enfants? Quel contrôle sur les écoles catholiques, les groupes de scouts, les aumôneries au sein des établissements scolaires...Il semble bien que la république soit disant laïque ait confié des enfants de plus en plus nombreux à une institution religieuse peu fiable. Quand la représentation nationale va t elle enfin s'emparer de cette question?

Y aurait il quelque chose de pourri dans cette laïcité à la française?

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